Page d’accueil du site (capture d’écran du 14/02/2018).

Réseau Voltaire (voltairenet.org, anciennement et jusqu’à l’été 2005 : reseauvoltaire.net) est un site français animé par l’auteur complotiste Thierry Meyssan.

Pour le Décodex du Monde, Réseau Voltaire « diffuse un nombre significatif de fausses informations et/ou d’articles trompeurs ». Le site de notation des médias NewsGuard le présente comme un site ayant relayé « la propagande du régime syrien et des théories du complot sur le 11 septembre » qui enfreint « gravement les principes journalistiques de base. Le site édite plusieurs allégations fausses et sans fondement notamment des affirmations visant à discréditer des rapports faisant état d’attaques à l’arme chimique menées par les force de Bachar El Assad contre des civils syriens. […] En 2020, Voltairenet.org a publié des informations trompeuses concernant la pandémie de Covid-19 ».

Le site, qui publie des textes dans plusieurs langues, se présente comme un « réseau de presse non-alignée, spécialisé dans l’analyse des relations internationales ». Le catalogue de sa boutique en ligne propose des ouvrages de Thierry Meyssan mais aussi d’autres auteurs complotistes tels que F. William Engdahl, Peter Dale Scott, Jean-Michel Vernochet, Gilad Atzmon ou encore Daniel Ganser.

Conçu par Raphaël Meyssan, graphiste et fils de Thierry Meyssan, le site du Réseau Voltaire est d’abord celui de l’association éponyme, fondée en 1994. Se présentant alors comme une « cellule de renseignements et d’anticipation des luttes, basée à Saint-Denis », le Réseau Voltaire compte en son sein des membres du MRAP, du Parti socialiste (c’est le cas de Jean-Claude Ramos), du Parti radical de gauche (Meyssan en est l’un des secrétaires nationaux jusqu’en 2008), du Parti communiste français (Gilles Alfonsi) et des Verts. L’objet social de l’association est, à l’époque, « la défense de la liberté d’expression et d’information » et « la défense de la laïcité, fondement de la République, et la lutte contre l’intégrisme moral et la censure ». Le Réseau Voltaire amorce un tournant idéologique à partir de la fin des années 1990, sur fond d’intervention de l’OTAN au Kosovo (1999) et d’attentats du 11-Septembre.

En mars 2002, dans son livre L’Effroyable imposture, Thierry Meyssan affirme qu’aucun avion ne s’est écrasé sur le Pentagone et que l’attentat a été provoqué par un camion rempli d’explosif (par la suite, il expliquera que c’est un missile qui aurait été tiré contre le siège du ministère de la Défense américain). Le 8 avril 2002, à Abu Dhabi (Émirats arabes unis), lors d’une conférence organisée sous les auspices de la Ligue arabe, il déclare que « les attentats du 11 septembre ne sont pas imputables à des terroristes étrangers issus du monde arabo-musulman – même si certains exécutants peuvent être islamiques –, mais à des terroristes américains. »

Parallèlement, Meyssan noue des liens avec l’organisation islamiste chiite libanaise Hezbollah et le régime iranien, faisant prendre au Réseau Voltaire une orientation résolument antisioniste et antiaméricaine. Devenu l’un des principaux lieux virtuels de diffusion d’arguments conspirationnistes sur le 11-Septembre, le Réseau Voltaire ne tarde pas à être classé par  le Département d’État américain comme l’une des sources majeures de désinformation antiaméricaine dans le monde.

Le Réseau Voltaire se rapproche alors de plus en plus ouvertement de l’extrême droite. Les journalistes Jean Guisnel et Guillaume Dasquié montrent par exemple dans L’Effroyable mensonge (La Découverte, 2002) que Meyssan adresse dans son livre des remerciements à l’activiste d’extrême droite Emmanuel Ratier pour son aide documentaire.

Cette mue idéologique a pour conséquence les défections successives de plusieurs soutiens traditionnels du Réseau Voltaire. Au début de l’année 2005, Michel Sitbon, Gilles Alfonsi et Jean-Luc Guilhem démissionnent du conseil d’administration (CA) de l’association, dénonçant « une dérive antisémite latente au sein de l’équipe de direction ».

Le CA du Réseau Voltaire est alors profondément remanié. L’ancien chercheur au CNRS Claude Karnoouh l’intégre mais son soutien au négationniste Robert Faurisson dans les années 1980 ressurgit et il doit quitter cette fonction quelques semaines plus tard. Un des proches de Karnoouh, Bruno Drewski (qui a publié avec lui un recueil d’articles) intègre le CA, de même qu’Issa el-Ayoubi : ce responsable de premier plan du PSNS (une formation politique libanaise d’inspiration fasciste, alliée au Hezbollah) devient le vice-président du Réseau Voltaire.

Selon Gilles Alfonsi, le « premier révélateur de la dérive du Réseau Voltaire a été un « lapsus » d’un membre du CA, qui attribuait la « campagne contre Thierry Meyssan » à un « lobby juif » ». Le second, poursuit-il, a « porté sur le financement du Réseau par des États étrangers ». Ensuite, « supplantant la promotion de la laïcité, la lutte contre l’impérialisme américain est venue justifier le soutien aux pires régimes et l’alliance avec les antisémites et l’extrême-droite ».

Thierry Meyssan participe en mai-juin 2005 au 9/11 Truth Tour (ou ReOpen911 Tour), une tournée européenne de conférenciers conspirationnistes financée par le philanthrope américain Jimmy Walter. Il partage la tribune avec Christopher Bollyn (du journal d’extrême droite American Free Press, fondé par Willis Carto), Eric Hufschmid, et William Rodriguez.

Tandis que le site change de nom de domaine, le Réseau Voltaire organise en novembre 2005 une grande conférence « anti-impérialiste » intitulée Axis for Peace, en partenariat avec des médias officiels comme Russia Today, l’IRIB (l’audiovisuel d’État iranien), la chaîne panaméricaine TeleSur (contrôlée par le Venezuela), la chaîne qatarie Al-Jazeera ou encore American Free Press. Y participent le Britannique David Shayler, l’Américain Christopher Bollyn, l’historienne française Annie Lacroix-Riz, le comédien Dieudonné M’Bala M’Bala, l’eurodéputé italien Giulietto Chiesa (auteur d’un film conspirationniste sur le 11-Septembre), le général russe Leonid Ivashov, l’ancien ministre allemand Andreas von Bülow, le physicien belge Jean Bricmont, le journaliste belge Michel Collon, le Français Claude Karnoouh ou encore l’auteur complotiste américain Webster G. Tarpley. Ce dernier est un ancien membre de l’organisation de l’Américain Lyndon LaRouche, particulièrement bien représentée à Axis for Peace avec, notamment, le Français Jacques Cheminade (président du mouvement larouchiste Solidarité & Progrès) et l’Allemande Helga Zepp, épouse de Lyndon LaRouche.

Quelques mois plus tard, en 2006, Thierry Meyssan se rend en Syrie et au Liban aux côtés notamment d’Alain Soral (alors dans l’équipe de campagne de Jean-Marie Le Pen), de Dieudonné et de l’ancien leader du GUD Frédéric Chatillon. Il y rencontre des membres des gouvernements syrien et libanais ainsi que des représentants du Hezbollah. Deux ans plus tard, Meyssan quitte le territoire français pour s’établir au Liban puis en Syrie.

Fin 2007, Meyssan reçoit le soutien public du blogueur Etienne Chouard.

L’année suivante, Meyssan affirme que Nicolas Sarkozy, élu l’année précédente à la présidence de la République française, est en réalité un « agent » de la CIA et d’Israël.

En 2009, la « Liste antisioniste » de Soral et Dieudonné se réclame ouvertement du soutien de Thierry Meyssan et du Réseau Voltaire.

En 2012, une nouvelle association, Réseau Voltaire-France, est créée. Elle est présidée par Alain Benajam et vice-présidée par l’avocat André Chamy, connu pour avoir été le conseil, à titre gracieux, du dictateur irakien Saddam Hussein à partir de 2004. L’association a alors pour secrétaire François Belliot, professeur de lettres et fondateur de la chaîne conspirationniste Independenza WebTV. Son trésorier est Charles Aissani (Belliot et Aissani rompront par la suite avec Meyssan).

Le Réseau Voltaire occupe depuis 2002 une place de choix en matière de désinformation, diffusant des faux ou promouvant toutes sortes de théories du complot comme celle sur les réseaux stay-behind. On peut y lire également que Barack Obama ne serait pas né sur le sol américain ou encore que la CIA était derrière la révolution étudiante de Tiananmen en Chine. Thierry Meyssan, placé sous la protection du régime de Bachar el-Assad, suggère également que Daech n’est rien d’autre que le faux-nez des services secrets américains. Le 7 janvier 2015, quelques heures après le massacre de la rédaction du journal satirique Charlie Hebdo, il publie un texte sur Réseau Voltaire affirmant qu’il ne s’agit pas d’un attentat djihadiste et que les responsables de l’attentat sont à chercher à Washington et Tel-Aviv.

En avril 2019, dans un texte intitulé « L’enjeu caché de la restauration de Notre-Dame » – relayé par Égalité & Réconciliation et publié sous une version très proche dans l’hebdomadaire d’extrême droite Rivarol –, Thierry Meyssan met en doute le caractère accidentel de l’incendie de la cathédrale, n’hésitant pas à parler de « mensonge d’État ».

A l’été 2020, Thierry Meyssan affirme sur Réseau Voltaire que l’explosion de l’entrepôt du port de Beyrouth le 4 août 2020 est en réalité une attaque orchestrée par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à l’aide d’un missile nucléaire [archive].

Le site du Réseau Voltaire a reçu 906 000 visites par mois en moyenne en 2020 (données SimilarWeb), ce qui le positionne parmi les sites conspirationnistes francophones les plus influents.

 

Voir aussi :

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Thierry Meyssan

 

(Dernière mise à jour le 12/05/2021)