Des gros titres aux petites infos passées inaperçues : ce qu’il fallait retenir de l’actualité des derniers jours en matière de conspirationnisme et de négationnisme (semaine du 13/04/2020 au 19/04/2020).

INCENDIE DE NOTRE-DAME DE PARIS. D’après un sondage Ifop pour la Fondation Jean-Jaurès et Conspiracy Watch, les jeunes, les personnes peu diplômées et les électeurs du Rassemblement national sont les plus enclins à croire à l’origine criminelle de l’incendie de Notre-Dame de Paris survenu le 15 avril 2019. Alors que l’enquête ouverte pour « dégradations involontaires » n’a toujours pas apporté le moindre élément d’explication, l’enquête révèle que plus de la moitié des sondés (54%) pense « qu’il s’agit probablement d’un accident, la piste criminelle ayant été écartée par l’enquête ». 29% estiment que « des zones d’ombre subsistent dans cette affaire et il n’est pas vraiment certain que cet incendie soit accidentel ». Une petite minorité (7%) croit qu’il s’agit « d’un incendie criminel à propos duquel le gouvernement cherche à dissimuler la vérité ». 10% enfin ne se prononcent pas (source : Conspiracy Watch, 14 avril 2020).

PRIX NOBEL. Le 14 avril 2020, une tribune parue dans les pages opinion du Washington Post a rapporté qu’en 2018, des diplomates américains avaient signalé, à deux reprises à la présidence, des problèmes de sécurité à l’Institut de virologie de Wuhan (Chine). L’hypothèse d’une fuite accidentelle du virus depuis un laboratoire chinois mérite encore, à ce stade d’être étayée. Elle n’a en tout cas rien à voir avec celle des complotistes qui expliquent depuis des semaines que le virus a été « fabriqué » en laboratoire. Cette dernière thèse a trouvé un allié de poids en la personne du professeur Luc Montagnier, célèbre biologiste virologue, qui a reçu le Prix Nobel de médecine en 2008 pour la découverte du VIH, virus responsable du SIDA.

Marginalisé depuis quelques années pour sa dérive complotiste, Montagnier a affirmé à plusieurs reprises que le Covid-19 était un virus manipulé en laboratoire. « Ce n’est pas naturel. C’est un travail de professionnels, de biologistes moléculaires », a-t-il notamment déclaré sur le plateau de CNews le 17 avril, évoquant aussi une « volonté d’étouffement » de la part des autorités. Alors que l’origine naturelle du virus ne fait pas débat dans la communauté scientifique, la thèse du Pr Montagnier a été relayée par plusieurs personnalités d’extrême droite mais également par le sociologue Edgar Morin (source : Conspiracy Watch, 19 avril 2020).

#PASLETEMPS ! Le coût de la prolifération des fake news n’est pas neutre : en captant notre attention, elles diminuent le temps que nous pourrions consacrer à nous informer correctement. Autrement dit, elles participent d’un mouvement général d’abaissement du niveau du débat public. Démultiplié des centaines de milliers de fois, le geste en apparence anodin consistant à partager des contenus de ce type contribue à saper la démocratie. A première vue inoffensifs, ces contenus portent en effet atteinte à l’un de nos droits les plus précieux : celui d’être informé scrupuleusement et loyalement. À lire, la tribune de Rudy Reichstadt appelant à un changement d’attitude face aux contenus douteux.

POPULISME SANITAIRE. Dans une tribune publiée le 25 mars 2020 dans Le Monde, le professeur Didier Raoult semble remettre en cause assez radicalement la science telle qu’elle se pratique depuis des décennies dans la recherche médicale. Il y dénonce « l’envahissement des méthodologistes » qui « amène à avoir des réflexions purement mathématiques ». Il vise en particulier les essais cliniques randomisés, démarche qui permet de prouver l’efficacité d’un médicament par rapport à un équivalent ou à un placebo avant d’envisager sa production à grande échelle et sa mise sur le marché. Le sociologue Olivier Galland parle, au sujet du « phénomène Raoult », d’un « populisme sanitaire », reposant sur trois ingrédients dont il ne faut pas être surpris qu’ils mettent en émoi la complosphère : « la trahison des élites (ici les élites médicales) au profit d’intérêts (ceux de l’industrie pharmaceutiques) contraires aux intérêts du peuple, la figure charismatique d’un leader qui se dresse contre l’oligarchie médicale, les attaques contre les fausses évidences de la science et de ses représentants » (source : Telos, 14 avril 2020).

État Islamique, le fait accompli, de Wassim Nasr (éd. Plon, 2016).

ÉTAT ISLAMIQUE. Comment l’État islamique se positionne-t-il face à la pandémie de coronavirus ? Spécialiste des mouvements djihadistes et journaliste à France 24, Wassim Nasr a accepté de répondre aux questions de notre rédaction. Selon lui, « être complotiste, c’est d’une certaine manière être fataliste. Or, les mouvements djihadistes sont, par essence, des mouvements révolutionnaires. […] Pour eux, il faut que les musulmans sortent des sentiers tracés par des gouvernements oppresseurs qui ont pris l’habitude d’expliquer leur impuissance par le complot » (source : Conspiracy Watch, 15 avril 2020).

IRAN. « À un moment où l’Iran devrait plutôt se concentrer sur le fait de sauver des vies, son ministère de la Santé parraine un concours de caricatures sur le thème du Covid-19 », a regretté Sharon S. Nazarian, vice-présidente en charge des Affaires internationales de l’Anti-Defamation League (ADL), importante organisation américaine de lutte contre l’antisémitisme. Certaines caricatures soumises étaient, sans surprise, explicitement antisémites, accusant notamment l’État d’Israël d’être derrière sa prétendue fabrication ainsi que sa propagation (source : i24 News, 17 avril 2020).

ANTI-CONFINEMENT. Depuis un mois, tous les samedis après-midi, des dizaines de manifestants conspirationnistes protestent devant la Volksbühne Berlin (un théâtre de la ville) contre les mesures de confinement. Ratissant aussi bien à l’extrême gauche qu’à l’extrême droite, les organisateurs se présentent comme un « Centre de communication pour la résistance démocratique ». Leur slogan : « Nous sommes l’opposition ». Une femme arbore un pull « Trump 2020 ». Une autre porte un gilet jaune et s’identifie comme une adepte de QAnon. Un autre participant est muni d’un panneau dénonçant le « terrorisme vaccinal »… (source : Der Tagesspiel, 18 avril 2020). Du New Hampshire à la Californie, en passant par le Texas ou l’Ohio, des manifestants souvent pro-Trump ont également réclamé, le samedi 18 avril, la fin du confinement face au coronavirus, encouragés par le président américain qui a estimé que certains gouverneurs étaient « allés trop loin » dans les restrictions. À Austin, capitale du Texas, où le gouverneur républicain Greg Abbott a annoncé la réouverture des parcs et de certaines activités lundi, environ 250 personnes ont répondu à l’appel à manifester du site InfoWars du complotiste d’extrême droite Alex Jones. Celui-ci a été acclamé dans son véhicule blindé par les manifestants (source : RTL, 19 avril 2020).