L’actu de la semaine décryptée par Conspiracy Watch (semaine du 21/12/2020 au 27/12/2020).

QANON. C’est l’un des mystères de la politique américaine, sur lequel s’acharnent les meilleurs journalistes d’investigation du pays : qui a écrit, ces trois dernières années, les 5000 messages (ou « drops ») attribués à « Q Anonymous » ? La start-up suisse Orphanalytics, basée à Verbier, a percé une partie du mystère : ces « drops », qui ont déclenché un mouvement complotiste d’une ampleur inouïe et ont parfois été relayés par Donald Trump lui-même et pris très au sérieux par des candidats au Congrès se déclarant adeptes de QAnon, auraient été rédigés par deux auteurs distincts avant et après décembre 2017 (source : heidi.news, 15 décembre 2020).

ISLANDE. Toutes les idées, même abjectes, doivent-elles pouvoir s’exprimer librement ? La traduction d’un obscur pamphlet antisémite met l’Islande en émoi. Pour la première fois, ce pays réputé consensuel s’interroge sur la liberté d’expression, alors que, ces dernières années, des partis extrémistes et populistes sont apparus aux extrémités de l’échiquier politique. Publié en 1976 par l’antisémite américain Arthur Butz, l’ouvrage a pour sous-titre The Case Against the Presumed Extermination of European Jewry [« Pourquoi l’extermination présumée des Juifs européens n’a pas eu lieu »] (source : Courrier international, 20 décembre 2020).

HOLD-UP. Après le succès du documentaire Hold-up, qui a compté plusieurs millions de vues en quelques semaines, son réalisateur et son producteur continuent à occuper l’espace en ligne. L’équipe anime désormais une chaîne YouTube qui compte plus de 100 000 abonnés. Un « Hold-up 2 » est également annoncé… (source : Checknews (Libération), 21 décembre 2020).

ANTIVAXX. De nombreuses publications sur les réseaux sociaux affirment ou laissent entendre que le malaise d’une infirmière du CHI Memorial Hospital de Chattanooga (Tennessee), tout juste vaccinée contre la Covid-19, est directement lié à l’injection. En réalité, la jeune femme est particulièrement sujette aux malaises vagaux et cet incident ne permet pas de tirer de conclusion sur le vaccin, selon l’intéressée elle-même et un médecin (source : AFP, 21 décembre 2020). Dans un tweet posté le 20 décembre, le vidéaste conspirationniste Silvano Trotta a relayé l’infox (likée près de 2000 fois…) selon laquelle l’infirmière en question « serait morte » des suites de l’injection. Cette rumeur a été démentie par le personnel de l’hôpital qui a posté une photographie de l’intéressée en pleine forme, datée du 21 décembre 2020 (source : L’Instant critique, 21 décembre 2020).

Tweet de Silvano Trotta du 20/12/2020.

Qui sont les antivaccins ? Est-ce qu’ils appartiennent à une obédience politique ? Sont-ils puissants ? Notre collaborateur Tristan Mendès France, spécialiste du conspirationnisme, a répondu aux questions du Parisien et analysé la progression inquiétante de cette mouvance. Pour lui, « le coronavirus a été l’un des plus grands accélérateurs du complotisme » (source : Le Parisien, 22 décembre 2020).

CONSEILS ET TÉMOIGNAGES. Le complotisme fait assurément partie des phénomènes qui ont donné, en 2020, à la faveur de la pandémie de Covid-19, la mesure de leur toxicité pour la démocratie. Les adeptes des théories du complot se comptent aujourd’hui par millions, inspirant études et analyses à leur sujet. Parmi les efforts de synthèse publiés à l’approche des réunions familiales de cette fin d’année, on signalera le guide rédigé par les Décodeurs du Monde, « pour identifier les discours complotistes et ne pas tomber dans leurs pièges » (source : Le Monde, 22 décembre 2020). Les conseils dispensés par le média américain Public Broadcasting Service (PBS) à l’approche de Noël 2019 restent aussi d’actualité et sont à retrouver sur le site de Conspiracy Watch.

L’émission Les pieds sur terre (France culture) a diffusé un reportage sur les parents complotistes. Camille et Emma y témoignent des mécanismes qui les ont éloignés de leurs parents et de dialogues presque impossibles avec, au centre, le coronavirus…

C’est sur la même problématique que s’est penché Benoît Zagdoun pour France Info, interrogeant des personnes dont un parent, un(e) conjoint(e) ou un(e) ami(e) a basculé dans le complotisme dans le contexte pandémique. Des divergences d’opinion qui ont transformé leur relation, les amenant parfois à couper les ponts… (source : France Info, 24 décembre 2020).

AUSTRALIE. Facebook a fermé la page du cuisinier australien Pete Evans, en accusant cette célébrité locale d’utiliser le réseau social pour propager la désinformation sur le coronavirus. Ce n’est pas la première fois que le géant américain ferme ce type de compte. En revanche, la page de Pete Evans sur Instagram – une plateforme appartenant à Facebook – est toujours active et suivie par 278 000 personnes. Elle comporte notamment des messages encourageant les habitants de Sydney à s’opposer aux autorités sanitaires et à ne pas aller se faire tester (source : Le Figaro, 24 décembre 2020).

EMA KRUSI. La vidéaste suisse Ema Krusi s’est fait connaître par ses positions conspirationnistes sur l’épidémie de Covid-19. Sa chaîne YouTube compte aujourd’hui 108 000 abonnés. Interpellé par cette dernière sur Twitter, Rudy Reichstadt, directeur de Conspiracy Watch, lui a répondu sous la forme d’un thread, expliquant pourquoi le dialogue avec les complotistes est une impasse.

SECTES. Pascale Duval, porte-parole de l’Union nationale des associations de défense des familles et de l’individu victimes de sectes (Unadfi), observe une convergence inquiétante entre marché du bien-être, crise sanitaire, théories du complot et dérives sectaires. Elle explique au Monde les passerelles entre mouvements sectaires traditionnels et complotisme en ligne (source : Le Monde, 22 décembre 2020).

FLUIDE GLACIAL. Tandis que Conspiracy Watch s’emploie très sérieusement à alerter ses lecteurs sur la nocivité des théories du complot, voire à les étouffer dans l’œuf, Fluide Glacial consacre ces jours-ci un numéro entier à « l’opium des imbéciles ». Le magazine créé il y a 45 ans par Gotlib nous offre 100 pages de franche rigolade sur le sujet (source : Conspiracy Watch, 23 décembre 2020).

ECO. « La caractéristique principale des véritables complots est qu’ils sont immédiatement découverts, que ceux-ci réussissent, comme dans le cas de Jules César, ou qu’ils échouent comme pour le complot d’Orsini contre Napoléon III. » Ces mots d’Umberto Eco sont extraits de la Lectio Magistralis qu’il prononça à l’occasion de la remise de son doctorat honoris causa en Communication et culture des médias, le 10 juin 2015, à l’Université de Turin. En republiant ce texte intitulé « Conclusion sur le complot – De Popper à Dan Brown », Le Grand continent entend engager une réflexion de longue haleine sur un phénomène qui a pris des proportions inédites en 2020 (source : Le Grand continent, 24 décembre 2020).

MACRON. Dans un entretien fleuve accordé à L’Express, Emmanuel Macron a été invité à s’exprimer sur l’atmosphère de complotisme qui gagne une partie des Français sur fond de crise sanitaire. « Le problème clef pour moi, explique le président de la République, c’est l’écrasement des hiérarchies induit par la société du commentaire permanent : le sentiment que tout se vaut, que toutes les paroles sont égales, celle de quelqu’un qui n’est pas spécialiste mais a un avis sur le virus vaut la voix d’un scientifique. C’est ce poison qui nous menace. Nous l’avons vu dans le champ politique depuis des années – avec une grande intensité au moment de la crise des gilets jaunes où être élu, c’était finalement être frappé du sceau de l’illégitimité, ce qui est un renversement singulier. Ce phénomène gagne désormais le champ scientifique. […] cette société qui s’horizontalise, ce nivellement complet, crée une crise de l’autorité. Et quand cette crise d’autorité touche la science, au moment où l’on attend de cette dernière des vérités définitives auxquelles se raccrocher – même si elles sont provisoires, même si elles sont imparfaites –, les conséquences psychologiques et sociales sont terribles car on finit par ne plus croire en rien. Voici le cercle vicieux : un nivellement, qui crée du scepticisme, engendre de l’obscurantisme et qui, au contraire du doute cartésien fondement de la construction rationnelle et de la vérité, conduit au complotisme. Ce n’est plus « je doute donc je suis ». C’est « je doute donc je me raccroche à une narration collective qui, même si elle est fausse, infondée, a le mérite de sembler robuste » » (source : L’Express, 22 décembre 2020).

NASHVILLE. Selon les premiers éléments de l’enquête sur l’explosion qui a secoué Nashville le jour de Noël, l’auteur de l’attaque, Anthony Quinn Warner, aurait cherché à s’en prendre aux installations de la compagnie de services téléphoniques AT&T. L’une des pistes explorées par les enquêteurs et qui serait jugée crédible porte en effet sur la paranoïa de Warner concernant le développement de la 5G, une hypothèse que semble crédibiliser le maire de Nashville auprès de CBS (source : Le Parisien, 27 décembre 2020).

20 MINUTES. Le site de notation des médias NewsGuard, qui affirme garantir la fiabilité de plus de 6 000 sites d’actualité, a publié son top 10 des désinformateurs de l’année 2020 (avec la liste des sites qui ont publié le plus d’intox sur le coronavirus en France) ainsi que son top 10 des sites fiables avec le plus d’engagement en ligne. Actu.fr, 20Minutes.fr, FranceBleu.fr, RFI. fr, LePoint.fr, LaDepeche.fr, France24.com et FranceCulture.fr figurent parmi les sites d’info les plus fiables. A contrario, les « mésinformateurs » les plus influents s’appellent ReseauInternational.net, Yetiblog, LeLibrePenseur, L’Échelle de Jacob ou encore Moutons rebelles, un site « géré de manière anonyme qui relaie souvent de fausses informations, notamment des théories du complot sur la pandémie de COVID-19 ». « Les faits n’ont pas toujours gagné en 2020 », se désole l’entreprise constituée de journalistes professionnels (source : Yahoo actualités, 21 décembre 2020).

NEWSMAX. Média très proche de Donald Trump et de ses partisans, Newsmax a procédé à une mise au point autour des accusations de fraude électorale impliquant les entreprises Dominion et Smartmatic, expliquant qu’il n’existait aucune preuve de liens entre ces compagnies fournissant des machines et des logiciels électoraux, et les Clinton, Nancy Pelosi, Hugo Chavez, le Venezuela ou encore George Soros.