L’actu de la semaine décryptée par Conspiracy Watch (semaine du 25/01/2021 au 31/01/2021).

BLACKS AND JEWS. Publié en 1991 par la secte suprémaciste noire Nation of Islam, l’ouvrage The Secret Relationship between Blacks and Jews prétendait démontrer que les Juifs avaient joué un rôle primordial et disproportionné dans l’histoire des traites négrières et de l’esclavage. Les auteurs de cet opuscule n’avaient pas été jusqu’alors identifiés. Ils le sont désormais grâce au travail d’investigation du site Pratique de l’Histoire et Dévoiements Négationnistes (PHDN), qui retrace le fil de la résolution de ce mystère dans un excellent thread.

BUSINESS. Ils promeuvent des remèdes miracles tout en minimisant l’épidémie. Dans une enquête exclusive, L’Express lève le voile sur l’une des motivations les moins avouables des figures les plus influentes de la complosphère : l’argent. « Car derrière le discours ésotérique se cache un business lucratif. Beaucoup vendent livres, stages, conférences et autres formations en ligne – 400 euros pour savoir « comment tout guérir » avec Tal Schaller, 900 euros pour le cours complet de « l’Académie de la vie en mouvement » de Crèvecoeur… Un « business model » qu’ils ne sont pas les seuls à avoir adopté. Citons Jade Allègre, une naturopathe qui prône « l’usage médical des argiles pour renforcer l’immunité », Yann Lipnick et ses stages de « rencontre avec le monde des elfes » (sic). Ou encore Luc Bodin, un médecin radié en 2014, également très présent sur YouTube, qui continue à organiser des cessions de soins énergétiques (1280 euros la semaine). Sur son site à l’esthétique léchée, où il se présente toujours comme « docteur », il propose aussi des formations en ligne sur « la puissance de la pensée » (117 euros les 4 heures) ou, moins cher « l’homme énergétique » (67 euros)… Lui, bien sûr, a la solution pour prévenir le Covid : oligoéléments et homéopathie » (source : L’Express, 26 janvier 2021).

TOUS COMPLOTISTES ? C’est le titre d’un documentaire réalisé par le journaliste Martin Weill, parti avec son équipe à la rencontre des créateurs, des propagateurs, des victimes et des spécialistes du phénomène complotiste. « En essayant de décrypter cette mécanique, on tente d’expliquer pourquoi ça marche, pourquoi les conditions sont réunies pour que le complotisme émerge, quels en sont les dangers et les solutions potentielles », explique le journaliste dans Ouest France. Un film édifiant diffusé sur TMC le 26 janvier 2021 et à retrouver en replay pendant trente jours.

Parmi les personnalités rencontrées par Martin Weill, notons l’apparition de Léonard Sojli (animateur du site Les DéQodeurs) qui, dans un entretien avec le journaliste, revendique lui-même le qualificatif de « complotiste » et reconnaît croire à l’existence d’une élite « pédophile et sataniste » dans le droit fil des théories du complot QAnon.

RIPOSTE LAÏQUE. Menacé de mort par courriers anonymes émanant de Riposte laïque, un site d’extrême droite cofondé par Pierre Cassen, le Dr Jérôme Marty a annoncé des poursuites judiciaires contre ce média conspirationniste. Dans une vidéo postée sur Twitter, le médecin présente les articles du site reçus sous enveloppes, révélant les « menaces, propos homophobes et appels au meurtre » dont ils sont porteurs.

EXTRÊME DROITE. Flairant l’opportunité électorale, les partis d’extrême droite lorgnent les mouvements anti-vaccins dans toute l’Europe. Une manière pour eux d’exister, alors que la crise du Covid ne laisse que peu de place aux partis d’opposition. Tour d’horizon (source : Libération, 26 janvier 2021).

HENRION-CAUDE. Nouveaux vaccins capables de « s’intégrer au génome », près de 3% des vaccinés aux États-Unis « incapables de travailler », remèdes « extraordinaires » déjà existants contre le Covid-19… Dans une vidéo d’une heure partagée des dizaines milliers de fois depuis le 16 janvier 2021 sur Facebook, la généticienne Alexandra Henrion-Caude reprend à son compte plusieurs fausses informations sur la pandémie de coronavirus. Pour l’AFP Factuel, des scientifiques et médecins font le point sur les principales contre-vérités mises en avant par cette ex-chercheuse de l’Inserm aperçue samedi 23 janvier à la manifestation contre la « coronafolie » organisée par l’ancien numéro 2 du Front national, Florian Philippot, à Paris (sources : AFP, Libération, 26 janvier 2021).

CASASNOVAS. Il fait l’objet de nombreux signalements auprès de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) et ambitionne de créer une école hors contrat : vantant depuis presque dix ans les bienfaits pour la santé du crudivorisme, Thierry Casasnovas est devenu incontournable dans le monde des médecines et régimes alimentaires alternatifs. Il est aujourd’hui visé par une enquête judiciaire. Il lui est reproché des faits relevant de la « suspicion d’abus frauduleux de l’état d’ignorance ou de la situation de faiblesse d’une personne particulièrement vulnérable » et une potentielle mise en danger de la vie d’autrui. Portrait (source : L’Express, 26 janvier 2021).

FRANCESOIR. Avec l’épidémie de Covid-19, l’ancien titre du quotidien de Pierre Lazareff est devenu un puissant relais des théories conspirationnistes. Son propriétaire Xavier Azalbert, riche entrepreneur de 56 ans, cultive l’art du secret et des affaires rondement menées. Zoom du Parisien sur un média qui, de 2 millions de vues par mois, en juillet 2020, est passé à 6 millions, en décembre. À noter que la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot, a déclaré sur Twitter avoir demandé le réexamen du certificat Information politique et générale (IPG), délivré à ce site, « afin de vérifier dès maintenant que ses conditions d’octroi sont bien toujours respectées ». Interviewé dans le documentaire de Martin Weill, la réaction de Xavier Azalbert a suscité les moqueries sur les réseaux sociaux.

GIULIANI. La société Dominion Voting Systems a déposé, lundi 25 janvier, une plainte en diffamation contre Rudy Giuliani, l’avocat personnel de Donald Trump, qui a cherché à faire annuler les résultats de la présidentielle 2020. Selon cette plainte intentée devant la justice fédérale, le fabricant de logiciels et de machines de vote électronique accuse l’ancien maire de New York d’avoir mené « une campagne de désinformation virale contre Dominion », constituée d’allégations « manifestement fausses » (source : New York Times via Courrier International, 25 janvier 2021). À noter que YouTube a désactivé pour au moins trente jours les revenus publicitaires de Giuliani pour avoir diffusé de la désinformation (source : NBCNews, 26 janvier 2021).

MARJORIE TAYLOR GREENE. Un examen approfondi de l’historique des pages sur les réseaux sociaux de la nouvelle membre du Congrès et adepte de QAnon Marjorie Taylor Greene révèle des messages à teneur complotiste et antisémite. Dans un message sur Facebook, elle a par exemple suggéré que « Rothschild Inc » était derrière les incendies de forêt qui ont ravagé la Californie à l’été puis en novembre 2018, des feux qui auraient selon elle été provoqués par des rayons laser depuis l’espace. Elle a également fait « la promotion d’une fausse affirmation à propos de Clinton et d’une assistante, Huma Abedin, se livrant supposément à un rituel satanique de meurtre et à la mutilation d’un enfant » (source : Courrier International, 28 janvier 2021) et suggéré que les fusillades meurtrières survenues dans les écoles de Sandy Hook en 2012 (26 morts) et à Parkland en 2018 (17 morts) étaient « des mises en scène de la part d’activistes favorables au contrôle des armes à feu », comme l’a fait remarquer le Seattle Times. Elle a aussi émis des doutes sur les attentats du 11 septembre 2001 et dénoncé les « suprémacistes sionistes » et George Soros (source : The Times of Israël, 29 janvier 2021). En 2018 et 2019 elle a, « de façon répétée, annoncé son soutien à l’exécution de personnalités démocrates », dont Barack Obama et Hillary Clinton. Marjorie Taylor Greene fait aujourd’hui l’objet de vives attaques des Démocrates au sein du Congrès, auxquelles elle répond en affirmant qu’elle ne s’excusera jamais. Elle a révélé le 30 janvier avoir reçu le « plein soutien » de Donald Trump après lui avoir parlé au téléphone (source : The Independent, 30 janvier 2021).

QANON. QAnon n’est pas une théorie du complot statique. Depuis son apparition en 2017, elle n’a cessé d’évoluer en adoptant des éléments d’autres théories du complot. Cette élasticité a été la clé de son succès. L’investiture du président américain Joe Biden a plongé les fidèles de QAnon dans le désarroi. Il n’est pourtant pas certain que le mouvement soit sur le point de s’effondrer. Les prophéties ratées n’affectent pas toujours les théories élaborées. Pour mieux comprendre ce phénomène, le site Bellingcat a analysé un ensemble de données contenant 4 952 « Q drops », les messages cryptiques au cœur de la théorie du complot QAnon (source : Bellingcat, 29 janvier 2021).

FAUCI. Il a été le conseiller scientifique et médical de six présidents américains avant Joe Biden. Ses quatre années auprès de Donald Trump n’ont été qu’un long cauchemar, surtout avec le déferlement du Covid-19 aux États-Unis. Le Dr Anthony Fauci, 80 ans, a raconté au New York Times les délires d’un président prônant les UV et le détergent pour combattre la pandémie, les articles l’accusant d’avoir inventé le virus et les menaces de mort dont lui et sa famille ont fait l’objet. Un récit effrayant (source : Ouest-France, 27 janvier 2021).

CAPITOLE. Le grand meeting de Donald Trump qui a précédé l’assaut contre le Capitole a été financé à hauteur de 300 000 dollars (pour un coût total de 500 000 dollars) par l’une de ses plus importantes donatrices, Julie Jenkins Fancelli, héritière de la chaîne de grande districution Publix Super Markets Inc. C’est Alex Jones, le patron du site InfoWars et l’un des plus influents leaders complotistes américains, lui-même donateur à hauteur de 50 000 dollars, qui a intercédé auprès de la philanthrope pour permettre le financement du rassemblement pro-Trump (source : Wall Street Journal, 30 janvier 2021).

STOPMENSONGES. Laurent Gouyneau, alias Laurent « Freeman », figure du conspirationnisme, avait diffusé sur son site stopmensonges.com des milliers de documents confidentiels appartenant à des loges maçonniques et issus d’un piratage. Ce site foisonne par ailleurs d’infox et de théories du complot, des civilisations englouties aux extraterrestres, en passant par les attentats sous faux drapeau et le négationnisme. Inquiet de l’influence de la franc-maçonnerie sur son procès, l’homme a comparu le 27 janvier, sans avocat, devant le tribunal de Paris. Il a été condamné à douze mois de prison dont huit avec sursis, sans mandat de dépôt, et au versement de 7 000 euros de dédommagement au Grand Orient de France (source : Marianne, 28 janvier 2021).

« GAMIFICATION ». Les théories du complot se multiplient aujourd’hui mais, aussi, les tentatives de les expliquer : crise de confiance dans les institutions, attraction religieuse ou sectaire, explosion des réseaux sociaux, etc. Une hypothèse n’a pourtant pas encore été envisagée : celle de la « gamification » du complotisme. Les analogies avec les nouveaux jeux en réalité alternée (ARG) et autres jeux pervasifs – des jeux envahissant la vie quotidienne, sans limites clairement définies entre l’espace du jeu et la vie réelle –, sont pourtant frappantes. Exploration de cette hypothèse vertigineuse avec le concepteur de jeux en réalité alternée Éric Viennot et le philosophe Mathieu Triclot (source : Philosophie Magazine, 29 janvier 2021).

CRÉDULITÉ. Ceux qui croient tout ce qu’on leur raconte sont-ils stupides ? Le chercheur en neurosciences Sebastian Dieguez s’est appuyé sur une nouvelle de l’écrivain américano-polonais Isaac Bashevis Singer (1902-1991) – et sur des recherches en psychologie – pour montrer que la crédulité résulte moins d’un manque d’intelligence que d’une vulnérabilité sociale. Il montre que dans son livre, Not Born Yesterday, Hugo Mercier, psychologue au CNRS, constate « que les gens sont beaucoup moins crédules – au sens fort – qu’on ne l’imagine. En fait, ils tendent à accepter ce qu’ils croient déjà, ce qui leur paraît intuitif, ce qui n’a que peu d’importance pour leur vie ou ce qui arrange leurs intérêts personnels […]. Les manipulateurs, démagogues et charlatans seraient alors, non pas des maîtres de l’influence, mais plutôt des individus sachant s’adapter à ce que leurs « victimes » sont de toute façon déjà prêtes à entendre et à accepter » (source : Cerveau & Psycho, 3 décembre 2020).

VACCIN. « Je suis inquiet de toutes ces fake news. Les gens pensent que le vaccin n’est pas là pour les aider, que c’est véritablement un outil néfaste », a expliqué Bill Gates, le fondateur de Microsoft, interviewé par France TV Info.

Le vaccin serait-il plus dangereux que protecteur ? En Israël, alors que plus d’un quart de la population a déjà reçu une injection, les courbes des contaminations et des décès ne semblent pas fléchir… C’est à ce constat trompeur que la séquence Désintox (Arte) a cherché à répondre après que le site complotiste FranceSoir s’est demandé si « le vaccin Pfizer [n’augmenterait pas] le risque de contamination et de mort par Covid-19 ? » (source : Arte, 28 janvier 2021).

LALANNE. Après s’être illustré par ses propos polémiques tenus au micro de Richard Boutry sur le média conspirationniste FranceSoir, Francis Lalanne a déclaré le 26 janvier sur le plateau de l’émission « Touche Pas à Mon Poste » (C8) : « Je connais des médecins et je sais, aujourd’hui, qu’on a empêché les Français d’avoir accès à des traitements précoces » contre le Covid-19. Le chanteur a attaqué la gestion de la crise sanitaire et affirmé que l’on pouvait « guérir très rapidement » du virus, « dès les premiers symptômes avec des médicaments » tels que l’hydroxychloroquine, l’azithromycine ou l’ivermectine, « qui ont été proposés par les plus grands virologues au monde, comme les professeurs Raoult et Perrone. » Des affirmations fausses et imprudentes, comme le démontre un article du Parisien (30 janvier 2021).

HARARI. L’historien israélien et auteur à succès Yuval Noah Harari décrypte la place des théories du complot dans une tribune publiée par le New York Times et reprise par Le Point. Il y explique que les théories du complot « offrent une explication simple et directe à d’innombrables processus compliqués » et qu’à travers l’histoire leur « structure de base reste identique : un groupe contrôle presque tout ce qui arrive, tout en dissimulant son pouvoir » (source : Le Point, 24 janvier 2021).

DÉSOBÉISSANCE SANITAIRE. Le 27 janvier, un restaurant de Nice a bravé l’interdiction d’ouverture décidée dans le cadre de la lutte contre la Covid-19. L’action a été dénoncée par l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie Nice-Côte-d’Azur (source : 20 Minutes, 29 janvier 2021). L’exploration des pages Facebook du propriétaire, Christophe Wilson, a révélé une nette inclination pour les théories du complot de type QAnon comme l’a révélé le journaliste Raphaël Grably.

À noter que l’initiative du restaurateur a rencontré un curieux écho chez une partie de la complosphère qui, à l’instar du youtubeur Silvano Trotta, en a donné une interprétation complotiste

GREAT RESET. Dans sa chronique hebdomadaire sur France Inter, Tristan Mendès France s’est penché sur l’expression « Great Reset » (« grande réinitialisation »), employée au forum économique annuel de Davos dans le but de réfléchir au monde de l’après-Covid. L’expression est devenue la cible d’une grande partie des complotistes de la planète qui y voit un plan secret d’asservissement de l’humanité (source : France Inter, 29 janvier 2021). À visionner également, la mise au point effectuée par l’équipe de Vrai ou Fake au sujet de cette métaphore vague devenue objet de fantasmes.

SODA INFECTÉ. C’est une tentative ratée pour prouver que les tests contre le Covid-19 seraient inutiles. Dans une vidéo, partagée plus de 1 000 fois en quelques heures sur Facebook, un pharmacien français réalise un test antigénique avec quelques gouttes de soda qui débouche sur un résultat positif. Un résultat trompeur : c’est le PH très acide de la boisson qui provoque en fait la réaction chimique (source : France Info, 26 janvier 2021).

DÉSINFORMATION. Twitter a révélé le 25 janvier la mise en place d’une fonctionnalité pour renforcer la lutte contre la désinformation, en s’appuyant sur les utilisateurs pour signaler les tweets potentiellement litigieux. Ce système, intitulé « Birdwatch », permet aux utilisateurs d’échanger et de documenter les tweets qui posent problème. Il est pour l’instant expérimenté aux États-Unis, disponible pour un petit nombre d’utilisateurs qui auront, au préalable, communiqué un numéro de téléphone ou un email valides (source : NBCNews, 25 janvier 2021).