Capture d’écran (19/02/2018).

RT France (francais.rt.com) est la déclinaison, en langue française, de la chaîne russe d’information internationale Russia Today lancée en 2005 par le gouvernement russe. Créée en décembre 2017, elle vient compléter le site éponyme déjà existant.

Le site de RT France reçoit 9,3 millions de visites par mois en moyenne depuis le début de l’année 2019. Sa page Facebook compte près de 1,1 million d’abonnés et son compte Twitter, 125 000.

Parmi les membres de son comité d’éthique figurent Anne Gazeau-Secret (ancienne ambassadrice), les journalistes Jacques-Marie Bourget et Majed Nehmé, Thierry Mariani (jusqu’en novembre 2018) et Jean-Luc Hees (ancien président de Radio France).

Dirigée par Margarita Simonian, RT a adopté un positionnement atypique que résume le mot d’ordre qu’elle affiche sur sa page d’accueil : « Osez questionner ». Plusieurs fois mise en cause pour sa couverture de l’actualité, notamment dans le domaine des relations internationales (Syrie, Ukraine, affaire Skripal, etc.), la chaîne tend souvent ses micros à des pseudo-experts au tropisme conspirationniste très prononcé. Elle compte parmi son équipe de journalistes des sympathisants de Dieudonné M’Bala M’Bala comme Jonathan Moadab, ancien blogueur et fondateur des sites complotistes Le Cercle des Volontaires et Agence Info Libre, Kyrill Kotikov ou encore Meriem Laribi.

Le 13 décembre 2016, le site partage la vidéo « ONU : une journaliste démonte en deux minutes la rhétorique des médias traditionnels sur la Syrie » dans laquelle la « journaliste indépendante » Eva Bartlett accuse les médias occidentaux de mentir sur la situation en Syrie et récuse l’idée que le régime de Bachar el-Assad s’attaquerait à la population civile à Alep.

Le 29 mai 2017, lors d’une conférence de presse conjointe avec Vladimir Poutine à Versailles, le président français Emmanuel Macron a qualifié RT d’« organe d’influence [ayant], à plusieurs reprises, produit des contre-vérités sur ma personne et ma campagne. […] Russia Today et Sputnik ne se sont pas comportés comme des organes de presse et des journalistes, mais ils se sont comportés comme des organes d’influence, de propagande, et de propagande mensongère, ni plus, ni moins. »

Fin juin 2018, la chaîne russe a reçu un avertissement du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) pour des « manquements à l’honnêteté, à la rigueur de l’information et à la diversité des points de vue ». La chaîne avait, dans un reportage sur la Syrie diffusé le 13 avril, falsifié la traduction d’un témoin de la Ghouta, lui faisant dire que l’attaque chimique était simulée, alors qu’il parlait de la famine sévissant dans la région. RT France a invoqué par la suite « une erreur purement technique ».

A partir de la rentrée 2018, Frédéric Taddéï y anime une émission de débat, « Interdit d’interdire », diffusée quatre fois par semaine.

L’économiste Jacques Sapir publie régulièrement des textes et des analyses pour RT France depuis 2015.

Si la rédactrice en chef de RT répète que l’objectif de son média n’est que de donner « le point de vue de la Russie, comme France 24 ou la BBC » le feraient pour la France ou la Grande-Bretagne, le rapport conjoint du CAPS et de l’IRSEM sur les manipulations de l’information (2018) rappelle que « ce qui est reproché à RT et à Sputnik n’est pas de faire de la diplomatie publique, mais de manipuler l’information, ce qui n’est pas la même chose ». C’est aussi ce que confirme l’ancienne journaliste de RT America Liz Wahl ou la journaliste britannique Sarah Firth.

Spécialiste de la Russie post-soviétique, l’historienne Galia Ackerman considère que « ce que font maintenant RT et Sputnik n’est plus centré complètement sur la création d’une image positive de la Russie, mais l’objectif est de saper l’Occident de l’intérieur. L’objectif est de montrer que chez nous tout est pourri. Cela passe par les soutiens aux mouvements d’extrême-gauche et d’extrême-droite. L’extrême-gauche, car ils détestent les Etats-Unis. Il y a une proximité avec l’extrême-droite car le régime russe se définit comme traditionaliste. Je constate qu’au moindre prétexte, ces médias montrent Marine Le Pen de façon positive. Ils refusent de qualifier le Rassemblement national d’extrême-droite, ils l’appellent la droite. (…) Pour leurs débats, ils choisissent assez habilement des gens. Parfois, ils invitent des gens qui ne sont pas de leur bord, simplement pour apporter un peu de crédibilité. Je me souviens qu’au tout début de RT, il y avait un événement avec la Corée du Nord. Ils ont invité un spécialiste qui dénonce ce régime, mais par ailleurs, pendant une journée entière, ils ont montré un film qui montrait une image positive du dirigeant nord-coréen. C’est le dosage qui est important dans ces médias. »

Le réseau RT diffuse aujourd’hui des contenus en anglais, espagnol, français, allemand, arabe et russe. Il prétend toucher 700 millions de personnes dans plus de 100 pays. En 2005, RT était l’un des médias partenaires de la conférence « anti-impérialiste » organisée à Bruxelles par le théoricien du complot Thierry Meyssan.

 

Voir aussi :

  • Cécile Vaissié, Les Réseaux du Kremlin en France, Les Petits matins, 2016.
  • Galia Ackerman, Le régiment immortel. La guerre sacrée de Poutine, éd. Premier Parallèle, 2019.

 

(Dernière mise à jour le 27/05/2019)