Observatoire du conspirationnisme et des théories du complot

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Le style paranoïaque. Théories du complot et droite radicale en Amérique, de Richard Hofstadter
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L'Obsession du complot, de Frédéric Charpier
Les Nouveaux imposteurs, d'Antoine Vitkine





Le système totalitaire, de Hannah Arendt
Extraits de Hannah Arendt, Les Origines du totalitarisme (tome 3 : Le système totalitaire), éditions du Seuil, 1972, rééd. coll. Points/Essais, 1995, pp. 77-78 :

Tels auparavant les meneurs de foules, les porte-parole des mouvements totalitaires avaient un flair infaillible pour tous les sujets que la propagande habituelle des partis ou l’opinion publique négligeaient ou craignaient d’aborder. Tout ce qui était caché devenait hautement significatif, sans considération d’importance intrinsèque. La populace croyait réellement que la vérité était tout ce que la société respectable avait hypocritement passé sous silence, ou couvert par la corruption.

Dans le choix d’un sujet, le premier critère devint le mystère en tant que tel. L’origine de celui-ci n’avait pas d’importance : ce pouvait être un désir raisonnable et politiquement compréhensible de garder le secret, comme dans le cas des services secrets britanniques ou du Deuxième Bureau français ; ou les exigences de la conspiration pour les groupes révolutionnaires, comme dans le cas des sectes terroristes, anarchistes et autres ; ou encore la structure de sociétés dont le contenu, secret à l’origine, était public depuis longtemps, et dont seul le rituel gardait quelque chose de mystérieux (cas des francs-maçons) ; ou des superstitions séculaires qui avaient brodé des légendes autour de certains groupes (cas des jésuites et des Juifs). Si les nazis étaient plus doués pour choisir de tels sujets, les bolcheviks ont progressivement maîtrisé cet art. Mais ils s’appuient moins sur les mystères traditionnellement acceptés, auxquels ils préfèrent leurs propres inventions – depuis 1935 environ, une mystérieuse conspiration mondiale succède à l’autre dans la propagande bolchevique : ce fut d’abord le complot des trotskistes, puis le règne des 200 familles, enfin les sinistres machinations impérialistes (c’est-à-dire planétaires) des services secrets britanniques ou américains (1).

L’efficacité de ce genre de propagande met en lumière l’une des principales caractéristiques des masses modernes. Elles ne croient pas à rien de visible, à la réalité de leur propre expérience ; elles ne font confiance ni à leurs yeux ni à leurs oreilles, mais à leur seule imagination, qui se laisse séduire par tout ce qui est à la fois universel et cohérent par soi-même. Les masses se laissent convaincre non par les faits, même inventés, mais seulement par la cohérence du système dont ils font censément partie. On exagère communément l’importance de la répétition parce qu’on croit les masses peu capables de comprendre et de se souvenir ; en fait, la répétition n’est importante que parce qu’elle convainc les masses de la cohérence dans le temps.

Par Pierre-André Taguieff


Histoire de la théorie du complot
La vidéo de la conférence (92 mn) est disponible en intégralité sur le site Akadem.

Sommaire :
  • 1re partie : La rhétorique islamiste.

  • 2ème partie : Les trois grandes vagues complotistes d'après-guerre aux Etats-Unis : le maccarthysme, l'assassinat de Kennedy et le 11 septembre.

  • 3ème partie : Le complotisme conspirationniste (1ère partie)

  • 4ème partie : Le complotisme conspirationniste (2ème partie)

  • 5ème partie : La naissance du mythe du complot mondial au 18ème siècle avec les "illuminés" de Bavière.

  • 6ème partie : Histoire moderne du complot mondial.

  • 7ème partie : Evolution de l’antisémitisme, de l’antijudaïsme chrétien à la nouvelle judéophobie.

Par Michaël Prazan


Haro sur les conspirationnistes !
Un film et un essai analysent les théories du complot, ces ''maladies'' de l'imaginaire qui savent s'adapter à chaque époque.

Les extraterrestres ont-ils fait main basse sur la Maison-Blanche ? Les sionistes sont-ils les véritables commanditaires des attentats du 11 septembre 2001 ? Quid du pouvoir des francs-maçons, du prieuré de Sion ou des illuminati révélés par Dan Brown, l'auteur du Da Vinci Code, ce best-seller universel ? Comme en témoignent les milliers de sites Internet qui leur sont consacrés, ou le succès des polars ésotériques de Dan Brown, les organisations secrètes et les conspirations occultes ont le vent en poupe. Biles permettent d'expliquer l'inexplicable, de justifier l'invraisemblable, faisant fi d'une information qui se délivre en temps réel, ou de la vérité qu'aucun gouvernement, aucun lobby, aucun secret d'Etat ne parvient pourtant plus à étouffer. La série américaine « X-Files » , dans son slogan d'ouverture, posait l'axiome qui résume à lui seul la pathologie conspirationniste : « La vérité est ailleurs. »

La mode du conspirationnisme pourrait paraître anecdotique ou farfelue si elle n'avait, par le passé, fait la preuve de sa dangerosité en légitimant, du Moyen Age au génocide tutsi, de si nombreux crimes et massacres. L'occasion semble donc venue de redécouvrir la plus fumeuse et la plus exemplaire de ces théories du complot, celle des Protocoles des Sages de Sion, fabriqué de toutes pièces par les sbires de l'Okhrana, la police secrète du tsar Nicolas II.

Extrait de « Le retour de la théorie du complot. Entretien avec le politologue Pierre-André Taguieff », propos recueillis par Samuel Blumenfeld, Le Monde 2, n° 90, supplément du 5 novembre 2005.


Pierre-André Taguieff
Quel rôle joue Internet dans la propagation des mythes complotistes ?
Internet est une immense agora sans règle. II n’est pas question de déplorer la liberté d’expression et l’élargissement de la communication qu’il rend possibles. Il s’agit de reconnaître que cette liberté pose de nombreux et graves problèmes. Elle donne une audience à la moindre rumeur, elle autorise la délation, permet aux dénonciations les plus délirantes de circuler. C’est sur le Net, où l’on peut lire les Protocoles des Sages de Sion, que le négationnisme s’est longtemps déversé et épanoui, quelles que soient les législations nationales qui interdisent la publication de certains livres ou périodiques. Or le négationnisme à la Faurisson est l’une des principales formes contemporaines de complotisme.
Sans le Net, la culture complotiste n’aurait ni la même résonance ni la même intensité. Dans la structure même du Net, il y a l’idée que l’on accède à ce qui n’est pas dans les journaux, ou à ce qu’ils cachent. Le Net est censé dire le vrai sans fard. Son postulat est que les journalistes mentent ou dissimulent les faits. Et que les hommes politiques ne sont pas crédibles. Le premier allumé venu, affirmant que tout est affaire de sociétés secrètes, de réseaux et de complots criminels, trouve une audience non négligeable.
L’un des pamphlets ésotéro-complotistes les plus vendus au cours des années 80, Les Sociétés secrètes et leur pouvoir au XXème siècle (1re édition allemande, 1993), traduit en anglais en 1995 et connu en France sous le titre Livre jaune n° 5, (1997, 2001), a fait le tour du monde grâce aux multiples sites qui l’ont mis en ligne, en tout ou partie. L’ouvrage s’inspire expressément des Protocoles (qu’il cite longuement ou résume), des pamphlets conspirationnistes américains ou canadiens (William Guy Carr, Gary Allen, etc.), des thèmes majeurs de l’ufologie d’épouvante (les extraterrestres colonisateurs et prédateurs) et flirte avec le négationnisme. L’auteur de ces pamphlets (le Livre jaune n° 5 a été suivi d’un n° 6 et d’un n° 7), un guérisseur allemand nommé Jan Udo Holey (né en 1967), signant sous le pseudonyme de Jan van Helsing, doit essentiellement son audience au Net, où s’étale la publication pour ses ouvrages dans diverses langues. Dans le Livre jaune n° 7 (2004), Holey consacre un chapitre au Prieuré de Sion, affirmant au passage que « des membres de cet ordre ont fait partie des Illuminati ». La source est la même chez Holey et chez Dan Brown : L’Enigme sacrée.

Extrait de « Le retour de la théorie du complot. Entretien avec le politologue Pierre-André Taguieff », propos recueillis par Samuel Blumenfeld, Le Monde 2, n° 90, supplément du 5 novembre 2005.


Da Vinci Code, de Dan Brown

Le Monde 2 : Passons aux romans de Dan Brown. Ils ne font pas que vous amuser. Ils paraissent vous inquiéter. Pourquoi ?

Pierre-André Taguieff : Dan Brown est un faiseur, qui connaît les ficelles. Et il faudrait mentionner de très nombreux autres noms d’auteurs, moins célèbres. Cela dit, il me semble qu’à travers des formes littéraires, ludiques et cinématographiques souvent séduisantes, se construit une machine de guerre antidémocratique. Ce qu’on peut craindre, c’est qu’en consommant ces produits culturels, nos contemporains s’habituent à percevoir les événements et les formes de la vie sociale à travers les lunettes du complotisme : des événements n’auraient pas eu lieu (on connaît les rumeurs négatrices portant sur les chambres à gaz homicides des camps d’extermination nazis, ou sur les attentats antiaméricains du 11-Septembre), des morts accidentelles seraient des meurtres déguisés, des catastrophes naturelles ou des pandémies seraient le résultat de complots criminels, la démocratie ne serait pas ce qu’elle paraît être : dans ses coulisses grouilleraient des sociétés secrètes luttant entre elles pour le pouvoir.

Ce qui me paraît moralement détestable dans Da Vinci Code, c’est que Dan Brown présente, comme réels ou historiques, des faits qui relèvent de la fiction. Il commence son roman par un prétendu énoncé des faits historiques, un prologue où il écrit sous la rubrique « Les Faits » : « La société secrète du Prieuré de Sion a été fondée en 1099, après la première croisade. On a découvert en 1975, à la Bibliothèque nationale, des parchemins connus sous le nom de Dossiers secrets, où figurent les noms de certains membres du Prieuré, parmi lesquels on trouve Sir Isaac Newton, Botticelli, Victor Hugo et Leonardo Da Vinci. »

Les millions de gens qui lisent ces lignes se disent que le « Prieuré de Sion » a effectivement été fondé, en 1099, par Godefroy de Bouillon. Or cette société secrète n’a jamais existé. Elle est l’invention d’un certain Pierre Plantard (dit Plantard de Saint-Clair), un ancien « collabo » pétainiste, qui s’imaginait descendre des Mérovingiens, et plus lointainement, de Jésus et Marie-Madeleine !

L’ennui, c’est qu’un précédent best-seller, l’ouvrage pseudo-historique signé Michael Baigent, Richard Leigh et Henry Lincoln, Holy Blood, Holy Grail (1982) (L’Enigme sacrée, 1983), avait largement diffusé les billevesées de Plantard. Celui-ci était un mythomane doublé d’un escroc, et avait fondé, en juin 1956, une association loi de 1901 : le « Prieuré de Sion ». Le Prieuré de Sion existe donc bien, mais comme association ! Et les « Dossiers secrets » sont des faux fabriqués par Plantard et l’un de ses acolytes. A partir de là, le roman de Dan Brown prend un tout autre sens.

Le romancier cible par ailleurs l’Eglise catholique, et laisse entendre que l’Opus Dei est une société secrète de type criminel. Dan Brown joue un peu son abbé Barruel, mais contre l’Eglise. Il surestime l’importance, il criminalise ça et là, il lance son venin, il reprend une légende lancée par un mégalomane et un mystificateur, alors qu’elle avait été dénoncée, en 1988, par Gérard de Sède, écrivain et journaliste français (1922-1994), qui avait lui-même contribué à lui donner une crédibilité auparavant.

Dan Brown avait les moyens d’éviter de cautionner ce mensonge au moment où il écrivait son roman. Il n’a pas daigné se documenter sur la question. Dans Anges et démons, écrit avant Da Vinci Code, c’est le mythe illuministe qu’il reprend à sa manière et remet en circulation avec des assassinats, des sociétés secrètes. Tout s’explique par des complots. A sa manière, il relance l’idée qu’il y a une lutte pour le pouvoir mondial et qu’elle est une affaire de sociétés secrètes.
Mercredi 30 Novembre 2005



Extrait de « Le retour de la théorie du complot. Entretien avec le politologue Pierre-André Taguieff », propos recueillis par Samuel Blumenfeld, Le Monde 2, n° 90, supplément du 5 novembre 2005.


"Les Protocoles des Sages de Sion, Faux et usages d'un faux", de Pierre-André Taguieff (éd. Fayard, 2004)
Les Protocoles des Sages de Sion, autre faux célèbre qui va s’imposer sur le marché de la conspiration au XXème siècle, sont fabriqués et rédigés en français, à Paris, en 1900-1901, par un faussaire, le Russe Matthieu Golovinski, agent occasionnel de la police secrète tsariste, l’Okhrana. Ce mercenaire textuel travaille régulièrement à la Bibliothèque nationale et fabrique, avec les moyens du bord, les Protocoles. Ces derniers passent en Russie en novembre 1901, où ils sont d’abord traduits et diffusés de manière artisanale. Ils sont publiés à Saint-Pétersbourg, dans une édition abrégée et en feuilleton, pendant l’été 1903, dans le journal Znamia (Le Drapeau), sous le titre « Programme juif de conquête mondiale ». Cette première publication est due à Krouchevan, antisémite militant d’extrême droite qui avait coorganisé le terrible pogrom de Kichinev (ville alors située en Russie, et aujourd’hui en Moldavie), en avril de la même année. C’était là légitimer le pogrom et appeler au meurtre contre les juifs. Le 11 septembre 1903, quatre jours après la parution de la fin du faux antijuif, avait lieu le pogrom de Gomel (Biélorussie). Les Protocoles ont été fabriqués comme un faux anti-judéomaçonnique, mais ils ne seront utilisés qu’en tant que faux antijuif.

Documentaire de Marc Levin, 93 minutes (Etats-Unis, 2004).


Les Protocoles de la Rumeur
Au lendemain du 11 septembre 2001, des voix se sont fait entendre, partout dans le monde, pour accuser les Juifs d'avoir commandité les attentats de New York et Washington... Une telle mystification n'est pas sans rappeler celle des tristement célèbres Protocoles des Sages de Sion, prêtant aux Juifs depuis plus d'un siècle l'intention de prendre le contrôle de la planète.

Frappé par le regain d'antisémitisme qui sévit dans son pays, Marc Levin part à la rencontre de tous ceux qui persistent à croire que les Juifs ont orchestré le 11 septembre - et qui contribuent à faire des Protocoles des Sages de Sion un best-seller. Son périple au coeur de la haine et de l'intolérance commence... (titre original : Protocols of Zion ; film sortie en France le 23 novembre 2005).














Les Protocoles de la Rumeur
Au lendemain du 11 septembre 2001, des voix se sont fait entendre, partout dans le monde, pour accuser les Juifs d'avoir commandité les attentats de New York et Washington... Une telle mystification n'est pas sans rappeler celle des tristement célèbres Protocoles des Sages de Sion, prêtant aux Juifs depuis plus d'un siècle l'intention de prendre le contrôle de la planète.
Frappé par le regain d'antisémitisme qui sévit dans son pays, Marc Levin part à la rencontre de tous ceux qui persistent à croire que les Juifs ont orchestré le 11 septembre - et qui contribuent à faire des Protocoles des Sages de Sion un best-seller. Son périple au coeur de la haine et de l'intolérance commence...

Voir :
La bande-annonce
Extrait 1
Extrait 2

Documentaire américain réalisé par Marc Levin (2004)
Titre original : Protocols of Zion
Sortie en France le 23 novembre 2005
Durée : 1h 33min.
Distribué par Pretty Pictures

Extrait de « Le retour de la théorie du complot. Entretien avec le politologue Pierre-André Taguieff », propos recueillis par Samuel Blumenfeld, Le Monde 2, n° 90, supplément du 5 novembre 2005.


Pierre-André Taguieff
Quand surgissent historiquement les premières théories du complot ?
Il faut remonter à la Révolution française. Entre 1789 et 1792, plusieurs pamphlets sont publiés sur le thème du complot maçonnique ou illuministe derrière la Révolution française. On y trouve déjà le schéma qui structure toutes les visions du complot, de la simple peur du complot à la mythologie complotiste. Le schéma est le suivant : les événements cachent leur cause ; pour accéder aux causes, il faut savoir décrypter ; pour pénétrer les coulisses du théâtre historique, il faut bénéficier d’une initiation. Le postulat est que des êtres malfaisants, dans les ténèbres, ont élaboré un plan de destruction de la civilisation chrétienne et de l’ordre monarchique. La véritable histoire est une histoire secrète. L’histoire officielle ne peut qu’être mensongère. D’où la proximité du complotisme avec l’ésotérisme, lequel implique, dans les formes qu’il a prises au XIXème, une vision de l’histoire fondée sur l’accès à un sens caché.

Quel est le premier ordre secret accusé de tous les maux ?
Cet ordre politique secret est celui des Illuminati, des « éclairés ». La mythologisation s’opère sur une base empirique : les Illuminés de Bavière ont existé. Cette société secrète de type maçonnique a bien été fondée, le 1er mai 1776, par le juriste Adam Weishaupt (1748-1830), issu d’une vieille famille allemande chrétienne, et ancien élève des jésuites. Le fait qu’il n’est pas juif va beaucoup gêner les auteurs conspirationnistes de la deuxième moitié du XIXème siècle. Mais au moment où la légende se forme, le complot juif n’est pas à l’ordre du jour, les regards inquiets ne se braquent que sur le complot maçonnique ou illuministe.
La diabolisation de l’illuminisme en France, est due principalement à Augustin Barruel, qui, pour rédiger ses Mémoires pour servir à l’histoire du jacobinisme (1797-1798), s’est sérieusement informé à propos des Illuminés de Bavière, mais pour les reconstruire comme un mythe, en exagérant leur importance et en fantasmant leur puissance. Il est difficile d’estimer leur nombre, entre 200 et 2000, pour toute l’Europe. On n’a pas fait la Révolution avec quelques centaines d‘Illuminés bavarois. L’ordre des Illuminés est dissous par le gouvernement bavarois en mars 1785. Il n’a plus aucune importance après cette date. Mais la légende a été forgée par l’abbé Barruel et par John Robison, en Angleterre, en 1797-1798 : des conspirateurs, partisans d’une révolution mondiale, veulent détruire la civilisation chrétienne et monarchique.

Extrait de « Le retour de la théorie du complot. Entretien avec le politologue Pierre-André Taguieff », propos recueillis par Samuel Blumenfeld, Le Monde 2, n° 90, supplément du 5 novembre 2005.


Pierre-André Taguieff
La culture de masse aujourd’hui – Da Vinci Code, thriller ésotérique de Dan Brown, la série télévisée «X-Files», de nombreux films fantastiques et des jeux vidéo – présenterait, selon vous, des caractères, comme celui du complot international, qui étaient l’apanage de l’extrême droite jusque dans les années 1970. La théorie du complot, juif, mondial ou capitaliste est aujourd’hui de plus en plus populaire. Comment expliquez-vous sa résurgence ?
La formule « théorie du complot » est trompeuse : le complotisme ou conspirationnisme est l’un des grands mythes politiques modernes. Son message central est que l’histoire universelle s’explique par l’action des sociétés secrètes, et que la politique mondiale est secrètement dirigée par de redoutables manipulateurs. Le mythe du complot mondial ou mégacomplot a été fabriqué à la fin du XVIIIème siècle et il s’est enrichi depuis lors.
Ce qui caractérise la vague complotiste observable depuis plus de trois décennies, et qui a récemment pris une grande ampleur, c’est qu’elle ne touche plus seulement les milieux d’extrême droite, mais s’étend à des publics divers qui ne sont pas nécessairement politisés. En se mélangeant avec des thèmes empruntés à l’ésotérisme, la vision du complot est devenue un phénomène culturel. Ce dernier peut être éclairé par deux hypothèses portant sur de grandes transformations du champ des croyances.
Tout d’abord, le retrait des grandes religions politiques ou séculières comme le communisme. La croyance au progrès, conçu comme un mouvement global du moins bien vers le mieux, n’est plus attractive pour un nombre croissant de nos contemporains, qui se sont laissé convertir au catastrophisme de l’écologie profonde, ou radicale. Nous avons vécu, nous autres Occidentaux, pendant deux siècles et demi sous le ciel de la foi dans le progrès. L’âge de l’avenir radieux est derrière nous.
Le deuxième phénomène, bien connu des historiens des religions, est celui de la sécularisation, soit la limitation de l’influence des grandes religions monothéistes. Cette restriction de la sphère religieuse produit un vide dans lequel vont s’engouffrer des réponses simplistes à la demande de sens, dans un contexte marqué par l’incertitude et le désarroi. Cette demande est en friche. Mais l’offre l’est tout autant. Le marché de l’ésotérisme et des nouveaux mouvements religieux ou magiques est en expansion. Les réponses apportées vont de la secte totalitaire, sur le modèle de l’Ordre du Temple solaire, aux techniques de développement personnel, aux médecines douces de style New Age, à visage sympathique.
Dans ce nouvel espace des croyances proliférantes, où se mêlent quête du sens caché et rêves d’initiation, l’imaginaire du complot s’est naturellement réinstallé. Le goût du secret et du décodage, l’attrait du mystère, l’intérêt pour les machinations ou les manipulations, la fascination exercée par l’action des forces invisibles, la peur d’une dictature occulte : autant de composantes de la nouvelle synthèse que je qualifie d’« ésotéro-complotiste ». Le sens de la politique mondiale est révélé dans les mauvaises intentions des hommes, ou plutôt, de certains groupes d’hommes, manipulateurs ou conspirateurs. Ces derniers une fois démasqués, les malheurs du monde s’expliquent enfin : ils ont une cause.

Par Léonard Vincent


Une du Figaro daté du 31 octobre 2001.
Ben Laden a-t-il réellement reçu, cet été, la CIA à son chevet ? Les sources citées par Le Figaro et Radio France Internationale (RFI), selon lesquelles le fondateur d'Al-Qaïda aurait été opéré au mois de juillet à l'hôpital américain de Dubaï et qu'il y aurait rencontré un homme de la CIA, sont pour le moins fragiles. Retour sur le détail d'un "scoop" contesté.

La date du séjour, d'abord. Citant "un partenaire professionnel de la direction administrative de l'hôpital", Alexandra Richard du Figaro affirme que ben Laden a séjourné à Dubaï du 4 au 14 juillet. Pour confirmer cette première information, la journaliste, interrogée par le média québécois Canoë, invoque le fait que les "services secrets occidentaux" reconnaissent "un trou dans son agenda". De son côté, Richard Labevière de RFI cite "des informations recueillies dans l'émirat, confirmées par des sources proches de services de renseignement européens", faisant sans doute allusion aux mêmes informations que sa consœur du Figaro. (...)

Lire la suite sur le site de LCI.


Source : LCI, 3 novembre 2001.

Par Marie-Sandrine Sgherri


Dieudonné ("Tout le monde en parle", France 2, 11 décembre 2004)
Le 11 décembre 2004, Dieudonné, invité par Thierry Ardisson, prend la défense de la chaîne de télé Al-Manar, chaîne qui, précise Ardisson, accuse les Israéliens d'avoir inoculé le sida en Afrique. A la question : qu'en penses-tu ?, Dieudonné répond : « Le sida est une invention pour anéantir le peuple noir d'Afrique. Ce serait pas mal de faire une étude sur les origines de cette maladie. Non, je ne le pense pas, mais je m'interroge. Il faudrait une commission d'enquête. »

Cette sortie délirante de l'« humoriste » passe pourtant inaperçue. (...)

Lire la suite sur le site du Point.
Mahathir Mohamad le 16 octobre 2003 au Xème sommet de l’Organisation de la Conférence Islamique
Le 16 octobre 2003, lors de son discours d’ouverture au dixième sommet de l’Organisation de la Conférence Islamique (OCI) à Putrajaya, Mahathir Mohamad, le premier ministre malaysien, a déclaré :

« Les Musulmans font l’objet d’une répression et d’une domination séculaires de la part des Européens et des juifs. (…) Faut-il nous résigner à ce que nos jeunes se fassent exploser, commettre des assassinats et provoquer par là le massacre des nôtres ? Il doit y avoir un autre moyen. Quelques millions de juifs ne sauraient triompher d’un milliard trois cents millions de musulmans. (…) Les Européens ont tué six millions sur douze millions de juifs. Mais aujourd’hui les juifs gouvernent le monde par procuration. Ils obtiennent des autres peuples que ceux-ci se battent et meurent pour eux. (…) Leur puissance et leur apparent succès les rendent maintenant arrogants. Or, l’arrogance, tout comme la colère, amène à faire des erreurs ; on s’abstient de réfléchir. Les juifs commencent déjà à commettre des erreurs. Et ils en commettront davantage ».

Après le tollé déclenché par ses propos, Mahathir persiste et signe dans le Bangkok Post du 21 octobre 2003 :

« Eh bien, que le monde ait réagi ainsi démontre qu’ils [les juifs] contrôlent le monde. (…) Israël est un petit pays. Il n’y a pas beaucoup de juifs dans le monde. Mais ils sont arrogants au point de défier le monde entier. Ils continuent même si les Nations unies leur disent non. Pourquoi ? Parce qu’ils sont très soutenus ». Et parce qu’ils tiennent « de nombreux médias qui présentent les choses de manière complètement unilatérale et influencent beaucoup de gens. On ne voit que leur version ».

Mahathir Mohamad n’en était pas à son premier coup : la même année, il a fait distribuer des centaines d'exemplaires du livre d'Henry Ford, Le Juif international - un classique de la littérature antisémite -, aux délégués présents à la convention annuelle de son parti. Comme chef du gouvernement malaisien, Mahathir Mohamad a également fait interdire le film de Steven Spielberg, La Liste de Schindler, dans son pays, au motif que le film témoignait trop de sympathie envers les Juifs. Par ailleurs, dans un livre publié en 1970 (The Malay Dilemma), Mahathir Mohamad écrivait que « l’avarice des Juifs et leur génie en matière financière leur avait acquis le contrôle financier de l’Europe » et que les Juifs « n’ont pas simplement un nez crochu mais qu’ils comprennent instinctivement l’argent »...

En réponse aux protestations d’Israël, demandant à la communauté internationale de condamner « les propos de propagande antisémite » de Mahathir Mohamad, le ministre malaisien des Affaires étrangères, Syed Hamid Albar, a assuré que tout cela relevait d’un « malentendu » demandant « d’oublier l’antisémitisme », et précisant : « ceci est la réalité, les Juifs sont très puissants ».

Quelques jours plus tard, le quotidien israélien Maariv incriminait le président français Jacques Chirac, qui aurait empêché que la condamnation des propos antisémites du premier ministre malaisien figure dans les conclusions du sommet de l'Union européenne du 17 octobre 2003.

Jacques Chirac a transmis, lundi 20 octobre 2003, une lettre au Premier ministre malaisien, dans laquelle il condamnait les propos tenus par ce dernier.

Par Nicolas Bourcier et Georges Marion (à Berlin)


La CIA et le 11 septembre, d’Andreas von Bülow
19 % de la population croit que les attentats ont été organisés par le gouvernement américain.

Depuis plusieurs semaines, une fièvre conspiratrice s'est emparée de l'Allemagne : les livres consacrés aux théories du complot, à propos des « secrets du 11 septembre 2001 », n'en finissent pas de figurer en tête des ventes dans les librairies d'outre-Rhin. En bonne place sur les étals depuis sa sortie, au mois d'août, l'ouvrage de l'ancien ministre social-démocrate du gouvernement de Helmut Schmidt, Andreas von Bülow, La CIA et le 11 septembre, se classe quatrième sur la liste des meilleures ventes établie par l’hebdomadaire Der Spiegel. Dans son essai, M. von Bülow soupçonne les services secrets américains et israéliens (Mossad) d’être impliqués dans les attaques terroristes du 11 septembre 2001 contre New York et Washington.

Par Ebru Bulut (La Vie des Idées, n° 4, juillet/août 2005)


Metal Firtina
Le début de l’année 2005 a été marqué en Turquie par un phénomène éditorial tant inédit qu’alarmant. Tempête de Métal, un roman de science-fiction apocalyptique sur fond de théorie du complot, a battu tous les records de vente. Signe du malaise d’un pays qui vit son intégrité politique autant que son intégration internationale comme profondément menacées.

Lire la suite sur le site de la Vie des idées.

Extrait de L’Arche, n° 566, juin 2005.


''Les Protocoles des Sages de Sion'' (édition égyptienne de 1972)
Un nouveau manuel scolaire est entré en circulation dans les écoles de l’Autorité palestinienne. Il a été publié en 2004 sous l’égide du ministère palestinien de l’éducation, et a pour titre Histoire du monde moderne et contemporain. Il s’adresse à des jeunes gens qui sont dans leur dixième année d’études, et qui sont donc âgés d’environ seize ans.

En page 63 de ce manuel on trouve un paragraphe relatif au premier Congrès sioniste, qui s’est tenu en 1897 dans la ville de Bâle. Après avoir résumé les principales décisions prises lors de ce congrès, l’auteur ajoute : « Il y a un ensemble de résolutions secrètes adoptées par le Congrès. Elles sont connues sous le nom de Protocoles des Sages de Sion, et leur objectif est la domination du monde. Elles ont été rendues publiques par Sergueï Nilus et traduites en arabe par Muhammad Khalifa Al-Tunsi. »

Ainsi, un manuel scolaire palestinien reprend à son compte les Protocoles des Sages de Sion, cet épouvantable faux fabriqué en 1900 sur commande de la police tsariste (1) afin de servir d’argument à une campagne antijuive - et qui, après avoir été le livre de chevet de Hitler et le fer de lance de la propagande nazie, est devenu le bréviaire des antisémites du monde entier. Qui plus est, le manuel scolaire explicite, à l’intention du jeune lecteur palestinien, l’accusation monstrueuse portée par les auteurs du faux : « leur objectif est la domination du monde ». Enfin, et c’est peut-être le plus grave, le lien établi entre les Protocoles et le premier Congrès sioniste, qui est un thème récurrent de la propagande arabe (2), a pour effet d’enraciner dans les jeunes esprits la composante « antisioniste » de la haine antisémite, à moins que ce ne soit l’inverse.

On observe par ailleurs qu’il s’agit là d’un manuel publié en 2004, donc bien après les déclarations des responsables palestiniens - et de leurs amis français - selon lesquelles la composante antijuive des livres scolaires palestiniens (3) était l’héritage d’un lointain passé auquel on aurait mis bon ordre. Il s’avère que les éducateurs palestiniens, qui après l’autonomisation du système scolaire palestinien en 1994 y avaient conservé des textes manifestement antisémites, n’ont pas exercé un « droit d’inventaire » dont leurs amis étrangers les avaient rapidement dispensés (4).

La seule consolation, dans l’affaire, est que ce manuel a été publié du vivant de Yasser Arafat. Il faut espérer que le nouveau régime palestinien, qui s’est engagé à mettre un terme à l’incitation anti-israélienne et anti-juive, interviendra également dans ce domaine.

Notes :
(1) Sur l’invention des Protocoles, leur contenu et leurs usages ultérieurs, voir Pierre-André Taguieff, Les Protocoles des Sages de Sion, 2004, Berg International / Fayard. Voir également notre dossier « L’antisionisme et le mythe du complot juif », L’Arche, n°551-552, janvier-février 2004.
(2) L’affirmation selon laquelle les Protocoles ont leur origine dans le premier Congrès sioniste figure déjà dans la préface à la traduction arabe des Protocoles publiée en 1951 par Muhammad Khalifa Al-Tunsi.
(3) Voir notre dossier « Les enfants palestiniens à l’école de la haine », L’Arche, n°515, janvier 2001, et le livre de Yohanan Manor, Les manuels scolaires palestiniens. Une génération sacrifiée, 2003, Berg International.
(4) NDLR : Pour des exemples d’allégations selon lesquelles il n’y aurait pas de contenus antisémites dans les manuels scolaires de l’Autorité palestinienne, voir l’article publié en avril 2001 par Le Monde diplomatique (« Les manuels palestiniens sont-ils antisémites ? ») et le livre de Pascal Boniface, Est-il permis de critiquer Israël ?

By Michael Shermer


Noted French left-wing activist Thierry Meyssan's 9/11 conspiracy book, L'Effroyable Imposture, became a best-seller in 2002. But I never imagined such an "appalling deception" would ever find a voice in America. At a recent public lecture I was buttonholed by a Michael Moore�wannabe filmmaker who breathlessly explained that 9/11 was orchestrated by Bush, Cheney, Rumsfeld and the Central Intelligence Agency as part of their plan for global domination and a New World Order. That goal was to be financed by G.O.D. (Gold, Oil, Drugs) and launched by a Pearl Harbor like attack on the World Trade Center and the Pentagon, thereby providing the justification for war. The evidence was there in the details, he explained, handing me a faux dollar bill (with "9-11" replacing the "1," a picture of Bush supplanting that of Washington) chockablock with Web sites.

In fact, if you type "World Trade Center" and "conspiracy" into Google, you'll get more than 250,000 hits. From these sites, you will discover that some people think the Pentagon was hit by a missile; that U.S. Air Force jets were ordered to "stand down" and not intercept Flights 11 and 175, the ones that struck the twin towers; that the towers themselves were razed by demolition explosives timed to go off soon after the impact of the planes; that a mysterious white jet shot down Flight 93 over Pennsylvania; and that New York Jews were ordered to stay home that day (Zionists and other pro-Israeli factions, of course, were involved). Books also abound, including Inside Job, by Jim Marrs; The New Pearl Harbor, by David Ray Griffin; and 9/11: The Great Illusion, by George Humphrey. The single best debunking of this conspiratorial codswallop is in the March issue of Popular Mechanics, which provides an exhaustive point-by-point analysis of the most prevalent claims.

The mistaken belief that a handful of unexplained anomalies can undermine a well-established theory lies at the heart of all conspiratorial thinking (as well as creationism, Holocaust denial and the various crank theories of physics). All the "evidence" for a 9/11 conspiracy falls under the rubric of this fallacy. Such notions are easily refuted by noting that scientific theories are not built on single facts alone but on a convergence of evidence assembled from multiple lines of inquiry.

Par Tristan Mendès-France et Michaël Prazan (juin 1997)


Radio Courtoisie, une édition radiophonique de l'Action Française ?
Actuellement dans le collimateur du C.S.A., Radio Courtoisie, antichambre des idées de l'extrême droite, gagne en notoriété et s'offre le projet d'une diffusion nationale.

Radio Courtoisie, une radio encore essentiellement parisienne, fêtera son 10ème anniversaire le 7 novembre prochain. Créée par Jean Ferré, ancien chroniqueur au Figaro Magazine, la radio a pour vocation - et c'est écrit dans l'acte statutaire de l'association - le rassemblement de toutes les familles de droite. Alternant musique classique et longues émissions de débats (souvent 3 heures), la radio se présente comme un France Culture d'opinion. C'est vrai dans les grandes lignes. Quand on s'intéresse aux détails, par contre, les choses sont plus compliquées. Commençons par nous intéresser aux principaux animateurs de la radio (et laissons de côté les émissions consacrées à l'artisanat ou à la langue française). Jean Ferré, le président de la radio anime une émission de débats le lundi en soirée. Antidémocrate, monarchiste, franquiste, ancien de la coloniale, Jean Ferré, symbole de la radio et du petit côté "Résistance" à la "pensée unique" qu'elle se donne, annonce d'entrée la couleur. Serge de Beketch, anar de droite, très proche du Front National en compagnie duquel il fit un bout de chemin comme chargé de communication auprès du maire FN de Toulon, est un pilier de Radio Courtoisie, et son "Libre-Journal" du mercredi soir est souvent consacré à une éminence du parti de Le Pen (quand lui-même n'est pas invité). Claude Giraud, la femme du groupe, anime elle aussi des "libres-journaux" sur Courtoisie. Catholique proche de Christine Boutin avec laquelle elle partage la lutte contre l'IVG, elle dirige également la rédaction de Monde et Vie, bimensuel catholique et national, proche des intégristes du regretté Mgr Lefebvre. Ces trois figures emblématiques révèlent en fait les principales tendances où "familles" qui constituent le cœur idéologique de la radio.

« Rassembler les droites » ne signifie ni ne sous-entend ressouder les groupes parlementaires que sont l'UDF et le RPR, cela veut dire créer une synergie entre les tendances minoritaires les plus à droites de la culture française. Tendances qui sont : la tradition monarchiste héritière de la contre-révolution, les nationalismes pétainiste ou doriotiste, le catholicisme le plus dirigiste, celui-là même qui manipule les commandos anti-IVG, et se déclare lutter contre toute forme de pornographie. Cette communion des droites avec laquelle jongle depuis des années le Front National sans trop savoir comment s'y prendre, Radio Courtoisie est parvenue à la faire. Son inspiration ? La même qui anime Maurras quand il crée l'Action Française à la fin du siècle dernier : mobiliser les élites. Le parallèle entre le projet de Maurras et celui de Radio Courtoisie est loin d'être absurde. Non seulement, comme héritier de Barrès, Maurras veut rassembler certaines forces antagonistes qui partagent néanmoins une même idée de la nation, mais il veut pour cela mobiliser académiciens, historiens, journalistes, publicistes, afin de créer un pôle dominant capable de mettre en branle la République et cela par le moyen... d'une revue. Avec Radio Courtoisie, seul le média a changé. Le reste a été conservé à l'identique. Ajoutons que, pour Jean Ferré et ses acolytes, Maurras demeure la principale référence idéologique.

Radio Courtoisie, véritable super club de réflexion qui associe volontiers les auditeurs à sa dialectique, reçoit ainsi sur ces ondes les personnalités les plus éminentes des droites réactionnaires. S'y expriment volontiers des lettrés comme Jean Tullard (académicien) ou Jean Dutour (académicien), des historiens renommés (François-Georges Dreyfus, Pierre Chaunu), des journalistes tels que Jean-Claude Valla (Minute) ou Jean Montaldo (écrivain-journaliste). Des politiques soutiennent également la radio (environ une trentaine de député) ou y sont régulièrement invités, au nombre desquels on peut citer : Alain Griotteray (UDF), Christine Boutin (UDF-FD), Bruno Gollnisch (FN), Bernard Antony (FN) ou Jean-Marie Le Pen en personne.

Dernière particularité, et non la moindre que partagent Radio Courtoisie avec l'idéologie maurrassienne : l'antisémitisme. La haine du Juif et l'idée du complot cimentent aujourd'hui comme hier les éléments composites de l'extrême droite, car comme le disait Maurras : « Tout paraît impossible ou affreusement difficile sans cette providence de l'antisémitisme. Par elle, tout s'arrange, s'aplanit et se simplifie. Si l'on n’était antisémite par volonté patriotique, on le deviendrait par simple sentiment de l'opportunité ». Pour ceux qui en douteraient, citons quelques dérapages notoires entendus sur les ondes. Jean Ferré pense, par exemple, qu'en ce qui concerne internet, le négationnisme est une "opinion" qui doit exister au nom de la liberté d'expression. Serge de Beketch, entre deux calembours à connotations antisémites, relativise fréquemment l'ampleur du génocide juif. Il a dit récemment « qu'en France, en 1943, on ne traitait pas les juifs comme on traite aujourd'hui les gens du Front National. Evidemment, on les arrêtait, on les déportait... En Allemagne, il y a eu des choses, mais en France, je n'ai pas souvenir qu'il y ait eu de pogromes comme on en fait actuellement aux gens du FN ». Le 20 mars dernier, Pierre de Villemarest, co-animateur du "Libre Journal" de Claude Giraud, dont les opinions antisémites ou négationnistes sont assez bien connues des fidèles, s'est laissé aller (comme c'était arrivé en 1992) à prononcer une phrase qui niait l'existence des chambres à gaz. L'horreur de l'extermination se résume à « deux ou trois essais » de Zyklon B. Cette phrase malencontreuse (effacée des rediffusions...) a enfin éveillée l'attention du CSA (Voir Libération du 6 avril). En 1992, Pierre de Villemarest remettait déjà en cause le nombre des juifs victimes du génocide, et la même année, Jacques Toubon, à l'époque ministre de la culture, écrivait : « Radio Courtoisie doit demeurer lieu de non conformisme, de pensée vigoureuse, et d'expression nationale et ainsi rencontrer un public (...) avide de justice (...), à l'écoute de la sincérité ». L'actuel Garde des sceaux peut-il encore souscrire à cela ?


Source : L’Arche, n° 474, juin 1997.

L'Arche, n°565, mai 2005.


Le 28 mars 2005, le comédien Dieudonné est en direct au micro de Beur FM. Il est là pour faire la promotion de son dernier spectacle. Mais l’essentiel de l’émission - aussi bien dans la partie où il est interviewé par le journaliste de Beur FM que dans la partie où il répond aux questions des auditeurs - a pour thème l’obsession de Dieudonné : le complot sioniste.

Quand on dit « sioniste », tout le monde se comprend à mi-mot. Le « complot », explique Dieudonné, ne vise pas seulement les Noirs, les Musulmans et les Arabes. Il vise l’ensemble des non-Juifs. D’où la nécessité, selon lui, de la « lutte contre le racisme anti-goy ».

Dieudonné s’étend longuement sur les persécutions dont il affirme être l’objet. Son seul crime, dit-il, est « d’aborder le sujet du sionisme, qui est un sujet tabou ». Et il dénonce « cet impérialisme nauséabond, ce sentiment de supériorité qui écrase une partie du monde et qui commence à être extrêmement pesant ».

Pour donner un aperçu du climat régnant à l’antenne, une brève citation suffira. Un jeune enfant prénommé Ismaël est au téléphone. Récitant manifestement sa leçon, il déclare : « Moi, je suis un goy et fier de l’être ». Dieudonné lui répond, au milieu des rires attendris : « Moi aussi ».

On trouvera ci-dessous de larges extraits des déclarations de Dieudonné au micro de Beur FM. Étant donné que certains de ces propos sont particulièrement graves, nous avons ajouté des notes auxquelles le lecteur est invité à se reporter.

Par Gérard Dupuy


Pour n'importe quel fait qui vienne à se produire, on peut être assuré qu'il se trouvera au moins un hurluberlu pour en donner une interprétation pathologiquement absurde.

Il existe une sorte de proportion entre le fait réel et sa traduction fantasmatique : plus celui-ci est important, et plus la théorie échafaudée prendra de distance avec le plus simple bon sens. Parmi ces cervelles fumeuses, il existe une catégorie bien établie, celle des conspiracy buffs (fanas de la complotite), en anglais dans le texte, car les Etats-Unis sont leur terre d'élection. Les élucubrations de Meyssan en sont le dernier exemple, en v.f. Celui-ci usurpe le nom de Voltaire pour faire oeuvre de basse crédulité et son «réseau» est plutôt une monade. Ce ne serait là que détails pittoresques, s'il n'y avait des dizaines de milliers de personnes pour se précipiter sur son livre. Cela traduit pour le moins une immense frustration de l'opinion face à une information soupçonnée a priori de fausseté. Plutôt avaler des bobards grossiers que risquer d'être dupe du mensonge officiel ! Sous couvert d'esprit critique, se découvre une réserve inquiétante d'irrationalisme.
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