L’actu de la semaine décryptée par Conspiracy Watch (semaine du 14/03/2022 au 20/03/2022). 

QANON. Eric Trump, le fils de l’ancien président des États-Unis, était l’invité d’une conférence organisée par QAnon. Au cours de celle-ci, il a dévoilé une peinture représentant son père accompagné de ses deux fils, marquée, dans la partie supérieure du tableau, d’un lettre « Q » (source : Jean-Éric Branaa/Twitter, 12 mars 2022).

COMPLOTISME RUSSE. La Russie mène en Ukraine une guerre contre l’information largement observée en Syrie depuis des années. Une stratégie qui, comme le montre Élie Guckert, met en scène les mêmes acteurs ayant déjà relayé les mêmes théories complotistes éculées pour masquer les crimes de Vladimir Poutine et de Bachar el-Assad (source : Conspiracy Watch, 14 mars 2022).

Vladimir Poutine a de son côté affirmé vouloir « purifier » la société russe. Dans une déclaration télévisée, le 16 mars, le président russe a utilisé des expressions ouvertement conspirationnistes, évoquant l’existence d’une « cinquième colonne », de « traîtres » se croyant appartenir à une « race supérieure » et dont se servirait « l’Occident » pour « détruire la Russie » (source : Loopsider/Twitter, 17 mars 2022 ; Le Monde, 17 mars 2022).

DÉSINFORMATION. Dans sa chronique « Antidote » du 18 mars sur France Inter, Tristan Mendès France s’est penché sur la récente bascule de la stratégie de communication de la propagande russe sur les plateformes sociales. Dans ce nouveau contexte, elle s’appuie sur la « globalisation du marché de la désinformation, induite par les réseaux sociaux » : celle-ci lui permet, explique notre collaborateur, de « pousser ses narratifs complotistes à l’international, en profitant de relais dans les pays occidentaux, notamment à travers les communautés complotistes, qui ont gagné en virulence durant le Covid » (source : France Inter, 18 mars 2022).

ACTEURS DE CRISE. Après le bombardement de la maternité de Marioupol, l’ambassade de Russie en France a diffusé la thèse selon laquelle les femmes évacuées de la maternité, dont les images avaient circulé dans les médias, n’étaient en fait que des « actrices ». Une infox analysée par « Vrai ou Fake » (source : Julien Pain/Twitter, 15 mars 2022).

La même ambassade a envoyé aux parlementaires français un « dossier de presse » sur la « prétendue frappe aérienne de Marioupol » reprenant cette infox et soutenant la thèse de la dénazification. Christophe Castaner, président du groupe LREM à l’Assemblée nationale a répondu de manière circonstanciée, en dénonçant « un document mensonger, outrancier, de propagande » (source : Paul Larrouturou/Twitter, 15 mars 2022).

Des acteurs payés pour jouer des Ukrainiens victimes de bombardements russes, c’est aussi ce que dénoncent des publications partagées à des centaines de reprises sur les réseaux sociaux depuis quelques semaines. Dans une vidéo qui a largement circulé, on a ainsi pu voir un homme se faisant maquiller avec du faux sang. Ces images n’ont toutefois aucun lien avec la guerre en Ukraine en 2022 : elles ont été filmées en 2020 lors du tournage de la série télévisée « Contamin », a confirmé une productrice de cette dernière auprès de l’AFP (source : AFP, 11 mars 2022).

ARMES BIOLOGIQUES. Derrière l’agressivité des chars russes, la menace invisible de savants diaboliques américains ? C’est la rumeur qu’agite la Russie depuis le début de l’invasion en Ukraine : dans des laboratoires secrets répartis sur le territoire ukrainien, les États-Unis développeraient des armes biologiques, au mépris de leur interdiction en 1972. « Les accusations russes sont absurdes », s’agace le Pentagone, qui y voit une manière pour Moscou de « tenter de justifier ses propres atrocités en Ukraine » (source : Le Monde, 19 mars 2020).

RUSSIA TODAY. La chaîne d’État russe, récemment interdite sur le territoire européen, s’estimait diffamée par une série de tweets publiés en 2018 par le directeur de l’Institut pour la recherche stratégique de l’École militaire (Irsem). Jean-Baptiste Jeangène Vilmer l’accusait de « manipulation de l’information ». Trois ans et une invasion russe plus tard, le procès est devenu celui de la propagande en temps de guerre  où un Etat en attaque un autre dans une stratégie de guerre juridique (source : Marianne, 18 mars 2022).

C’est la première fois que RT France engage une procédure-bâillon contre un directeur du ministère des Armées pour des faits commis dans l’exercice de ses fonctions. Jeudi, la défense a essayé de montrer que RT France était bien l’agent du gouvernement russe que Jean-Baptiste Jeangène Vilmer lui reprochait d’être.

À noter que les journalistes de RT France qui, face à l’invasion de l’Ukraine, souhaiteraient quitter la chaîne d’État russe en faisant jouer la clause de conscience, se verront opposer un refus de la directrice Xenia Fedorova (source : La Lettre A, 16 mars 2022).

PRO-RUSSES. Depuis que les médias du Kremlin ont été suspendus de diffusion par l’Union européenne dans le cadre des sanctions contre la Russie, l’argumentaire prorusse se fait plus rare dans les médias traditionnels français. Sauf dans certains supports ou émissions très à droite. C’est le cas chez André Bercoff sur Sud Radio, où une foule de personnalités se presse pour relativiser la responsabilité de Vladimir Poutine tout en rejetant la faute sur l’OTAN ou les États-Unis. Un ancien de Sud Radio, Éric Morillot, a pour sa part reçu l’activiste antisémite et panafricaniste Kemi Seba sur sa chaîne YouTube, où ce dernier a expliqué que le président de l’Ukraine « Zelensky est objectivement au mieux une marionnette, au pire un outil consentant de l’élite néolibérale […], un agent d’influence de l’impérialisme occidental dans cette région » (source : Le Monde, 16 mars 2022).

« DÉNAZIFICATION ». Reprenant le narratif du Kremlin, des internautes assurent que l’Ukraine est acquise à l’idéologie nazie ; ils se fondent sur le fait que le pays a voté contre une résolution russe à l’ONU visant à « condamner la glorification du nazisme ». Cette interprétation est pourtant trompeuse : les États-Unis ont eux aussi rejeté un texte jugé « réducteur » au sujet duquel les Européens se sont abstenus. Plus généralement, l’emprise de l’extrême droite en Ukraine est à relativiser : si des mouvements ultra-nationalistes sont actifs dans le pays, notamment dans l’armée, ils restent « minoritaires » et marginalisés au niveau politique (source : AFP, 17 mars 2022).

THIERRY MEYSSAN. Thierry Meyssan, figure de proue de la complosphère française, qui fut longtemps au service de Bachar el-Assad, s’est réjoui de l’offensive russe et de la « dénazification » de l’Ukraine. Des propos qui n’ont pas surpris Rudy Reichstadt qui a consacré sa dernière chronique parue dans Franc-Tireur à celui « qui s’est mis successivement au service du Hezbollah, de la « mollarchie » iranienne, du régime de Bachar el-Assad […] ou encore de celui du colonel Kadhafi » (source : Franc-Tireur, 16 mars 2022).

11-SEPTEMBRE. Des sites conspirationnistes ont annoncé que Poutine s’apprêtait à fournir la preuve que les attentats du 11 septembre 2001 seraient une supercherie. Une infox issue d’un média anglophone, relayée en France par Wikistrike mais également par « Le Courrier des stratèges », un blog animé par Éric Verhaeghe, un ancien haut fonctionnaire français évoluant dans la complosphère d’extrême droite (source : Mr Palourde/Twitter, 13 mars 2022).

AFFAIRE MERAH. Il y a dix ans, en mars 2022, l’islamiste Mohamed Merah assassinait sept personnes, dont trois enfants, au cours de trois attaques à Toulouse et Montauban. Zones d’ombre, déclarations contradictoires, surenchère médiatique, récupération politique, résonances avec le conflit israélo-palestinien, ratés des services de police, rôle trouble des services de renseignement : l’affaire réunissait alors tous les ingrédients dont se nourrissent les théories conspirationnistes, avait alors analysé Soren Seelow dans Le Monde.

« ÉLECTIONS TRUQUÉES ». Des complotistes d’extrême droite, parmi lesquels un proche de l’avocat covido-complotiste Fabrice Di Vizio, attisent sur les réseaux sociaux l’idée fausse que Dominion, la société spécialisée dans le matériel de vote électronique et accusée par des militants QAnon d’avoir truqué l’élection présidentielle américaine de 2020, serait en passe de faire la même chose dans l’Hexagone. « Hasard du calendrier : ce jeudi la presse britannique révélait que le fameux rapport que brandissait le camp Trump et censé prouver une soi-disant fraude massive au scrutin, accusant notamment Dominion, avait été rédigé… par une assistante du principal conseiller du président sortant » (source : Libération, 18 mars 2022).

JEAN LASSALLE. Dans cette élection présidentielle, Jean Lassalle, à qui nous avions consacré un long portrait l’année dernière, a l’étiquette du sympathique candidat et n’a eu aucune peine à récolter ses 500 parrainages. Mais derrière son image de « trublion de l’Assemblée nationale », le député s’est illustré ces dernières années par des déclarations aux tendances conspirationnistes (source : France Inter, 17 mars 2022). Mardi, sur Sud Radio, il a déclaré que c’était « Rothschild » qui avait décidé de l’élection d’Emmanuel Macron en 2017.

CONGRÈS. Terre plate, extra-terrestres, urinothérapie, Qanon, épuration post-covid, peloton d’exécution… L’Institut hospitalo-universitaire Méditerranée infection de Marseille va « abriter un congrès » les 30 et 31 mars prochains, où toutes les hypothèses de recherche seront les bienvenues. « Par souci de liberté d’expression, sans le censurer ni le cautionner », a justifié dans un tweet Didier Raoult, directeur de l’IHU, établissement financé par des fonds publics. Un événement organisé par Réinfo Liberté, un pseudopode de l’association Réinfo Covid, avec plusieurs personnalités controversées parmi les participants : Robert Malone, Peter McCullough, Jean-Michel Claverie, Laurent Toubiana ou encore Laurent Mucchielli. Le colloque sera ouvert par le Pr Didier Raoult (source : La Provence, 18 mars 2022 ; Le Figaro, 19 mars 2022).

HAYSSAM HOBALLAH. Le youtubeur Hayssam Hoballah, qui se présente comme « coach spirituel », pourrait passer pour un doux dingue qui prétend soigner par l’alimentation crue, les massages et le tango argentin. Mais c’est surtout un complotiste qui croit que les « mondialistes » auraient créé le Covid ou que des enfants sont enlevés par les puissants pour être sacrifiés et qui justifie l’attaque de l’Ukraine par la Russie (source : Libération, 15 mars 2022).

FABRICE DI VIZIO. L’avocat Fabrice Di Vizio, figure conspirationniste et icône des mouvances covido-sceptiques et antivax, a cofondé en janvier 2022 la chaîne YouTube « En Dieu seul » avec le pasteur Daniel Vindigni. Sans surprise, le complotisme y est à l’honneur (source : Action antifouchiste/Twitter, 17 mars 2022). À noter que l’avocat a récemment été reçu par « Paris Centre Chrétien », une église évangéliste qui a changé de nom pour faire oublier ses nombreux signalements auprès de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) (source : Action antifouchiste/Twitter, 16 mars 2022).

WILLEM ENGEL. Le leader du mouvement covido-complotiste et antivax néerlandais « Viruswaarheid » (« la vérité sur le virus »), Willem Engel, a été arrêté le 16 mars à Rotterdam. Le ministère public avait ouvert une enquête en janvier, à la suite d’une déclaration collective. D’après celle-ci, Engel se serait rendu coupable de diffusion de désinformation médicale, d’escroquerie, de propos à visée terroriste et de menaces. Plus de 22 000 personnes se sont associées à cette déclaration (source : Nos (Pays-Bas), 16 mars 2022).

EPOCH TIMES. Un pourvoyeur viral de désinformation trumpienne et de conspirations anti-scientifiques se tourne vers l’Europe. Il a déjà gagné du terrain en Allemagne et envisage maintenant une expansion au Royaume-Uni.  Fondé aux États-Unis il y a plus de deux décennies par des adeptes du mouvement Falun Gong, le site Epoch Times, source essentielle pour les mouvements covido-sceptiques, aspire désormais à s’adresser à un public mondial (source : Coda Story, 10 mars 2022).

LECTURE. Le dernier numéro de la revue Sciences Humaines, intitulé « Une grande vague de complotisme ? » vient de paraître (source : Sciences Humaines, avril 2022).