Observatoire du conspirationnisme et des théories du complot

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L'imaginaire du complot mondial, de Pierre-André Taguieff
Le style paranoïaque. Théories du complot et droite radicale en Amérique, de Richard Hofstadter
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Dossier – Grippe A(H1N1), le virus du soupçon
Qui sont vraiment les conspirationnistes ''anti-vaccination'' ?
Conspiracy Watch, 16 janvier 2010.

Un documentaire québecois sur les croisés de l'anti-vaccination
Conspiracy Watch, 29 novembre 2009.

Grippe A(H1N1) : quelques réponses aux rumeurs qui inondent la Toile
Conspiracy Watch (avec Olivier Chacornac), 26 novembre 2009.

Grippe: Internet receptacle de toutes les peurs
Par Olivier Tesquet, Slate.fr, 21 novembre 2009.

Grippe A : y a-t-il un vaccin contre le ''virus du soupçon'' ?
Conspiracy Watch, 14 novembre 2009.

La vérité sur le vaccin contre la grippe A
Par E. Saget, A. Benhaiem, J. Joly, V. Olivier, G. Charles, L'Express, n° 3045, 12-18 novembre 2009.

Comment la peur du vaccin anti-grippe A contamine la Toile
Par Coline Berard, L'Express.fr, 10 novembre 2009.

Grippe A(H1N1) : l'étrange alliance de l'extrême gauche et de l'extrême droite américaines
Par Christopher Beam (tr. : Jean-Clément Nau), Slate.fr, 16 octobre 2009.

Grippe A : le Monde diplomatique répond à la psychose complotiste
Conspiracy Watch, 21 septembre 2009.

Quatre folles rumeurs sur le vaccin contre la grippe A
Par Sarah Pinard, L'Express.fr, 18 septembre 2009.

H1N1-2009 : entre délire et ignorance
Par Yanick Villedieu, Radio-Canada, 16 septembre 2009.

Grippe A : le labo Baxter obligé de s'expliquer
Par Anna Alter, Marianne 2.fr, 11 septembre 2009.

Grippe A(H1N1) : entre information et désinformation
Par Olivier Chacornac, Des doutes à gogo (blog d'Agnès Lenoire), 6 septembre 2009.

Psychose de la grippe, miroir des sociétés
Par Denis Duclos, Le Monde diplomatique, septembre 2009.

Grippe A(H1N1) : Rue89 et Arrêt sur images enquêtent sur les rumeurs complotistes
Conspiracy Watch, 14 août 2009.

La grippe A suscite une pandémie de controverses
Par Marina Bellot, Eco89, 12 août 2009.

La journaliste hollandaise, la grippe A et le ''complot juif''
Conspiracy Watch, 12 août 2009.

A(H1N1) : des "antivaccination" crient au complot sur Internet
Par Lisa-Marie Gervais, Le Devoir, 6 août 2009.

La théorie du complot, plus rapide que la grippe porcine
Conspiracy Watch, 29 avril 2009.


(NB : pour faciliter la navigation dans le site, cette page a été antidatée)
Jeudi 17 Mars 2005



La Tentation de l’innocence, de Pascal Bruckner (éd. Grasset, 1995)
Extraits de La Tentation de l’innocence, Grasset, 1995, pp. 236-237 :

La thèse du complot a ceci de rassurant qu’elle explique tous les événements par l’action de forces souterraines. Mais cette désignation d’un Grand Fautif peut prendre deux directions : ou elle est une forme de renoncement (à quoi bon lutter puisqu’une intelligence supérieure ourdit contre nous de noirs desseins ?) ou elle désigne un bouc émissaire, un ennemi qu’il faut anéantir pour retrouver l’harmonie perdue (comme en Serbie ou en Algérie de nos jours). La pensée de la conspiration est irréfutable puisque les arguments qu’on lui oppose sont retournés en preuve de la toute-puissance des conspirateurs. (Eternel refrain du paranoïaque : est-ce ma faute si j’ai toujours raison ?) Elle évite à ceux qui s’en croient l’objet la douleur de la critique, de la remise en cause. Enfin elle leur offre une consolation suprême : se croire assez importants pour que des méchants, quelque part sur terre, essayent de les détruire. En définitive le pire des complots est l’indifférence : combien de nous survivraient à l’idée qu’ils ne suscitent chez les autres ni assez d’amour ni assez de haine pour justifier la moindre malveillance ?
Mercredi 16 Mars 2005



Le Juif imaginaire, d'Alain Finkielkraut
Extraits de Le Juif imaginaire, éditions du Seuil, coll. Fiction & Cie, 1980. Rééd. coll. Points/Essais, 1983, p. 185 :

Nulle théorie n’est plus voluptueuse que celle du complot. A peine l’adopte-t-on que tout obstacle s’évanouit, et que le principe de réalité, cet emmerdeur, rend son dernier soupir. Ce discours-là n’achoppe jamais : croire à une conspiration, c’est se mettre à l’abri du réel. « J’ai les apparences contre moi ? Je ne peux pas démontrer ce que j’avance ? Le contraire témoignerait d’une faiblesse paradoxale de la part de mon invincible ennemi. Qui trafique les signes, en effet ? Qui intoxique l’opinion ? Qui déforme les événements ? Qui ? sinon justement cette pieuvre insaisissable que je dénonce anxieusement et sans trêve. » Telle est la séduction du complot : retournant chaque contre-preuve en preuve supplémentaire, il dote ses fidèles d’un système parfait, adamantin, insubversible.

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Samedi 12 Mars 2005



Par Gérard Biard


L'Effroyable imposteur, de Fiammetta Venner, Grasset, 2004
Contrairement à ce qu'on pourrait penser, le Français le plus populaire dans les pays arabes, ce n'est pas Zidane, mais Thierry Meyssan. C'est ce qu'a découvert Fiammetta Venner en 2002, lors d'un séjour à Amman, en Jordanie. « Thierry Meyssan, c'est l'honneur de la France », lui a dit le libraire, la voyant feuilleter la traduction arabe de L'Effroyable imposture, trônant entre le Protocole des sages de Sion et une réédition de Mein Kampf... Rentrée à Paris, Fiammetta Venner décida de s'atteler au portrait de cette vedette de la presse engagée et alternative, et de retracer minutieusement son parcours, des années soixante-dix à nos jours. Parcours tortueux, à l'image d'un charlatan sinistre qui est parvenu, à force de manoeuvres, à être de tous les combats de gauche, avant de connaître enfin la gloire en s'attaquant à l'empire du mal américain et au complot sioniste. La première fois que Thierry Meyssan a eu sa photo à la « une » d'un journal, c'était en 1986, en couverture de l'hebdomadaire catholique La Vie. On le voyait place Saint-Pierre, à Rome, les bras levés, extatique, au milieu de ses compagnons du Renouveau charismatique venus célèbrer la Pentecôte au Vatican. La photo, prise dix ans plus tôt, n'était pourtant presque plus d'actualité.

La suite sur le site de ProChoix

Par Fiammetta Venner


Jacques Cheminade
Né en 1941 en Argentine, Jacques Cheminade, énarque, a longtemps été chargé des négociations d’adhésion et d’association à la communauté européenne auprès de la direction des relations extérieures du Ministère de l’économie et des finances. En 1981, changement de registre, il devient secrétaire général du Parti ouvrier et européen (POE) et préside l’Institut Schiller.

Le POE est remplacé par la Fédération de la Nouvelle Solidarité en 1995 (devenu aujourd'hui Solidarité & Progrès, un mouvement figurant page 21 du rapport 2005 de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires - NDLR). Tous deux sont les branches françaises du Labor Party de Lyndon LaRouche. En juin 1992, Cheminade est condamné à quinze mois d’emprisonnement avec sursis pour avoir profité de Mme Pazery, une femme âgée atteinte d’Alzheimer, qu’il a encouragé à faire don de 1 197 000 francs au POE, la Coalition anti-drogue et la Fondation pour l’énergie de Fusion. A son décès, ses enfants ont porté plainte. Sa condamnation a toutefois pu être réduite en appel.

En 1996, il est le seul candidat à la présidentielle à qui le Conseil constitutionnel refuse les comptes de campagne. Au moment où les huissiers ont voulu saisir, ils n’ont quasiment rien trouvé dans l’appartement de 60 m² du 20e arrondissement qu'il occupait.

Pourtant l’homme n’avait pas hésité à déclaré à un journaliste du Monde : « J’ai moi même mis une grande partie de ce que possédais au service de la cause à laquelle je crois ». Côté antisémitisme, l’homme n’hésite pas à utiliser l’expression de « cancer de la Banque Rothschild » pour dénoncer l’establishment financier. A propos des usagers de drogues, on peut l’entendre dire : « bien encadrés ces jeunes peuvent contribuer à toutes sortes de travaux utiles dans les banlieues ou les communautés ». Quant à ses amis, outre LaRouche, Cheminade aime beaucoup Laissez-les-vivre, la plus vieille association anti-avortement française. Il a même publié un article dans le journal de l’association.


Source : Fiammetta Venner, « Arcat-Sida, Cheminade et les islamistes : liaisons dangereuses », ProChoix, juin 2000.

Voir aussi :
* Gilbert Laval, « Pour qui roule Jacques Cheminade ? », Libération, 8 avril 1995.
* Jean-Marie Pottier, « Jacques Cheminade affirme avoir les 500 signatures », Slate.fr, 31 janvier 2012.
* Les maires abusés par Cheminade (sur le site de l'INA)
* Lyndon LaRouche ou la théorie du complot comme clé d'explication du monde
* Conspiracy Watch énerve les partisans de Lyndon LaRouche
* La propagande larouchiste investit un site eurosceptique
* Dieudonné, ses amis, son public, ses obsessions

[Dernière mise à jour : 31/01/2012]

Transcription intégrale de la cassette audio "La Palestine, histoire d'une injustice", par Hassan Iquioussen (éditions Tawhid, 2003).


Cassette audio de la conférence de Hassan Iquioussen
[Hassan Iquioussen parle manifestement devant un public composé majoritairement d’enfants. L’ensemble de la conférence est faite sur le ton d’un professeur qui veut faire s’imprégner des notions dans la tête des enfants. Le discours est entrecoupé de bénédictions en arabe à chaque nom de prophète qui ne sont pas reproduites ici. La transcription ci-dessous est précédée par un enregistrement audio de la conférence]

Extraits de Justin Vaïsse, « Les missionnaires bottés de la démocratie », Le Monde des livres, 9 septembre 2004.


L'Amérique messianique, d'Alain Frachon et Daniel Vernet (Seuil, 2004)
D'un côté, un mouvement intellectuel et politique américain aussi difficile à comprendre qu'à situer, si changeant et divers que sa substance même, son existence en tant que mouvement peut être mise en question : le néoconservatisme. De l'autre, un événement massif, violent, évident : la guerre d'Irak de 2003, que tous les néoconservateurs ont soutenue.

Avec une telle rencontre, le court-circuit des simplifications, des raccourcis et des théories du complot était inévitable. L'opinion s'est donc répandue selon laquelle un groupe mystérieux d'idéologues fanatiques avait pris en otage la politique étrangère d'un président faible pour attaquer l'Irak, afin de satisfaire son désir d'hégémonie ou de défendre les intérêts supposés d'Israël.

Avec L'Amérique messianique (Seuil, 240 p., 2004), Alain Frachon et Daniel Vernet (1) rendent un grand service à notre compréhension de l'Amérique et donc à celle du monde actuel, en dégonflant ces fantasmes et caricatures. Ils offrent à un lectorat large, dans un livre accessible et très vivant, une présentation exacte du néoconservatisme américain et de son rapport avec la guerre d'Irak.

(...)

Lire la suite de l’article sur le site de Justin Vaïsse.


Notes :
(1) Alain Frachon et Daniel Vernet sont journalistes au Monde.

Voir aussi :
* La croisade des néoconservateurs, par Justin Vaïsse
MEMRI - Middle East Media Research Institute
Plusieurs articles et reportages publiés récemment en Egypte prétendent que l'intervention américaine au Darfour n'est qu'un stratagème destiné à prendre le contrôle du pétrole soudanais et à venir en aide au Président Bush pour les élections à venir.

La suite sur le site de MEMRI

Guillaume Dasquié et Jean Guisnel, L'effroyable mensonge : thèse et foutaises sur les attentats du 11 septembre, La Découverte, 2002.


L'effroyable mensonge, de Guillaume Dasquié et Jean Guisnel
L’imposture démontée

Par Hervé Kempf

Deux journalistes renversent la thèse selon laquelle aucun avion ne se serait écrasé sur le Pentagone

Retraite en bon ordre : c’est le mouvement implicite de l’ouvrage de Thierry Meyssan, auteur de la thèse selon laquelle aucun avion ne s’est écrasé sur le Pentagone le 11 septembre 2001. Exprimée dans un livre fantaisiste qui connut un impressionnant succès public, L’Effroyable Imposture (éd. Carnot), la thèse s’élaborait sur la base de vraisemblances, en écartant les témoignages visuels de l’attentat. C’est leur rejet qu’ont pointé les contre-enquêtes du Monde, puis de Libération et Paris Match notamment, montrant que de solides témoignages attestent du choc de l’aéronef. Dans Le Pentagate, Thierry Meyssan s’y intéresse enfin, et tente d’imposer une version raffinée de sa thèse : ce serait un missile renforcé à l’uranium appauvri qui aurait atteint le Pentagone...

« Le problème, avec ce genre de lascar, écrivent Jean Guisnel et Guillaume Dasquié, c’est qu’ils ont généralement une capacité assez stupéfiante à vous assommer sous un déluge d’informations enchaînées et toutes plus fausses les unes que les autres, qu’il devient rapidement impossible de contrer, sauf à les prendre une à une et les décortiquer. » Il s’agit donc de trouver l’équilibre entre la discussion de la thèse, qu’il n’y a pas lieu de refuser a priori, et le refus de s’engluer dans la rhétorique inextinguible de la paranoïa conspirationniste. C’est en gros ce que réussissent à faire Guisnel et Dasquié, l’un journaliste au Point, l’autre à Intelligence OnLine, un journal spécialisé en géopolitique. Ils confortent deux points essentiels : la validité des témoignages visuels de l’attentat, et la possibilité technique de celui-ci. Les auteurs ont retrouvé et directement approché nombre de témoins, qui leur ont redit ce qu’ils avaient vu : l’arrivée de l’avion de ligne, sa chute sur le Pentagone. Dasquié et Guisnel précisent, en recourant à un spécialiste de l’accidentologie aéronautique, la façon dont le choc de l’avion a pu produire les destructions particulières du Pentagone.

La question échappe ici au sens commun, et relève de l’expertise. Mais, en l’absence des données précises détenues par les autorités judiciaires américaines, on ne peut que reconstituer un scénario physique d’accident. Il serait du plus haut intérêt que soient rendues publiques les données officielles ou l’analyse de cet accident, soit au terme de l’enquête judiciaire menée aux Etats-Unis, soit par une commission d’enquête du Congrès réclamée par plusieurs élus démocrates.

Les deux journalistes éclairent par ailleurs utilement les accointances et relations de Thierry Meyssan, observant « une proximité étonnante entre ses thèses et celles de conspirationnistes d’extrême droite », et montrant que sur bien des points il a copié ou « puisé son inspiration » dans ces réseaux conspirationnistes qui prolifèrent outre-Atlantique. Il reste à en comprendre le succès. « Ces théories diffusées sans raison ni contrôle ont d’autant plus de succès qu’elles se nourrissent des failles et faiblesses de la démocratie française, écrivent Guisnel et Dasquié : nombre d’observateurs l’ont remarqué à juste titre, la percée de Le Pen au premier tour des élections présidentielles du printemps 2002 s’explique largement par le mépris du peuple et l’opacité dont s’accommode trop volontiers une partie des élites quelle que soit leur couleur politique (et cela est encore plus vrai, bien sûr, aux Etats-Unis, devenus de ce fait le paradis des conspirationnistes). »

Source : Le Monde du 26 juillet 2002.


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Par Pierre-André Taguieff


Pierre-André Taguieff
« La guerre pour la bourgeoisie c’était déjà bien fumier, mais la guerre maintenant pour les Juifs ! (...) On s’est étripé toujours sous l’impulsion des Juifs depuis des siècles et des siècles ».
Louis-Ferdinand Céline, Bagatelles pour un massacre, Paris, Denoël, 1937, p. 86-87.


Depuis l’automne 2002, l’antiaméricanisme à la française [1] s’est de plus en plus clairement teinté de judéophobie, à travers une intensification du discours « antisioniste » convenu, certes, mais aussi par la diffusion croissante d’une représentation antijuive bien connue des historiens des années 1930, celle de la « guerre juive » [2].

On sait que l’un des premiers usages idéologico-politiques des Protocoles des Sages de Sion, entre 1918 et le début des années 1930, a été de justifier la désignation des Juifs comme responsables de la guerre de 14-18. Dans la seconde moitié des années 1930, le recours au mythe du complot juif mondial, véhiculé par les Protocoles, a permis de dénoncer l’éventuelle guerre des démocraties contre le régime nazi comme une « guerre juive ».

« Les bellicistes »
La récurrence de ce type d’accusation mérite d’être prise au sérieux et interrogée. De la « guerre juive » à « l’agression américano-sioniste » : persistance et métamorphose d’un stéréotype accusatoire, à travers lequel s’opèrent la criminalisation et la diabolisation des « Sages de Sion » sous les multiples noms dont on les affuble (le « lobby juif », le « lobby sioniste », « les sionistes et leurs alliés », le « lobby pro-israélien », le « sionisme mondial », le « pouvoir juif », etc.) [3].

Dans les deux cas, en 1936-1939 et en 2002-2003, l’opposition à la guerre contre une dictature reconnue comme telle prend la forme d’une puissante vague « pacifïste ». Si l’ennemi est « belliciste », et à ce titre monopolise le statut d’agresseur (réel ou potentiel), les anti-bellicistes se définissent eux-mêmes comme partisans de la paix.

Face au messianisme démocratique à l’américaine, les plus gauchistes d’entre les pacifistes américanophobes recourent volontiers aux arguments de base de la « rhétorique réactionnaire », telle que l’a magistralement analysée Albert Hirschman [4]. Toute tentative de modifier l’ordre international existant est récusée au nom de trois types d’arguments: le risque d’engendrer des effets contraires au but recherché (effet pervers) ; l’inutilité de l’action entreprise, supposée impuissante à modifier le statu quo (inanité) ; le risque de bouleverser une organisation fragile, représentant de précieux acquis (mise en péril). Si tout est inconditionnellement préférable à la guerre, alors la servitude est absolument légitimée. La prescription d’éviter la guerre à tout prix a conduit naguère nombre de bons esprits à célébrer les accords de Munich. Des socialistes pacifistes à l’extrême droite nationaliste.

Le maurrassien Pierre Gaxotte écrivait dans Je suis partout daté du 30 septembre 1938 : « Quant à nous, il n’y a plus, à nos yeux, que deux partis : ceux qui sont pour la France et ceux qui sont pour la guerre. » Quelques mois plus tard, Paul Ferdonnet, publiciste stipendié par l’Allemagne nazie, publiait La Guerre juive [5], qui commençait par ces propos dénués d’ambiguïté, datés de « Noël 1938 » : « (...) Ces parasites, ces étrangers, ces ennemis intérieurs, ces Maîtres tyranniques et ces spéculateurs impudents, qui ont misé, en septembre 1938, sur la guerre, sur leur guerre de vengeance et de profit, sur la guerre d’enfer de leur rêve messianique, ces bellicistes furieux, il faut avoir l’audace de se dresser sur leur passage pour les démasquer ; et, lorsqu’on les a enfin reconnus, il faut avoir le courage de les désigner par leurs noms : ce sont les Juifs. » [6]

« Sionisme mondial »
Considérons le discours « antiguerre » des premiers mois de 2003 à travers le matériel constitué par les appels aux manifestations, les tracts distribués, les banderoles et les pancartes brandies, les slogans proférés. Non seulement l’intervention militaire anglo-américaine contre le régime de terreur de Saddam Hussein a été assimilée aux réactions israéliennes contre les terroristes palestiniens, mais aussi et surtout les Israéliens, et plus largement les représentants du mythique « sionisme mondial », ont été accusés d’être à l’origine de la nouvelle « guerre d’Irak ».

Des listes de conseillers du président américain, « juifs », « sionistes » ou « proches du Likoud », ont circulé sur Internet, et la presse, même la plus « respectable », a relayé ces accusations ou ces soupçons, visant un Bush manipulé par « les Israéliens » ou des « conseillers juif ». A l’amalgame polémique « Bush = Sharon » (également et semblablement « assassins ») s’est ajoutée une vision conspirationniste, que traduisent diverses images schématisantes : du « complot américano-sioniste » (où les « sionistes » sont censés rester dans l’ombre, ou agir de façon occulte) à « Bush valet de Sharon ».

Les Juifs, une fois de plus, sont ainsi désignés comme les vrais responsables d’une guerre, et d’une guerre qui, dans le contexte géopolitique contemporain, affecte le système mondial des États. Une nouvelle guerre sinon mondiale, du moins mondialisée à bien des égards.

La croyance à l’action des démons, censée expliquer l’origine des malheurs des humains, donne son assise à la judéophobie « antisioniste » [7]. La fixation de la haine « antisioniste » sur un Sharon nazifié (et, entant que tel, devenu synecdoque de l’État « raciste » et « fasciste » d’Israël) permet de formuler un slogan de ce type : « Hitler en a oublié un : Sharon » [8], slogan justifiant le génocide nazi des Juifs qu’ont osé crier des milliers de manifestants lors d’une manifestation en faveur de la Palestine, à Amsterdam, en avril 2002. La dénonciation néo-gauchiste de la « Busherie » peut ainsi glisser vers les « antisionistes » de l’autre bord, les néo-fascistes de l’hebdomadaire Rivarol, jubilant de pouvoir enfin dénoncer, en phase avec une importante partie de « l’opinion mondiale », la « Busherie kasher ».

La suite sur le site Pratique de l’histoire et dévoiements négationnistes (PHDN)


Notes :
1. Voir l’indispensable ouvrage de Philippe Roger, L’Ennemi américain. Généalogie de l’antiaméricanisme français, Paris, Le Seuil, 2002.
2. Voir notamment Ralph Schor, L’Antisémitisme en France pendant les années trente. Prélude à Vichy, Bruxelles, Éditions Complexe, 1992 ; Richard Millman, La Question juive entre les deux guerres. Ligues de droite et antisémitisme en France, Paris, Armand Colin, 1992.
3. Le site de Radio Islam, fondé et animé par l’islamiste Ahmed Rami (qui diffuse les Protocoles des Sages de Sion et toutes les formes de littérature négationniste), fait circuler des listes de Juifs (parfois imaginaires) qui dirigeraient en secret la politique américaine. Dans l’administration Clinton, Rami avait repéré, en 1998, un nombre impressionnant de Juifs, de Madeleine Albright à Janet Yellen. Au début de 2002, Rami fait circuler une nouvelle liste, Jews in the Bush Administration, comprenant notamment Elliott Abrams, Josh Bolten, Ari Fleischer, Jay Lefkowitz, Richard Perle, Paul Wollowitz. Dans la littérature anti-américaine récente se sont multipliées les attaques contre l’administration Bush fondées sur ces listes de patronymes, censées prouver que le pouvoir politique, aux États-Unis, est « gouverné par les Juifs ». Variations sur le thème : « Le lobby sioniste dirige l’Amérique ». En France, l’un des principaux périodiques de la mouvance lepéniste, National Hebdo, a consacré une série d’articles à la dénonciation des inspirateurs ou des leaders juifs des faucons américains qui viseraient, à travers la « destruction de l’Irak », l’établissement du « Grand Israël ». Voir Michel Limier, « Paul Wolfowitz, pousse-au-crime de George W. Bush », National Hebdo,n° 968, 6-12 février 2003, p. 7 ; Id., « Les faucons de George W. Bush(2) », National Hebdo, n° 969, 13-19 février 2003, p. 7. « Michel Limier » est le pseudonyme d’un disciple d’Henry Coston, qui pourrait être Emmanuel Ratier, journaliste spécialisé dans la littérature de dénonciation conspirationniste. Voir E. Ratier, Mystères et secrets du B'nai'B'rith, Paris, Facta, 1993 ; Id., Les Guerriers d’Israël. Enquête sur les milices sionistes, Paris, Facta, 1995.
4. Voir Albert O. Hirschman, Deux siècles de rhétorique réactionnaire, tr. fr. Pierre Andler, Paris, Fayard, 1991.
5. Paris, Éditions Baudinière, 1939 [début]. Dans ce libelle besogneux, Ferdonnet cite notamment le premier des pamphlets antijuifs de Louis-Ferdinand Céline, Bagatelles pour un massacre (op. cit.) — mis en vente le 28 décembre 1937 —, dont le thème central est précisément la dénonciation du « bellicisme juif » et de la préparation d’une « guerre juive ».
6. Paul Ferdonnet, La Guerre juive, op. cit., avant-propos, p. 9-10.
7. Voir Léon Poliakov, « Causalité, démonologie et racisme. Retour à Lévy-Bruhl ? » [1980], in Pierre-André Taguieff (dir.), Les Protocoles des Sages de Sion, tome II : Études et documents, Paris, Berg International, 1992, p. 419-456.
8. Slogan cité par Eric Krebbers et Jan Tas, « Comment éviter quelques pièges antisémites », De Fabel van de illegaal, n° 52-53, été 2002 (traduit du hollandais par Yves Coleman).

Source : L'Arche, n° 543, mai 2003.

11-Septembre

Par Serge Halimi


Complotite
Cent quatre-vingts pages suffisent à boucler l’acte d’accusation. Et encore : nombre d’entre elles ne font que reproduire des discours de M. George W. Bush ou développer des sujets périphériques à la démonstration : suivisme des médias américains, rôle des religieux, assaut contre les libertés publiques.

La thèse de Thierry Meyssan, si simple et aveuglante qu’un petit livre suffirait à la démontrer ? « L’existence d’un complot au sein des forces armées pour perpétrer les attentats du 11 septembre. » Car, si la couverture du livre annonce qu’« aucun avion ne s’est écrasé sur le Pentagone », c’est bien la lecture de la totalité des attentats du 11 septembre qui est ici remise en cause. La coïncidence entre une explosion au Pentagone et la destruction du World Trade Center suggère en effet que, dans la mesure où les destructions du premier sont le produit d’un coup d’Etat occulté, les événements de New York doivent l’être aussi. Une note page 168 indique, à toutes fins utiles, qu’il est possible de remplacer en plein vol des avions de ligne remplis de passagers par des drones. Seraient-ce alors des drones qui auraient frappé les tours ?

La suite sur le site du Monde diplomatique

Documentaire d’Antoine Vitkine et Barbara Necek (France 2004, 45mn). Diffusé sur ARTE le 13 avril 2004.


11-Septembre

Oui, un avion s'est bel et bien écrasé sur le Pentagone, à Washington, le 11 septembre, après que deux autres eurent détruit les tours du World Trade Center à New York. Oui, le ministère américain de la défense a été attaqué par des terroristes qui avaient choisi de lancer contre lui un Boeing 757. Oui, cinquante-huit passagers et six membres d'équipage ont été tués pour avoir pris, ce jour-là, le vol 77 d'American Airlines en direction de Los Angeles.

On n'aurait pas besoin de rappeler ces quelques données, établies par les enquêtes les moins contestables, si une rumeur, propagée sur le Net par un petit groupe qui s'est donné le nom de Réseau Voltaire, ne soutenait la thèse contraire : pour lui, aucun avion n'a touché le Pentagone le 11 septembre et seule l'explosion d'une bombe déposée à l'intérieur du bâtiment a pu provoquer l'incendie meurtrier. On devine les implications de cette théorie, exposée depuis par Thierry Meyssan, seul animateur de l'autoproclamé « Réseau » Voltaire : si l'attaque est venue de l'intérieur, et non de l'extérieur, elle est le résultat d'un complot ourdi par les éléments les plus extrémistes de l'armée américaine, qui voulaient obtenir le feu vert du président pour se lancer à l'assaut de l'Afghanistan et bientôt de l'Irak. Selon la même logique, les attentats contre le World Trade Center auraient bénéficié de la complicité d'une partie de l'appareil d'Etat américain, et la piste Ben Laden ne serait qu'une fausse piste destinée à détourner les soupçons.

Cette thèse ne saurait être prise comme une hypothèse parmi d'autres : elle est tout simplement révisionniste, affirmant que l'histoire réelle que décrivent les médias et sur laquelle agissent les politiques n'est qu'un récit factice, totalement fabriqué et inventé. Comme le montre notre contre-enquête, c'est l'inverse qui est vrai : le Réseau Voltaire raconte, en l'espèce, n'importe quoi. Des témoins ont vu l'avion avant qu'il ne s'écrase sur le Pentagone, une photo a même montré un morceau de fuselage à une centaine de mètres de l'immeuble. Pour le reste, les experts expliquent que l'appareil s'est pulvérisé sous la violence du choc. La parole des experts n'est certes pas d'Evangile, et il est bon qu'elle soit contestée par les citoyens. Encore faut-il que cette contestation s'appuie sur des critères de rigueur où tous les faits sont pris en compte. Or la rumeur du 11 septembre laisse de côté tout ce qui ne va pas dans le sens que souhaitent ses propagateurs. Comme si la réalité n'était qu'affaire d'opinion et de jugement, comme si elle n'avait aucune consistance factuelle objective indépendamment des parti-pris subjectifs.

L'information est un travail, avec ses règles, ses apprentissages, ses vérifications. Grâce à la liberté qu'offre le Net, certains croient pouvoir s'en émanciper et propager le faux sans rencontrer les obstacles professionnels, déontologiques ou commerciaux qui sont ceux des autres médias. S'ils se font ainsi une notoriété, c'est hélas au détriment de la liberté, qu'ils discréditent, et de la démocratie, qu'ils rabaissent à un jeu d'ombres où le complot serait partout et la vérité nulle part. Pauvre Voltaire !


Source : Le Monde, édito du 21 mars 2002.

Le Canard Enchaîné, 3 avril 2002


Comment faire son beurre avec les rumeurs
Bon sang mais c'est bien sûr, il a raison, Thierry Meyssan, le gars qui affirme qu'aucun avion ne s'est écrasé sur le Pentagone ! Et Thierry Ardisson a raison de l'avoir laissé exposer sa thèse en long et en large, dans « Tout le monde en parle » du 16 mars (« Le Canard », 20/3), sans un bémol, sans esprit critique, sans question gênante, gobant tout tel un Jacques Pradel des familles (« Je suis troublé »). Service public avant tout !

Et les plus de 100 000 gogos qui, en une semaine, se sont précipités sur son bouquin, écrit en gros caractères, lu en une heure, plein d'annexes, de discours officiels de Bush, mal fichu, ont raison eux aussi.

Par Béatrice Vallaeys (Le Monde)


Pierre Lagrange : « La même rhétorique que le négationnisme »
Sociologue, Pierre Lagrange (1) étudie depuis longtemps les phénomènes récurrents déclenchés par ceux qu'il appelle « les adeptes du complot ». Il décrypte les raisons du succès remporté par les thèses de Thierry Meyssan.

Le livre de Thierry Meyssan remporte un succès inattendu. Pourquoi ?

Les événements du 11 septembre nous ont confrontés à une réalité tellement proche de la science-fiction que les interprétations paranoïaques, habituellement limitées à certains réseaux, ont pu se déployer au-delà. Elles ont dépassé le cadre d'Internet, qui n'était pas parvenu depuis le mois d'octobre à lancer le phénomène. Il manquait un livre qui, grâce à l'émission de Thierry Ardisson, a permis à ces thèses de décoller.

Par Eric Conan


Le « fabricant des Protocoles » Mathieu Golovinski, à Paris, en 1907
C’est la plus célèbre - et la plus tragique - des falsifications du XXe siècle, à la base du mythe antisémite du « complot juif mondial ». Le texte des Protocoles des Sages de Sion vient de livrer son dernier mystère : un historien russe, Mikhail Lépekhine, a établi l’identité de son auteur, grâce aux archives soviétiques. Elle permet de comprendre pourquoi il a fallu attendre si longtemps pour connaître cet épilogue : le faussaire, Mathieu Golovinski, qui a effectué sa besogne à Paris, au début du siècle, pour le représentant en France de la police politique du tsar, était devenu, après la révolution russe de 1917, un notable bolchevique... La découverte de ce sinistre pied de nez historique permet de combler les dernières lacunes dans l’histoire d’une imposture qui, après avoir fait beaucoup de ravages en Europe, connaît un destin encore florissant dans beaucoup de régions du monde.

Historien de la littérature russe, Mikhail Lépekhine est l’un des meilleurs connaisseurs des « publicistes » de la fin du XIXe siècle, ces personnages à la fois écrivains, journalistes et essayistes politiques qui interviennent sous forme de libelles, d’articles et de livres dans les convulsions de la vie publique russe de l’époque. Sa spécialité : les années charnières du règne d’Alexandre III (1881-1894) et du début du règne de Nicolas II (1894-1902), période agitée qui précède les turbulences révolutionnaires. Ancien conservateur des archives de l’Institut de littérature russe et chercheur en histoire des imprimés de la bibliothèque de l’Académie des sciences de Russie à Saint-Pétersbourg, Mikhail Lépekhine étudie la vie et l’œuvre de tous ces individus, y compris ceux de deuxième et troisième ordre, pour la plupart réunis dans le monumental Dictionnaire biographique russe en 33 volumes, dont il dirige l’édition. (...)

Lire la suite de l'article sur le site PHDN.


Source : L'Express, 16 novembre 1999.
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Dimanche 15 Février 2004



Par Fabrice Nicolino


Meyssan l’imposteur
La thèse au minimum farfelue de Thierry Meyssan sur les attentats du 11 septembre aux États-Unis n’est en rien crédible. Fabrice Nicolino, faisant écho à un débat au sein de notre rédaction à la suite du « Bloc-notes » de Bernard Langlois, dénonce ici une construction délirante et les trucages du président du Réseau Voltaire.

Faut-il lire l’insupportable montage de Thierry Meyssan ? Ceux qui le feront apprendront au moins une chose, c’est que tout, rigoureusement tout est devenu possible. Le livre du président du Réseau Voltaire (1) entend en effet démontrer qu’aucun avion ne s’est jamais abattu le 11 septembre 2001 sur le Pentagone, pour la bonne raison que tout repose sur un complot d’État. Son but ? Mais ouvrir en Afghanistan une voie royale au pétrole d’Asie centrale, voyons ! Cela serait seulement lamentable si une partie de la gauche et des écologistes ne cautionnait en réalité, et depuis des années, Thierry Meyssan et son très curieux cabinet d’enquêtes privées impudemment nommé Réseau Voltaire. Jean-Luc Bennahmias, responsable national des Verts, fait partie de son conseil d’administration, ainsi que Christian Terras, de Golias ; le président du Mrap Alain Callès et l’ancien député européen Vert Yves Frémion en sont vice-présidents ; Meyssan est quant à lui secrétaire national des Radicaux de gauche. À Politis même, deux articles récents attestent que Meyssan conserve écoute et considération. Bernard Langlois, dans son Bloc-notes du n° 693, sans adhérer à toute la thèse du complot, estime qu’une bonne part du propos de Meyssan « tient plutôt bien la route ». Christine Tréguier, dans sa chronique du n° 695, et bien qu’elle soit loin d’être claire, paraît bien prendre sa défense, au motif que son travail s’appuierait sur « tout, sauf des rumeurs ».

Disons-le sans précaution, tout cela est navrant. Car Meyssan, qui n’est pas même allé aux États-Unis - pour quoi faire, franchement -, et qui n’a strictement interrogé personne, s’est en fait livré à une construction délirante et néanmoins organisée. La méthode, qui est aussi celle des négationnistes, consiste à empiler certains faits réels sur d’autres controuvés, puis de passer le tout au hachoir de la surinterprétation. De la sorte, il est facile de montrer que Léon Trostki a été l’agent du Mikado et de la Gestapo depuis sa plus tendre enfance, ou que le Protocole des Sages de Sion - ce faux monstrueux - est l’impeccable preuve historique que les Juifs dirigent le monde en secret. D’autres ont déjà fait la démonstration précise des énormes trucages de Meyssan, qui écarte bien sûr tous les témoignages directs de l’impact de l’avion sur le Pentagone. On connaît le nom de chacun des passagers de cet avion qui ne s’est jamais écrasé ? Qu’importe ! Les services secrets sont très forts, savez-vous ? En fait, ce que révèle d’évidence ce livre, c’est que Meyssan est atteint d’un narcissisme surdimensionné. En effet, que nous dit-il au fond ? D’abord que l’appareil d’État américain est tout-puissant, omnipotent et diabolique, qu’il est capable de monter des opérations d’une complexité inouïe sous les yeux mêmes de l’opinion mondiale. Cela serait désespérant s’il n’y avait sur terre un clairvoyant, capable de voir au travers des ténèbres. Meyssan est un cas : le monde entier se laisse berner mais lui, en cliquant à quelques reprises sur internet - ce nouveau dieu des éternels gogos -, réussit à dévoiler l’impensable ! L’effroyable imposture de Meyssan, ajoutons-le, vient de beaucoup plus loin, et les Verts en particulier seraient bien inspirés d’y réfléchir. Il est de bon ton, chez quelques militants qu’on dira distraits, de vanter l’excellence du travail de « renseignement » fait par le Réseau Voltaire depuis quelques années. Souvent tourné vers l’extrême droite et divers intégrismes, il est constitué surtout de fiches qui ne sont pas sans ressembler aux si fameuses notes des Renseignements généraux. Or ces fiches mêlent d’une façon insupportable le vrai, l’établi, la rumeur et la calomnie. On ne prendra pour l’heure que deux exemples. Dans la très courte biographie consacrée à Hubert Védrine, ministre des Affaires étrangères, le Réseau Voltaire - en fait, comme on a tout lieu de le penser, Thierry Meyssan lui-même - ajoute à quelques banales notations deux « informations » très remarquables. La première vise son père Jean, présenté comme un cagoulard et un admirateur de Pétain. Pourquoi accorder une telle place à cela, sinon pour suggérer jusques et y compris une filiation idéologique ? La seconde est infâme. Juste après avoir signalé que Védrine est conseiller municipal de Saint-Léger-des-Vignes, Meyssan-Voltaire ajoute ceci : « En 1990, il s’avéra que son domicile, qui était aussi celui du père Nicolas Glencross (un vieil ami de son père, Jean Védrine), hébergeait le plus important studio de pornographie enfantine jamais découvert en Europe. Les photographies du père Glencross étaient transmises par l’entremise du pasteur Joseph Doucé à l’éditeur nazi Michel Caignet qui les commercialisait [...]. Le père Glencross décéda peu après sa sortie de détention préventive et le pasteur Doucé fut assassiné. L’affaire s’éteignit sans qu’Hubert Vedrine ait été entendu dans le cadre de l’enquête ». On a compris, n’est-ce pas ? Védrine cache quelque chose, et ce quelque chose est terrible. Aucun début de commencement de preuve - évidemment ! -, simplement du venin, et cet horrible besoin de salir. Au moment de la mort de notre cher René Dumont, en juin 2001, Meyssan publia, de même, un communiqué dont le titre dit l’essentiel : « René Dumont, pacifiste, fasciste et tiers-mondiste, est mort ». Qu’avait-il fait pour côtoyer dans l’opprobre Le Pen et Mégret, Mussolini et Hitler ? Des articles techniques dans un hebdomadaire agricole en effet pétainiste, pendant la guerre. Pas de citation dans le texte de Meyssan, non, car on aurait immédiatement compris la manipulation, mais des rapprochements et des glissements, jusqu’à cette ultime saloperie en guise de conclusion : le Réseau Voltaire « invite à une lecture critique de l’oeuvre récente de René Dumont, notamment en ce qui concerne ses conceptions en matière démographique... » Autrement dit, si Dumont craint la surpopulation, c’est qu’il déteste peut-être les sous-hommes et qu’il envisage - pourquoi pas ? - la solution finale de leur prolifération. Faut-il ajouter quelque chose ? Trois fois rien. Meyssan est un imposteur, Meyssan est un salaud, Meyssan n’a rien à voir avec la gauche ou l’écologie. Du moins, on voudrait le croire.


(1) L’Effroyable imposture, éditions Carnot.

Fabrice Nicolino est journaliste. Il a travaillé notamment pour Politis, Télérama, Geo, Le Canard Enchainé et le mensuel Terre Sauvage. Il est l’auteur de plusieurs livres, dont Le tour de France d’un écologiste (Seuil, 1999).


Source : Politis, n°696, 11 avril 2002.
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