Étroitement associé au fonctionnement du site du Réseau Voltaire, le fils de Thierry Meyssan est notamment l’auteur d’une infographie qui a joué un rôle clé dans la popularisation de la théorie du complot sur les attentats de 2001.

Raphaël Meyssan (capture d’écran YouTube, 18/09/2020).

Il est l’auteur d’un roman graphique en trois tomes, Les Damnés de la Commune (éd. Delcourt), devenu un film documentaire disponible sur le site d’Arte depuis le 16 mars dernier, à l’occasion des 150 ans de la Commune de Paris. Rien dans le visage avenant de Raphaël Meyssan ne laisse deviner que ce jeune quadra a eu une première vie.

Fils de Thierry Meyssan, le président-fondateur du Réseau Voltaire, Raphaël Meyssan est sur le point de fêter son 25ème anniversaire lorsque, le 11 septembre 2001, les tours du World Trade Center s’effondrent après avoir été percutées par deux avions de lignes détournés par Al-Qaïda. Le jeune homme occupe alors les fonctions de webmaster du Réseau Voltaire.

C’est lui, et non Thierry Meyssan, qui signe l’infographie complotiste intitulée « Pentagone : le jeu des 7 erreurs » (en anglais, « Hunt the Boeing ») diffusée à partir du 10 février 2002 sur le site qu’il gère et anime, L’Asile Utopique (asile.org).

Dans un édito, Raphaël Meyssan écrit :

« Grâce au jeu, on réapprend bien des choses. « Le jeu des 7 erreurs » est très éloigné de la forme journalistique classique. Pourtant, il a aidé, l’air de rien, à douter et enquêter de nouveau. […] Nous n’avons pas voulu donner de réponses toutes faites, mais poser des questions. Plus précisément : éveiller le questionnement chez le lecteur. Alors que le 11 septembre a été vécu de manière collective, frappant massivement l’opinion publique, nous avons voulu amener chaque personne à penser individuellement. Notre démarche n’a pas consisté à dire « voilà notre thèse que nous opposons à la thèse officielle », mais « la thèse officielle ne fait aucun doute, essayez de la justifier ». Et chacun se rend compte soi-même que ce n’est pas possible. »

Insinuation du soupçon par des questions rhétoriques très orientées, renversement de la charge de la preuve… : la recette complotiste est parfaitement maîtrisée. L’infographie « Pentagone : le jeu des 7 erreurs » est basée sur une série de documents soigneusement sélectionnés : la retranscription d’une partie d’une conférence de presse et surtout des photos prises après le crash du Boeing 757 d’American Airlines dans le bâtiment abritant le ministère de la Défense américain.

Le jeu des 7 erreurs (détail ; cliquer pour accéder à la version intégrale).

Ludique dans sa forme, ce véritable petit « millefeuille argumentatif » allie la dénaturation des faits (par exemple en affirmant à tort que « seul le premier anneau [du bâtiment] a été touché par l’avion » ou en plaquant par montage la silhouette de l’avion à son point d’entrée dans le Pentagone) et l’occultation de tous les éléments susceptibles d’invalider la no-plane theory : les témoignages oculaires, les preuves matérielles, les photos montrant un bout de carlingue de l’avion sur la pelouse du Pentagone, la question de ce qu’il a pu advenir des passagers et de l’équipage du Boeing, etc.

La conclusion du document, elle, utilise un argument bien connu des spécialistes de rhétorique : l’appel à la flatterie. Sarcastique, elle est taillée pour venir à bout des réserves de ceux qui, n’ayant pas forcément été convaincus par la démonstration (et pour cause), ne redoutent rien tant que d’être pris pour des imbéciles :

« Vous avez réussi à défendre la thèse officielle… Vous êtes très fort. Vous devriez prendre contact avec l’illusionniste David Copperfield.

Vous n’avez pas réussi à défendre la thèse officielle… Si vous pensez qu’il n’est pas possible qu’un Boeing se soit écrasé sur le Pentagone, alors vous vous demandez peut-être ce qu’est devenu l’avion qui a disparu… Vous cherchez aussi à comprendre pourquoi le gouvernement américain vous a raconté cette histoire. Et vous vous interrogez sur bien d’autres choses encore… »

Le « jeu des 7 erreurs » est assorti de la mention « Source : www.reseauvoltaire.net » et d’une note annonçant la parution prochaine de « l’enquête du président du Réseau Voltaire sur les attentats du 11 septembre, les réseaux Ben Laden et l’implication d’une branche des services secrets américains. »

Le teasing fonctionne à merveille. Entre février et mars 2002, les connexions quotidiennes à asile.org passent selon Libération de 300 à 50 000. « Jusqu’à 85 000 en une seule journée » complète Raphaël Meyssan dans un édito d’asile.org. Quant au site du Réseau Voltaire, qui accusait un net déclin en 2001, il affiche des chiffres de fréquentation à faire pâlir d’envie la presse professionnelle. Il s’imposera dans les mois et années qui suivent comme le site francophone de référence pour les conspirationnistes du 11-Septembre avant de devenir une plateforme complotiste « attrape-tout ».

La fameuse « enquête du président du Réseau Voltaire » sort en mars 2002, chez Carnot, une maison d’édition confidentielle dont le catalogue se limite à des ouvrages complotistes, ésotériques ou ufologiques. L’Effroyable imposture, sous-titré « Aucun avion ne s’est écrasé sur le Pentagone ! », bénéficie d’un lancement de première classe avec l’invitation, le 16 mars 2002, de son auteur, Thierry Meyssan, dans l’émission de Thierry Ardisson sur France 2, l’une des plus suivies de France à l’époque.

Sans contradicteur, Thierry Meyssan y prétend que le 11-Septembre est un coup d’État fomenté depuis le cœur du pouvoir américain et déroule implacablement son argumentaire complotiste devant un public médusé. Son ouvrage connaîtra un succès phénoménal : des dizaines de milliers d’exemplaires vendus en France après son passage dans les médias hexagonaux (après Ardisson, il est invité sur France Inter au micro de Pascale Clark, puis dans l’émission d’Yves Calvi sur France 5) et des traductions dans des dizaines de langue. L’Effroyable imposture est rapidement suivie d’une seconde version, intitulée Le Pentagate, où il ne s’agit plus d’un camion bourré d’explosifs qui aurait déchiqueté la façade du Pentagone mais d’un missile…

Il faudra attendre 2019 pour que Thierry Ardisson reconnaisse que l’invitation de Meyssan était une « faute professionnelle », confessant avoir « vendu [cette histoire] comme si c’était vrai ».

Pour le moment, les médias contre-enquêtent. Au journal Le Monde qui l’interroge fin mars 2002 sur l’infographie « le jeu des 7 erreurs » et lui fait remarquer qu’il a oublié de montrer la photo d’un morceau de fuselage de l’avion gisant à quelques dizaines de mètres du bâtiment du Pentagone, Raphaël Meyssan rétorque :

« On nous raconte que l’avion s’est complètement désintégré […], mais on retrouve à plusieurs dizaines de mètres de l’explosion un morceau de carlingue tordu, mais pas calciné ».

Raphaël Meyssan n’interviendra plus dans les médias sur le sujet. Mais, dans l’ombre de son père, il continue à prendre une part active à la cause. Le jeune graphiste est en effet derrière plusieurs autres sites conspirationnistes. Comme le révèle la page d’accueil de ses pages personnelles hébergées sur raphael.meyssan.net, il n’est pas seulement le concepteur d’asile.org et de Réseau Voltaire ; il l’est également des sites 911investigations.net, Red Voltaire (version hispanophone du Réseau Voltaire), Le Pentagate (vitrine de présentation du livre éponyme de Thierry Meyssan), L’Effroyable imposture (idem) ou encore du blog de Silvia Cattori, une figure incontournable de la complosphère francophone.

Raphaël Meyssan est toujours le webmaster du Réseau Voltaire lorsque son père est reçu par la direction du Hezbollah libanais à l’automne 2002. Son nom apparaît dans la lettre de démission de Perline du Conseil d’administration du Réseau Voltaire en janvier 2003 : l’ex-administratrice se plaint notamment de l’impossibilité « de savoir combien ont été payées les prestations informatiques (sans appel d’offre) [de Raphaël Meyssan]. »

Raphaël Meyssan est toujours le webmaster du Réseau Voltaire en février 2005 lorsque trois autres membres du Conseil d’administration quittent à leur tour l’association, dénonçant « une dérive antisémite latente au sein de l’équipe de direction. »

Raphaël Meyssan est encore le webmaster du Réseau Voltaire lorsque Issa el-Ayoubi, hiérarque d’une formation fasciste libanaise, le PSNS, devient le vice-président du Réseau Voltaire ou encore lorsque Claude Karnoouh, qui s’était illustré au début des années 1980 par des propos ouvertement négationnistes, rejoint pour quelques semaines le Conseil d’administration de l’association.

Il est toujours le webmaster du Réseau Voltaire lorsque Thierry Meyssan visite la Syrie et le Liban en 2006 en compagnie d’Alain Soral, Frédéric Chatillon et Dieudonné, ou lorsqu’il donne une interview à l’hebdomadaire d’extrême droite Rivarol en 2011.

En juin 2011, lorsque le site du Réseau Voltaire fait peau neuve, c’est toujours Raphaël Meyssan qui est à la manœuvre. Du reste, la page d’accueil de son entreprise de conception de site internet, Editorial Design, mentionne explicitement le Réseau Voltaire parmi ses références.

Capture d’écran du site du Réseau Voltaire (31/03/2021).

Aujourd’hui ne demeure plus en ligne sur le site du Réseau Voltaire qu’un seul article signé du nom de Raphaël Meyssan. Il est daté de 1997, soit avant la dérive de l’association. Les autres textes de Raphaël Meyssan datés des années 2005 et 2006 ont, eux, complètement disparu (il y déplorait que « la totalité des grands médias a cru à un 11 septembre organisé par un Oussama ben Laden ennemi de l’Occident »).

A l’approche du vingtième anniversaire des attentats du 11-Septembre, Raphaël Meyssan est-il toujours convaincu par la thèse de la manipulation ? Le temps écoulé depuis lors a-t-il modifié le regard qu’il portait sur cet événement ? Au-delà de ses liens de parenté avec Thierry Meyssan, sa collaboration professionnelle avec le Réseau Voltaire est-elle toujours active ?

Contacté par Conspiracy Watch, celui qui se présente désormais uniquement comme « auteur et réalisateur » botte en touche. Refusant de nous parler, il nous invite par sms à envoyer un mail à son père, arguant n’avoir pas d’autre véritable centre d’intérêt aujourd’hui que l’histoire de la Commune de Paris.

Nous avons archivé la page du Réseau Voltaire indiquant qu’il avait réalisé la nouvelle maquette du site. La précaution n’était pas vaine : la page concernéee a purement et simplement disparu du site quelques heures après que nous nous sommes manifestés à Raphaël Meyssan.

« Exilé » volontaire au Proche-Orient en 2008 au motif que les services de renseignements français et américains auraient projeté d’attenter à ses jours, Thierry Meyssan s’est réinstallé en France métropolitaine à l’automne 2020. En mai 2019, il signait une pleine page dans Rivarol.