Une citation attribuée à George Soros est apparue sur Twitter puis a été reprise sur un blog visité des dizaines de milliers de fois par mois. Le philanthrope américain n’a pourtant jamais prononcé cette phrase. Décryptage.

Le 23 avril 2018, un mème avec une citation censée émaner de George Soros fait son apparition sur Twitter. Il est diffusé par le compte anonyme @chryse2016 (763 abonnés à ce jour). Partagé une dizaine de fois, la citation est la suivante :

« Mon but est de faire venir un maximum de migrants, que les États croulent sous la charge financière des migrants. Que les États s’endettent et finissent par emprunter sur mes marchés ».

L’image contenant la citation sera relayée quelques jours plus tard par « le blog A Lupus », qui totalise plus de 100 000 visites par mois en moyenne. Peu fiable, ce site complotiste avait, entre autres, relayé une fausse information selon laquelle le numéro 2 de l’Etat islamique aurait appelé les musulmans d’Amérique à voter pour Hillary Clinton.

Le mème est réapparu mardi 30 juillet dernier, en réponse à un tweet de l’eurodéputée LR Nadine Morano accusant George Soros de se servir « de son fric pour déstabiliser notre civilisation ».

Vérification faite, il n’existe aucune trace attestant que le milliardaire américain a jamais prononcé ou écrit une telle phrase. Il semble que cette fausse citation trouve son origine dans une publication du site conspirationniste américain ZeroHedge, propagateur notoire de nouvelles fausses ou non vérifiées, datée du 7 septembre 2016. Un article y explique que le but de George Soros est de créer un chaos économique et social en Europe puis aux États-Unis afin de pouvoir profiter du marché financier, qui serait forcément en difficulté. Comme l’explique Bloomberg, cette thèse a été reprise par la suite par de nombreux sites américains d’extrême-droite.

L’origine d’une citation apocryphe

Un mois plus tard, le 8 octobre 2016, le site complotiste d’extrême-droite français Reinformation.tv réinterprétait à sa sauce un article de BreitBartNews, média américain pro-Trump, lequel reprenait une tribune de George Soros publié dans le quotidien allemand Die Welt.

Dans cette tribune, parue le 3 octobre 2016, Soros détaille les sept piliers sur lesquels doivent selon lui reposer une politique ambitieuse en matière d’accueil des migrants et des réfugiés en Europe. Il y plaide notamment pour que l’Union européenne (UE) maîtrise mieux ses frontières et qu’elle mette en place une procédure d’asile unique ainsi qu’une politique de co-développement plus généreuse avec l’Afrique. Il estime que, compte tenu du vieillissement démographique de l’Europe, les avantages de l’immigration dépassent les coûts que représentent l’intégration des migrants. Il mentionne également un chiffre, 30 milliards d’euros, correspondant à une estimation du montant annuel nécessaire pour qu’une politique migratoire devienne mutuellement profitable à l’échelle de l’UE.

Capture d’écran du site Reinformation.tv (8 octobre 2016).

Tandis que BreitBartNews critiquait cette tribune, Reinformation.tv, de son côté, choisissait d’en dénaturer le contenu, expliquant que « Soros conseille à l’Europe un emprunt de 30 milliards [d’euros] par an pour financer l’immigration de masse » : « Et puisqu’elle ne les a pas, poursuivait le site, le conseil du magnat idéologue est simple : “Faites un emprunt”, auprès de ses maîtres de la haute finance internationale ! ». L’article de Réinformation.tv sera, le lendemain, repris par le site d’Alain Soral, Égalité & Réconciliation. Or, à aucun moment Soros ne fait allusion dans le texte qu’il signe dans Die Welt à un quelconque emprunt de l’UE sur les marchés financiers. Et pour cause : en 2017, le PIB cumulé des 28 États membres de l’UE s’est élevé à 15 330 milliards d’euros. 30 milliards d’euros correspondent à 0,2% de cette somme.

 

Voir aussi :

Soros est-il un « conspirateur mondial sioniste bolchevik judéo-ploutocratique » ?

Non, le Général Gomart n’a jamais dit que « l’invasion de l’Europe par les migrants [était] programmée »

Christine Boutin et le complot de la « finance mondiale » pour imposer le mariage gay