Avant de devenir l'un des théoriciens du complot les plus influents du début du XXIème siècle, Thierry Meyssan a eu plusieurs vies. Fils d'un proche de Jacques Chaban-Delmas, le jeune Thierry naît en 1957, à Talence.
Marié à l'âge de 19 ans, il appartient d'abord au Renouveau charismatique, un mouvement chrétien néo-pentecôtiste, avant d'entamer une carrière de militant LGBT puis d'entrer en franc-maçonnerie et au Parti radical de gauche.
En 1994, il fonde le « Réseau Voltaire pour la liberté d'expression » où il se distingue, déjà, par une fâcheuse tendance à tordre les faits dans le sens qui l'arrange.
Mais ce sont les attentats du 11 septembre 2001 qui vont permettre à Meyssan de passer de l'ombre à la lumière. En mars 2002, il est invité dans l'émission de Thierry Ardisson pour parler de son livre, L'Effroyable imposture. Il y prétend qu'aucun avion ne s'est écrasé sur le Pentagone et que les attentats sont en réalité un coup monté par « une faction du complexe militaro-industriel » américain. C'est faux ; la thèse est absurde ; Meyssan n'a même pas éprouvé le besoin d'aller enquêter sur place. Ça n'empêche pas son ouvrage de s'écouler à des centaines de milliers d'exemplaires en France. Traduit dans 28 langues, L'Effroyable imposture va faire le tour de la planète.
En Syrie, un journal gouvernemental le publie en feuilleton. Dans le monde arabe, Thierry Meyssan devient l'un des Français les plus célèbres après le général De Gaulle et Jacques Chirac. Une soirée spéciale lui est consacrée en 2008 sur la première chaîne de télévision russe. Il rencontrera même Hugo Chavez qui fera publiquement l'éloge de ses travaux.
Rapidement, des contacts sont pris avec la République islamique d'Iran, qui assure la traduction de son livre en persan, ainsi qu'avec le Hezbollah, une organisation libanaise pro-iranienne responsable de plusieurs attentats terroristes au Proche-Orient, en Europe et en Amérique du Sud.
En 2005, le conseil d'administration du Réseau Voltaire est profondément remanié. Issa el-Ayoubi, un hiérarque du Parti social-nationaliste syrien, une organisation fasciste libanaise alliée au Hezbollah, en devient le vice-président.
La même année, Meyssan organise à Bruxelles une conférence « anti-impérialiste » réunissant les principaux noms du conspirationnisme international dont l'humoriste Dieudonné, déjà controversé en raison de ses dérapages antisémites. Ses liens avec l'extrême droite française s'affirment de plus en plus clairement.
Meyssan intervient dans plusieurs médias russes, arabes ou iraniens avant de s'exiler au Proche-Orient au prétexte qu'il ne peut plus travailler en France où dans un quelconque pays membre de l'OTAN. Il prétend en effet que la CIA et la DGSE cherchent à l'éliminer physiquement.
Installé à Beyrouth, Thierry Meyssan travaille pour Al-Manar, la chaîne de télévision du Hezbollah.
En 2011, lors de l'intervention de l'OTAN en Libye, il se rend à Tripoli d'où il déclare, face caméra, avoir « pris des responsabilités au sein des institutions de la « Jamahiriya » arabe libyenne », le régime du colonel Kadhafi. Un régime que Meyssan juge plus démocratique que la Suisse…
Aujourd'hui, Thierry Meyssan vit à Damas où il soutient activement le régime de Bachar el-Assad.
Pendant toutes ces années, il n'a jamais hésité à dire son admiration pour Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah, qu'il qualifie de « grand résistant » ou à exalter les progrès apportés par la Révolution islamique en Iran ; de même qu'il a pu louer la grande liberté de la presse qui règne en Russie, la « démocratie participative » mise en place par Kadhafi en Libye ou le rempart contre la barbarie incarné par le président syrien Bachar el-Assad.
Parallèlement, on ne compte plus les théories du complot relayées par le Réseau Voltaire et son fondateur. Pour en citer quelques-unes : Oussama Ben Laden serait un agent de la CIA chargé de provoquer le « choc des civilisations » ; la chute de Dominique Strauss-Kahn serait un coup du « complexe militaro industriel israélo-états-unien » ; Barack Obama aurait produit un faux acte de naissance ; le réchauffement climatique n'aurait pas de « base scientifique » ; les attentats terroristes commis en Europe seraient l'œuvre des services secrets occidentaux et Abu Bakr Al Baghdadi, le chef de l'Etat islamique, serait en réalité manipulé par les Etats-Unis et Israël.
Pour aller plus loin :
- Dossier Thierry Meyssan sur Conspiracy Watch
- Fiammetta Venner, L'Effroyable imposteur. Quelques vérités sur Thierry Meyssan, Grasset, 2005.
- Guillaume Dasquié & Jean Guisnel, L'Effroyable mensonge. Thèse et foutaises sur les attentats du 11 septembre, La Découverte, 2002.













