Des gros titres aux petites infos passées inaperçues : ce qu’il fallait retenir de l’actualité des derniers jours en matière de conspirationnisme et de négationnisme (semaine du 21/01/2019 au 27/01/2019).

GLYPHOSATE. Le glyphosate est devenu un sujet de discorde brûlant mêlant politiques, médias, ONG et scientifiques. Le dossier consacré par le magazine « Envoyé spécial » à la molécule commercialisée par Monsanto sous le nom de Roundup, diffusé jeudi 17 janvier sur France 2, a suscité de nombreuses critiques publiques, de la part de journalistes dont Emmanuelle Ducros (L’Opinion), qui a accepté de répondre aux questions de Conspiracy Watch. Regrettant que les journalistes soient peu armés pour contrer une émission comme celle-ci, E. Ducros ajoute que la critiquer conduit à l’accusation d’être « vendu à Monsanto » : « C’est cela, aussi, la théorie du complot : décrédibiliser ceux qui contestent. Plus que cela, je m’inquiète du silence de la science en France. Que font le CNRS, l’Inra, l’Anses, au moment où l’on attaque leurs décisions en se basant sur un complot imaginaire ? » (source : Conspiracy Watch, 22 janvier 2019).

 CITATION APOCRYPHE. Lors d’une manifestation devant le siège de la banque Goldman-Sachs, des « gilets jaunes » ont fait référence à une citation attribuée à Mayer Amschel Rothschild, fondateur de la dynastie banquière du même nom : « Laissez-moi le pouvoir de créer la monnaie, je me fous de ceux qui font les lois ». Problème : la citation est apocryphe. Apparue plus d’un siècle après la mort de son prétendu auteur, elle circule aujourd’hui sur Internet sous des formes variées, prêtées à tel ou tel membre de la famille Rothschild… Voir à ce sujet le thread de Conspiracy Watch ci-dessous :

TRAITÉ D’AIX-LA-CHAPELLE. Lancée par l’eurodéputé souverainiste Bernard Monot sur la base d’arguments fallacieux, le traité d’Aix-la-Chapelle a été l’objet d’une polémique nourrie d’infox, activement récupérée par l’extrême droite. Signé le 22 janvier par l’Allemagne et la France, le traité en question ne prévoit pourtant qu’une coopération entre les régions des deux côtés du Rhin, avec la possibilité pour les eurodistricts d’obtenir des dérogations législatives pour entreprendre des projets en commun, dans le strict respect de la Constitution française… Retour sur l’itinéraire d’une intox très politique avec les Décodeurs (source : lemonde.fr, 21 janvier 2019).

DÉMOCRATIE PARTICIPATIVE. Bloqué par décision de justice le 27 novembre 2018, le site raciste et antisémite « Démocratie participative » a été recréé quelques jours plus tard avec un nouveau nom de domaine. Depuis décembre, le site a changé trois fois d’URL et a été re-bloqué deux fois, d’après la DILCRAH. « C’est un petit jeu du chat et de la souris qui montre les limites de la communication sur Internet », explique Clément Genty, chercheur spécialisé dans la valorisation des noms de domaine. La lutte contre le référencement du site continue : un enjeu d’ordre public auquel le projet de loi contre les « contenus haineux » en ligne, qui devrait être présenté courant 2019, permettra peut-être d’apporter des solutions (source : 20Minutes.fr, 22 janvier 2019).

ÉTIENNE CHOUARD. « Nous sommes les sentinelles du peuple. C’est à nous, à tout instant, de dénoncer les complots dont nous sommes les victimes. » Ces mots ont été prononcés par Etienne Chouard le vendredi 18 janvier dernier au Zénith de Toulon devant des centaines de personnes venues l’écouter parler de Référendum d’initiative citoyenne (RIC), de constituante, et de « médias tenus par des oligarques ». C’est le blogueur complotiste Salim Laïbi (alias Le Libre Penseur) qui a eu le privilège de mettre en ligne la vidéo de la conférence sur YouTube. Dans le public, des militants de l’UPR de François Asselineau, des retraités, des jeunes et des quadras. On s’extasie devant le prof de 62 ans devenu la nouvelle coqueluche des « Gilets jaunes ». Écœuré, un homme quitte la salle : « Ce type est un malade. Un gourou, non ? C’est une secte ou quoi, ici ? ». A lire dans le dernier numéro de Charlie Hebdo. 

HONGRIE. George Birnbaum, associé du défunt Arthur J. Finkelstein, consultant en marketing politique pour les droites dures de par le monde, a raconté au magazine suisse Das Magazin comment il a aidé Viktor Orbán à revenir et se maintenir au pouvoir depuis dix ans en manipulant l’opinion. Birnbaum explique notamment la stratégie adoptée pour les élections législatives de 2018 : « Orbán cherche à donner corps à sa rhétorique nationaliste en renouvelant un récit national qui présenterait la Hongrie en victime de l’Histoire et le coupler avec la dénonciation d’un capitalisme financier vorace. C’est Finkelstein qui aura l’idée de désigner pour adversaire un vieil homme de près de 90 ans (…) » (source : Le Courrier d’Europe centrale (en partenariat avec Conspiracy Watch), 24 janvier 2019).

HERVÉ RYSSEN. Le militant d’extrême droite Hervé Lalin, dit Ryssen, a été condamné à Paris, le 23 janvier 2019, pour négationnisme, à une peine d’amende pouvant se transformer en emprisonnement. Le militant avait publié sur son compte Twitter un montage tournant en dérision la Solution finale, insinuant que le camp d’Auschwitz n’avait pas été un lieu d’extermination et imputant « à la communauté juive dans son ensemble d’avoir menti en inventant l’existence » du génocide (source : lefigaro.fr, 24 janvier 2019).

NAZISME AUX USA. Dans Hitler’s American Friends (Thomas Dunne Books, 2018), l’historien Bradley Hart étudie l’activité des nazis et de leurs partisans aux États-Unis dans les années trente et quarante. Son enquête révèle l’emprise non négligeable de l’idéologie hitlérienne, par l’antisémitisme mais aussi à travers des mobilisations concrètes comme celle du groupe américano-allemand « Bund », réseau de 25 000 activistes pro-nazis doté de camps d’entraînement et de forteresses dans tout le pays… Abordant la période la plus contemporaine, l’historien évoque le relai pris aujourd’hui par internet dans la propagande extrémiste : « Internet a créé un environnement dans lequel l’extrémisme peut s’épanouir sans grande surveillance et avec peu de conséquences sociales ou professionnelles pour ceux qui propagent la haine de manière anonyme » (source : Conspiracy Watch, 25 janvier 2019).

YOUTUBE. YouTube a annoncé le 25 janvier 2019 un changement de politique à l’égard des vidéos complotistes qu’il héberge sur sa plateforme. Ce changement, opéré par la modification d’algorithmes et un tri effectué « à la main », permettra que ne soient plus mis en avant les contenus en question. L’opération sera d’abord conduite aux États-Unis avant de l’être dans d’autres pays. YouTube n’exercera pas de censure puisque ces contenus resteront accessibles ; ils n’ont en revanche plus vocation à apparaître dans les suggestions (source : radio-canada.ca, 25 janvier 2019).

VACCINS. Sur son compte Twitter, Priscillia Ludosky, co-fondatrice du mouvement des Gilets jaunes, a relayé le 25 janvier une fausse nouvelle relative à la prétendue reconnaissance, par la justice européenne, d’un lien entre vaccin contre l’hépatite B et sclérose en plaques. Le lien posté par Ludosky renvoie vers un article de juillet 2017 émanant du site conspirationniste Réseau international, une source notoire de fake news situé politiquement à l’extrême droite selon Le Monde. Interpellée par Conspiracy Watch, la Gilet jaune n’est pas revenue sur le sujet.