LE DESSIN DE LA SEMAINE. L'œil de Morgan Navarro pour Conspiracy Watch.
BOUTCHA. Les images du massacre de Boutcha (Ukraine) ont rapidement inspiré la thèse selon laquelle les exécutions de civils de cette ville auraient été un « montage », une opération sous « faux drapeau » (source : Tristan Mendès France/Twitter, 3 avril 2022 ; Rudy Reichstadt/Twitter, 3 avril 2022).
"Montage", "false flag"... : sur #Boutcha, le négationnisme n'aura pas mis longtemps avant de commencer à pointer le bout de son nez. pic.twitter.com/i1NuThf2AD
— Rudy Reichstadt (@RReichstadt) April 3, 2022
Des figures de la complosphère, comme Silvano Trotta, ont repris les éléments de langages du Kremlin, affirmant notamment que les cadavres n'étaient en fait que des acteurs (source : Raphaël Grably/Twitter, 4 avril 2022 ; Libération, 4 avril 2022). L'avocat Régis de Castelnau a fait de même, renvoyant au site SouthFront, suspecté d'être un faux nez des services de renseignements russes. Des internautes en France ont activement relayé la thèse de la mise en scène, notamment l'ancien sénateur, connu pour ses positions anti-vaccin Covid, Yves Pozzo di Borgo (source : Julien Pain (FranceInfo)/Twitter, 6 avril 2022).
Contrairement à ce qu'affirme cette propagande alignée sur celle du Kremlin, ce massacre de civils n'a pas eu lieu après le départ des soldats russes. Le New York Times a pu obtenir et analyser des images satellites qui montrent que les massacres ont bien eu lieu pendant l'occupation russe de la ville (source : New York Times, 4 avril 2022 ; AFP, 4 avril 2022). En outre, d'après le Spiegel, des soldats russes ont évoqué leurs exactions sur les civils de Boutcha dans des communications radios interceptées par le BND, les services secrets allemands (source : Conspiracy Watch/Twitter, 7 avril 2022).
À lire également, l'analyse des journalistes de TF1 qui pointent dans le massacre de Boutcha, « un cas d'école de la propagande russe et de la complosphère » (source : TF1, 4 avril 2022).
📺 Le massacre de civils à #Boutcha, cas d'école de la propagande russe et de la complosphère (extrait LCI du 04/04/2022) https://t.co/UNH4V7aAsQ ⤵️ pic.twitter.com/ZEhBaQwM8x
— Conspiracy Watch (@conspiration) April 7, 2022
À noter que l'ambassade de Chine en France a soutenu la thèse de la « mise en scène », en relayant la propagande de l'ambassade de Russie (source : Antoine Bondaz/Twitter, 7 avril 2022).
Selon l'ex-député ukrainien Ilya Kiva, poursuivi depuis début mars pour haute trahison, le massacre de Boutcha aurait été « préparé » par les services de sécurité ukrainiens (SBU) sous la direction des services secrets britanniques (MI6). Ce récit, repris notamment par le site complotiste Le Media en 4-4-2, ne repose à ce jour sur aucune preuve (source : Le Monde, 8 avril 2022).
Le premier ministre hongrois, Viktor Orban, vainqueur il y a quelques jours des élections législatives dans son pays, aurait de son côté déclaré que le massacre de Boutcha pourrait avoir été une mise en scène orchestrée par les Ukrainiens (source : eurointegration.com, 9 avril 2022). Dans son discours de victoire, il a fustigé ses adversaires, parmi lesquels « la gauche nationale, la gauche internationale, les bureaucrates de Bruxelles, toutes les organisations de l'empire Soros, les grands médias internationaux et enfin le président ukrainien ».
🗨 "Nous avons dû nous battre contre les plus grandes forces (...) même contre le président ukrainien"
Les mots de Viktor Orban après sa nouvelle victoire aux législatives en Hongrie pic.twitter.com/7GErWTO9wU
— BFMTV (@BFMTV) April 4, 2022
Dans sa chronique « Antidote » du 8 avril sur France Inter, Tristan Mendès France a évoqué la manière dont les comptes diplomatiques russes sur Twitter diffusent de multiples narratifs complotistes pour couvrir les crimes commis par le gouvernement russe. Le Kremlin peut, à cet égard, profiter d'un capital d'audience qu'il a réussi à fidéliser, avec des influenceurs en ligne qui relaient ces récits mensongers auprès de leurs communautés (source : France Inter, 8 avril 2022).
KRAMATORSK. Le 8 avril 2022, deux missiles ont frappé la gare de la ville ukrainienne de Kramatorsk où la population civile était rassemblée dans l'espoir de fuir la zone des combats. L'attaque a fait plus de cinquante morts, dont 5 enfants, et des centaines de blessés. La Russie a accusé très officiellement le « régime de Kiev » d'avoir bombardé sa propre population civile (source : Conspiracy Watch/Twitter, 8 avril 2022).











