Plusieurs affaires ont illustré au cours des dernières années la persistance du préjugé sur les Juifs et l’argent. Pour comprendre l’origine de ce mythe, il faut remonter au Moyen-Age…

En 2006, le jeune Ilan Halimi a été enlevé et torturé à mort par un gang de la région parisienne. Les malfaiteurs réclamaient à sa famille une rançon de plusieurs centaines de milliers d’euros : ils étaient persuadés qu’Ilan Halimi était riche parce qu’il était juif. Ce n’était pas le cas. Ilan Halimi faisait partie de la classe moyenne. Il travaillait comme vendeur dans un magasin de téléphonie mobile. Quelques années plus tard, en 2014, un homme et une femme habitant à Créteil ont été violemment agressés au motif, là encore, qu’ils étaient juifs et que : « on sait que les juifs ont de l’argent »…

Ces affaires illustrent la persistance du préjugé sur les Juifs et l’argent.

Abondamment traité par la littérature antisémite au cours des deux derniers siècles, ce préjugé semble résister au temps : 1 Français sur 5 estimeraient encore aujourd’hui que « les Juifs ont trop d’influence dans le domaine des affaires » et 2 sur 5 que « les Juifs ont un rapport particulier à l’argent ».

Pour comprendre l’origine de ce mythe, il faut remonter au Moyen-Age. Accusés d’avoir trahi puis tué le Christ, les Juifs sont périodiquement pris pour cibles par la colère populaire. Il leur est interdit de posséder ou de cultiver des terres, de porter des armes, de pratiquer toutes sortes de métiers. Ils n’ont souvent que le droit de commercer et on ne les autorise à s’installer en Europe qu’à la condition qu’ils prêtent de l’argent. Le prêt à intérêt – qu’on appelle à l’époque l’usure – est en effet frappé d’interdit par l’Eglise catholique. En réalité, les Juifs ne sont pas alors les seuls prêteurs à intérêt, mais c’est à ce moment-là que le stéréotype faisant des Juifs des personnes cupides, avares et « âpres au gain » prend forme.

Au XIXe siècle, avec l’avènement du capitalisme industriel, les juifs commencent à être accusés d’être des agents du capitalisme. Pourtant, à cette époque, les masses juives constituent, dans la majeure partie de l’Europe, un prolétariat ouvrier de condition très modeste.

L’association des Juifs et de l’argent nourrit le fantasme que les Juifs dominent le monde ou qu’ils conspirent en secret pour s’en assurer le contrôle : c’est cette croyance qui est à la base du mythe du « complot juif mondial ».

La famille Rothschild, une dynastie de banquiers qui apparaît au 18e siècle, va focaliser sur elle tous les fantasmes antisémites, jusqu’à nos jours. Certains complotistes prétendent ainsi que les Rothschild contrôlent la finance mondiale et sont à la source de tous les maux du monde. En réalité, le seul membre de la famille Rothschild à être recensé par le classement Forbes des plus grandes fortunes du monde arrive à la 1284e Loin, très loin, derrière les patrons de grandes multinationales comme Amazon ou Microsoft.

De quoi le préjugé tire-t-il sa force ? De ce que les Juifs riches étant par définition plus célèbres que ceux qui ne le sont pas, ils sont aussi, évidemment, plus visibles. Or, comme les Juifs constituent dans la plupart des pays du monde une minorité, les seuls juifs que le grand public connaît sont bien souvent les plus célèbres d’entre eux.

En réalité, au cours des derniers siècles, la condition de l’écrasante majorité des juifs dans le monde était particulièrement misérable, au point qu’un des stéréotypes longtemps répandu à l’égard des Juifs procédait de la légende du « Juif errant », un solitaire en proie à la pauvreté et condamné à la marginalité.

La finance mondiale est-elle aux mains de personnes d’origine juive ? Non. C’est là une opinion que rien ne vient étayer sinon les incessantes obsessions des antisémites. En fait, seule une infime partie des Juifs exerce ou a exercé des professions liées à la banque ou à la finance. Tout comme les juifs sont loin d’être majoritaires dans le monde des médias, du spectacle ou dans les professions libérales.

 

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