Youssef Hindi (capture d’écran YouTube).

Youssef Hindi (1985 -) est un essayiste et un conférencier évoluant dans la mouvance antisémite. Auteur d’ouvrages de facture conspirationniste, il se présente comme historien et « chercheur indépendant ».

Depuis son premier livre Occident et Islam (2015 ; préfacé par Jean-Michel Vernochet), par lequel il s’est fait connaître, Youssef Hindi continue à développer la même thèse, qui prétend expliquer la marche du monde par l’analyse du « messianisme juif » à travers les siècles. Le « Choc des Civilisations », prophétisé par l’historien Samuel Huntington dans les années 1990, serait en fait selon lui « une stratégie messianique élaborée au Moyen-Âge, dans le cadre du projet de rétablissement du Royaume d’Israël ; projet qui donnera naissance au sionisme politique sous une forme athéiste à la fin du XIXe siècle. » Toute l’histoire aurait donc consisté à pousser chrétiens et musulmans à l’affrontement, « jusqu’à ce que ces deux civilisations se détruisent mutuellement dans une guerre eschatologique au profit d’un tiers », à savoir le projet de « Grand Israël ». Pour Hindi, la volonté des Juifs « messianistes », « cabalistes » ou « sionistes » de retourner en terre d’Israël est le moteur caché qu’on retrouve derrière la plupart des grandes tendances historiques.

Il estime ainsi par exemple que les Juifs « messianistes » ont infiltré l’aristocratie européenne pour détruire les grands empires de l’intérieur, tout comme « la destruction de l’intérieur du christianisme et de l’islam ont été opérées par ces mêmes forces ». Appliquant à tous les grands événements de l’histoire une causalité de type diabolique, Youssef Hindi attribue notamment à ces Juifs « messianistes » la paternité de la franc-maçonnerie, du socialisme ou du réformisme islamique (à l’origine du salafisme), mais également d’événements historiques aussi divers que la Révolution française, le génocide arménien, la Révolution russe de 1917 (qu’il qualifie de « Révolution messianiste judéo-bolchévique »), la fin de l’Empire ottoman ou plus récemment l’arrivée de vagues de réfugiés en Europe (dont il croit savoir « qu’ils ont une aide de la CIA et des financements de George Soros »). Il estime aussi que « les Sionistes » sont derrière la guerre en Irak de 2003 ou les tensions entre chiites et sunnites qui déchirent le Moyen-Orient, « pour faire éclater les États qui entourent Israël » et faciliter « un projet israélien de redécoupage du monde musulman. »

Plaquant toujours le même schéma sur sa lecture des événements mondiaux, il sort en novembre 2021, dans le contexte de la pandémie de Covid-19, un nouvel ouvrage intitulé Covidisme et messianisme, dont le sous-titre est « Tyrannie sanitaire, crise religieuse et sacrifice ». Interviewé à ce sujet par le site complotiste Le Média en 4-4-2 un mois après la sortie de son livre, Hindi affirme notamment que nous serions « face au plus grand sacrifice de l’histoire de l’humanité (…) un sacrifice déguisé en vaccination », dénonçant la crise du Covid comme une « guerre menée contre les peuples » par « une certaine élite », pour laquelle « les pandémies, les guerres et les révolutions sont perçues (…) comme des occasions d’opérer un saut qualitatif vers le gouvernement mondial. »

Youssef Hindi se revendique également « géopolitologue » et collabore avec l’Académie de géopolitique de Paris, obscur institut privé à ambition universitaire, installé à Saint-Denis et qui regroupe nombre d’intervenants liés à la complosphère. Hindi adopte une vision du monde et des relations internationales basée sur la théorie du complot et reprenant notamment l’héritage anglophobe et anti-américain d’une partie de l’extrême-droite française. Il estime par exemple que la construction européenne relève d’un plan américain de la CIA pour « paralyser politiquement, géopolitiquement et économiquement » l’Europe et que « le chemin suivi à l’heure actuelle devrait aboutir en toute logique à abolir l’État en tant que tel, cela dans la perspective d’un transfert final du pouvoir vers le Politburo de Bruxelles. »

Concernant le terrorisme islamiste, Youssef Hindi n’emploie jamais les mots d’« islamisme » ou de « djihadisme », préférant parler de « terrorisme wahhabite », qu’il décrit comme des « pseudo-musulmans […] sous pilotage américain », renvoyant cette idéologie politico-religieuse originaire de la péninsule arabique à une alliance avec l’Occident. Au lendemain des attentats du 13 novembre 2015 à Paris, il croit déceler un plan américain pour soumettre une France trop rebelle, tout en estimant que « le soutien de la France aux groupes terroristes est flagrant » et que « l’attentat en France est à remettre dans une perspective de plus longue durée, celle des attentats frappant l’Europe et l’Occident dans sa généralité, afin de provoquer, d’attiser les flammes d’un choc des civilisations ». Partisan de la thèse d’une implication des Israéliens dans les attentats du 11 septembre 2001, il affirme dans une interview de 2016 qu’«on sait depuis longtemps que la CIA et le Mossad travaillent conjointement dans la création des groupes terroristes ».

Dans un tweet du 22 octobre 2019, il définit le débat démocratique en France en ces termes : « un juif de droite qui débat avec un juif de gauche au nom des musulmans et des chrétiens sur une chaîne de télévision présidée par des juifs. »

Bien que se revendiquant musulman pratiquant, Youssef Hindi est proche de l’organisation catholique intégriste Civitas, dont il rejoint la direction en tant que « conseiller géopolitique et stratégique », à la demande de son président Alain Escada, quand celle-ci devient parti politique en 2016. Selon ses dires, il aurait pour mission d’élaborer « une stratégie qui contrera, ou essaiera de contrer, si nous en avons les forces et les moyens, la grande stratégie de domination judéo-protestante anglo-américaine ».

Plusieurs de ses livres ont été publiés par la maison d’éditions Sigest, notamment Occident et Islam, dont le titre du deuxième tome, Les mythes fondateurs du choc des civilisations (paru en 2016), est une allusion transparente à l’ouvrage négationniste pour lequel Roger Gaurady a été condamné. Dirigées par Jean Varoujan Sirapian, les éditions Sigest publient les ouvrages de différents auteurs complotistes comme Valérie Bugault, Jean-Michel Vernochet ou Israël Shamir, développant principalement des visions complotistes de la géopolitique mondiale.

Nombre de sites conspirationnistes relaient les analyses de Youssef Hindi, parmi lesquels Algérie patriotique, le Cercle des Volontaires, Arrêt sur info ou Culture populaire. Ayant animé plusieurs conférences aux côtés d’Alain Soral, Hindi est étroitement lié à Égalité & Réconciliation, qui relaie fréquemment ses écrits et vend ses ouvrages, dont plusieurs ont d’ailleurs été publiés par Kontre Kulture, la maison d’édition de l’association soralienne. En mars 2018, il fait même partie des témoins de la défense choisis par Alain Soral lors de son procès pour provocation à la haine raciale. C’est également ERFM qui relaie « Chroniques de la paix universelle », l’émission géopolitique qu’il anime depuis octobre 2017 en duo avec Gearóid Ó Colmáin, « journaliste indépendant » qui s’était notamment distingué par son analyse complotiste des attentats du 13 novembre 2015 au micro de la chaîne Russia Today. À partir de juillet 2021, toujours sur ERFM, il propose une nouvelle émission intitulée « La Marche du Monde ».

À l’occasion de divers événements ou conférences, Hindi s’affiche régulièrement aux côtés de personnalités de la complosphère et/ou d’extrême-droite avec lesquelles il collabore, parmi lesquelles Marion Sigaut, Valérie Bugault, Jean-Michel Vernochet ou Pierre Hillard, également des sympathisants de Civitas. En 2017, il est présent avec certains d’entre eux à la première « Fête du Pays réel », organisée par Civitas, aux côtés de Jean-Marie Le Pen, Damien Viguier, Laurent Glauzy ou encore Johan Livernette.

En 2019, Youssef Hindi affiche sa proximité avec le mouvement des Gilets jaunes, en particulier le groupe dit des Gilets jaunes constituants. Dans la foulée, fin 2019, Youssef Hindi s’associe au lancement de Strategika.fr, un blog complotiste présenté comme « un think tank » spécialisé en géopolitique, aux côtés de son fondateur Pierre-Antoine Plaquevent, avec qui il a coécrit un e-book intitulé La Géopolitique des religions (2020). À l’occasion de la pandémie de Covid-19, le blog se signale par ses positions covido-sceptiques alors que les deux auteurs multiplient les posts dénonçant une supposée « dictature sanitaire ».

En juin 2020, dans le contexte des polémiques autour des violences policières suite au meurtre de George Floyd, Youssef Hindi dénonce dans une note de son blog personnel l’existence de liens entre Assa Traoré et « les Rothschild », arrivant à la conclusion que « le comité Adama et sa pasionaria racialiste, Assa Traoré, sont l’énième produit du vieux mariage entre la banque juive et les réseaux d’extrême gauche ».

En janvier 2021, on retrouve Youssef Hindi parmi les signataires de la pétition « Liberté Pour Ryssen », décrite comme un « appel à tous les défenseurs de la liberté d’expression », qui regroupe de très nombreuses figures de l’extrême-droite et de la complosphère françaises.

 

IL A DIT :

« La déstabilisation de l’Europe qui est liée à la déstabilisation du monde musulman a été opérée, imaginée et construite par les mêmes forces et la déstabilisation, la destruction de l’intérieur du christianisme et de l’islam ont été opérées par ces mêmes forces donc […] il y a d’un côté le monde moderne, l’idéologie moderne qui a pris possession du monde occidental représenté par cette force judéo-protestante – le monde anglo-saxon et ses alliés wahhabites et israéliens – et de l’autre côté, il y a le monde de la tradition, ou plutôt des survivances des traditions. […] Les vagues migratoires ne sont que la conséquence de la destruction du monde musulman. […] C’est une conséquence d’une stratégie murement élaborée. […] On ne peut pas pointer du doigt les vagues migratoires sans  pointer du doigt au préalable la destruction de ces pays qui ont permis ces vagues migratoires ».

Source : « L’immigration, conséquence de la stratégie mondialiste », Égalité & Réconciliation, 18 octobre 2016.

 

(Dernière mise à jour le 04/01/2022)