L’actu de la semaine décryptée par Conspiracy Watch (semaine du 21/02/2022 au 27/02/2022). 

VLADIMIR POUTINE. « Une autre dimension », « délire paranoïaque », « réalité parallèle », « absurdités historiques »… les réactions critiques de spécialistes du monde russe n’ont pas manqué à la suite de l’allocution prononcée le 21 février 2022 par le président de la Fédération de Russie, portant sur la reconnaissance des autoproclamées « républiques populaires » de Donetsk et de Lougansk (source : Conspiracy Watch/Twitter, 21 février 2022).

UKRAINE.  L’agression de l’Ukraine par la Russie le 24 février a rapidement donné naissance à des théories du complot, provenant pour la plupart de groupuscules ou d’individus déjà connus pour avoir eu une imagination débordante lors de la crise sanitaire liée à la Covid-19. Tour d’horizon des théories apparues sur le Net (source : Fact & Furious, 25 février 2022).

À en croire la complosphère française, la Russie, qui a pourtant déclenché l’invasion de l’Ukraine, serait du bon côté de l’Histoire. Pire, la « peur » du Covid s’essoufflant, les dirigeants occidentaux se serviraient de cette actualité pour continuer à asservir leur population. Des discours diffusés à des centaines de milliers voire des millions d’internautes français (source : Libération, 25 février 2022).

Des figures de proue de la complosphère française se sont ainsi empressées de partager leur lecture complotiste des événements sur les réseaux sociaux comme Richard Boutry ou Silvano Trotta.

Le journaliste du Monde William Audureau a repéré des messages du même acabit, provenant cette fois d’anonymes sur des groupes de discussions Telegram de la mouvance complotiste.

Parmi les théories les plus farfelues en circulation, celle d’un Vladimir Poutine héroïque pourfendeur de « l’État profond » qui aurait lancé ses troupes à la conquête de l’Ukraine pour détruire un réseau de « biolabs américains ».

RÉVOLUTION DE MAÏDAN. Dans sa chronique « Antidote » du 25 février sur France Inter, Tristan Mendès France est revenu sur la « Révolution de Maïdan » de 2014 en Ukraine, qui avait entraîné la fuite du président pro-russe Viktor Ianoukovytch. La lecture complotiste de cet événement, selon laquelle cette « révolution de couleur » ne serait rien d’autre qu’un « complot de l’étranger », contribue encore aujourd’hui à la justification rhétorique de l’intervention russe en Ukraine (source : France Inter, 25 février 2022).

« INÉVITABLE ». Selon le média conspirationniste Le Grand Soir, la guerre en Ukraine aurait pu être évitée si l’administration américaine avait reconnu « les préoccupations légitimes de la Russie ». Une thèse émanant du Kremlin, reprise par l’extrême droite et que l’on retrouve développée dans Jacobin, magazine de la gauche radicale américaine (source : Rudy Reichstadt/Twitter, 24 février 2022).

OTAN. Les menaces russes sur la sécurité et le devenir de l’Ukraine ont à nouveau mis la question de l’OTAN sur le devant de la scène. Les dirigeants de la Russie traitent cette alliance à la manière d’une entité démoniaque animée de néfastes intentions à l’encontre de la Russie. Le géopolitiste Jean-Sylvestre Mongrenier revient sur la légende moscovite de la « trahison », selon laquelle l’« expansion de l’OTAN », depuis la fin de la guerre froide, aurait été opérée en dépit des promesses faites par les dirigeants américains à l’époque. Selon lui, « la thèse d’une OTAN se précipitant dès la fin de la guerre froide pour s’étendre à l’Europe centrale et orientale ne correspond pas aux faits historiques » (source : Desk Russie, 25 février 2022).

RT FRANCE. Frédéric Taddeï a annoncé qu’il cessait d’animer son émission « Interdit d’interdire » sur la chaîne gouvernementale russe RT France, sur fond de conflit en Ukraine et « par loyauté envers la France » (source : Europe 1, 23 février 2022). Le journaliste avait rejoint ce média gouvernemental à l’été 2018, justifiant son choix en ces termes : « Dans un paysage télévisuel sinistré […] c’est la seule chaîne de télévision qui m’ait donné carte blanche pour faire ce que je faisais dans « Ce soir ou jamais » » (source : Conspiracy Watch, 16 juillet 2018).

STYLOMÉTRIE. Deux nouvelles études en stylométrie semblent confirmer la théorie selon laquelle les deux individus derrière « Q » (de QAnon) seraient Paul Furber et Ron Watkins, comme cela avait été suggéré par le documentaire Q: Into the Storm (2021). Furber, un maniaque des conspirations, aurait créé Q en 2017 et Watkins aurait volé le compte peu après la migration vers la plateforme 8chan, qu’il contrôlait. Le changement de style de Q refléterait cette évolution (source : New York Times, 19 février 2022).

QANON. La congressiste américaine Marjorie Taylor Greene, qui avait justifié son soutien à Donald Trump en y voyant « une occasion unique de sortir cette cabale mondiale de pédophiles adorateurs de Satan » (sic), est intervenue vendredi 25 février lors de la 3ème America First Political Action Conference à Orlando, un événement annuel organisé par l’activiste suprémaciste blanc Nick Fuentes. Ce dernier a apporté lors du même événement son soutien à l’invasion de l’Ukraine par la Russie (sources : Corentin Sellin/Twitter, 26 février 2022 ; HuffPost, 25 février 2022).

HOLD OUT. Pierre Barnérias, le réalisateur des documentaires complotistes sur le coronavirus Hold Up et Hold On, continue d’exploiter le filon conspirationniste avec un nouveau documentaire, Hold Out, qui sera cette fois consacré à la théorie du complot des chemtrails. D’après cette théorie, apparue vers 1996, les traînées blanches créées dans le ciel par les avions seraient composées d’agents chimiques répandus par des agences gouvernementales sur les populations, à des fins secrètes (source : Debunker des Étoiles/Twitter, 20 février 2022).

ANNE FRANK. Au fur et à mesure que le Journal d’Anne Frank gagnait en notoriété, jusqu’à faire de cette jeune diariste l’une des figures les plus célèbres de la Shoah, le mystère entourant son dénonciateur n’a pas manqué d’intriguer le grand public. L’identité du délateur est devenue une véritable énigme historique, lourde de dérives. Pour Conspiracy Watch, Nicolas Bernard s’est intéressé à la dernière théorie en date, développée par la journaliste canadienne Rosemary Sullivan et résultant d’une enquête conduite par une équipe de chercheurs dirigés par un agent du FBI à la retraite (source : Conspiracy Watch, 21 février 2022).

SORTIR DU COMPLOTISME. Sarah Heylen, architecte d’intérieur, s’est laissée entraîner dans la propagande antivax et la pensée conspirationniste. Comment se retrouve-t-on happé par les théories du complot et comment en sortir ? « Les coronasceptiques disent beaucoup de choses qui semblent plausibles, explique-t-elle. Puis vous gobez le reste ». Témoignage d’une ancienne adepte des théories du complot (source : Le Vif, 20 février 2022).

Une lecture à compléter par les utiles éclairages apportés par Sebastian Dieguez, chercheur en neurosciences à l’Université de Fribourg, sur le complotisme dans un podcast proposé par la Radio Télévision suisse (RTS). Une plongée dans l’histoire, la psychologie et la sociologie (source : RTS, 19 février 2022).

DÉCONSPIRATEURS. Le politiste germano-américain Yascha Mounk, auteur de l’essai Le Peuple contre la démocratie (éd. de l’Observatoire, 2018) et de La Grande expérience (éd. de l’Observatoire, 2022), avait répondu en janvier dernier aux questions de Rudy Reichstadt, directeur de Conspiracy Watch. Cet entretien fait l’objet, en guise de hors-série, du rendez-vous hebdomadaire des « Déconspirateurs ». Au programme, le passage en revue de la question des faits alternatifs, du complotisme et notamment des théories de « grand remplacement » et d’ « État profond ». On y parle aussi d’« assimilation culturelle » et de « patriotisme inclusif »… (source : Conspiracy Watch/YouTube, 22 février 2022).

ASSELINEAU. Fin de parti(e) pour François Asselineau ? Le leader de l’UPR, très fragilisé par une fronde interne en 2020 et les accusations qui pèsent sur lui, pourrait ne pas obtenir les 500 parrainages lui permettant de briguer l’Elysée. Rudy Reichstadt propose un portrait exclusif de ce VRP du souverainisme (source : Franc-Tireur, 23 février 2022).

CINÉMA. François Desagnat signe une adaptation réussie de Zaï Zaï Zaï Zaï, la bande dessinée absurde de Fabcaro. Tout comme la BD, « le film livre une satire savoureuse de l’infobésité, de la vacuité des chaînes d’infos en continu, de leurs soi-disant experts qui brassent du vent, du buzz ou de la propension contemporaine aux théories du complot », analyse Alain Lorfèvre dans sa critique parue dans La Libre Belgique (source : La Libre, 23 février 2022).

CIVITAS. Mathieu Goyer était convié mercredi 23 février sur le plateau de l’émission de Cyril Hanouna « TPMP » après un rassemblement d’extrême droite contre le jeune homme qui s’était filmé dansant dans un édifice religieux. Si ce représentant parisien de Civitas se défend de tout antisémitisme, ses faits et gestes prouvent le contraire (source : Libération, 25 février 2022).

LE SEUIL. Sans mention de noms d’auteurs, les Éditions du Seuil ont fait paraître le 21 janvier 2022 un Manifeste conspirationniste. Un livre né de la rencontre entre Julien Coupat, l’homme de « l’affaire de Tarnac », et une grande maison d’édition, les éditions du Seuil et, aux avant-postes, son PDG Hugues Jallon. Une justification en règle du conspirationnisme et des rapprochements avec l’extrême droite analysée pour Conspiracy Watch par Philippe Corcuff (source : Conspiracy Watch, 26 février 2022).

DARK INFORMATION. Des mois durant, Antoine Bayet s’est attelé à enquêter et décortiquer le phénomène de la « Dark Information » qui circule en parallèle des médias traditionnels tout en parvenant de temps à autre à faire irruption dans ces mêmes médias pour brouiller davantage la perception de l’opinion publique. Journaliste et directeur éditorial de l’Institut national audiovisuel (INA), Bayet a rencontré et interrogé quelques faussaires de l’information pour en saisir les objectifs et les mécanismes à l’œuvre (source : Le Blog du communicant, 23 février 2022).

FACEBOOK. La Securities and Exchange Commission (SEC), gendarme de la Bourse américaine, a adressé deux nouvelles plaintes à Facebook avec l’aide de l’association Whistleblower Aid, qui représente la lanceuse d’alerte Frances Haugen. Elles accusent Facebook (désormais Meta) d’avoir menti à ses actionnaires au sujet des efforts menés pour lutter contre la désinformation sur le changement climatique et la Covid-19 : les promesses publiques et réitérées à l’occasion de plusieurs assemblées générales d’actionnaires de la plateforme ne sont pas tenues en pratique (source : Les Numériques, 21 février 2022).