Conspiracy Watch : les faits contre le complotisme

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« Loose Change »

Publié le 13 décembre 2021 par 
La Rédaction
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« Loose Change » est un film complotiste de Dylan Avery consacré aux attentats du 11 septembre 2001. Diffusé en ligne à compter de 2005, il a connu cinq versions successives. En août 2006, le magazine Vanity Fair voyait en lui « peut-être le premier blockbuster de l'Internet ».

En mai 2003, Dylan Avery, un jeune Américain d'Oneonta (État de New York), travaille à un scénario de fiction. Des amis y découvraient que le gouvernement avait organisé les attentats du 11-Septembre. Ses recherches le persuadent que son intrigue décrit la réalité. Il transforme alors le projet en « documentaire », qu'il monte sur un ordinateur portable pour un budget d'environ 2 000 dollars. La première version, longue d'une heure, sort en avril 2005. Deux amis d'enfance l'épaulent. Korey Rowe, vétéran des guerres d'Afghanistan et d'Irak, produit le film. Jason Bermas en conçoit le graphisme.

Une deuxième édition paraît en décembre 2005. Elle circule d'abord sur DVD, puis explose sur les plateformes naissantes de vidéo en ligne. La version de juin 2006, expurgée d'images qu'Avery avait utilisées sans autorisation, cumule plus de quatre millions de vues en quatre mois. Plus d'un million de DVD se sont vendus. Plusieurs télévisions américaines et européennes programment le film. Suivront Loose Change : Final Cut (2007), co-produit par l'animateur conspirationniste Alex Jones, puis Loose Change 9/11 : An American Coup (2009), narré par l'acteur Daniel Sunjata. Une version condensée clôt la série en 2015.

Loose Change soutient qu'aucun avion de ligne n'a frappé le Pentagone, atteint selon lui par un missile. Il décrit l'effondrement des tours jumelles et celui du bâtiment 7 du World Trade Center comme le résultat de démolitions contrôlées. Il prétend que le vol 93 aurait secrètement atterri à Cleveland. Les enregistrements des appels des passagers seraient en réalité des faux, fabriqués à l'aide d'une technologie de « morphing vocal ». La vidéo de revendication d'Oussama Ben Laden mettrait en scène un sosie. Il y ajoute des délits d'initiés supposés sur les titres des compagnies aériennes et l'assurance souscrite par Larry Silverstein, propriétaire des tours.

Ces affirmations contredisent les faits établis. L'enquête du NIST, l'institut fédéral américain des normes, conclut que les impacts et les incendies expliquent l'effondrement des tours. Elle n'a trouvé aucune trace d'explosifs. Le magazine Popular Mechanics a interrogé plus de 300 experts pour son livre Debunking 9/11 Myths (2006). Il y démonte ces théories point par point. En mars 2007, le département d'État américain a publié une réfutation détaillée du film, jugé « très mal documenté ». Avery lui-même a retiré plusieurs allégations d'une version à l'autre, dont celle de l'atterrissage du vol 93 à Cleveland.

Le film s'abreuve à des sources compromettantes. Il cite plusieurs articles de Christopher Bollyn, d'American Free Press, journal d'extrême droite du négationniste Willis Carto. La deuxième édition reprend, sans la créditer, une thèse de Carol Valentine, obsédée par les complots juifs. Elle s'appuie aussi sur Eric Hufschmid, pour qui les chambres à gaz relèvent d'une « invention sioniste » (Conspiracy Watch).

En 2007, l'homme d'affaires Mark Cuban envisagea de distribuer le film en salles, narré par l'acteur Charlie Sheen. Le projet avorta. En France, Loose Change trouva un défenseur en la personne de Mathieu Kassovitz. Sur RMC, en octobre 2009, le cinéaste affirma que le film lui avait « fait prendre conscience » de prétendues zones d'ombre. Il minimisa au passage la nature de ses sources.

Loose Change a servi de porte d'entrée vers le complotisme à toute une génération d'internautes. Il a aussi lancé la carrière de Jason Bermas, devenu animateur sur les médias d'Alex Jones. Dylan Avery, lui, a pris ses distances. « J'étais en colère contre quelque chose à l'époque, et c'était ma façon de l'exprimer », confiait-il en 2017 à The Outline. Il déplorait un réflexe devenu automatique : « aujourd'hui, dès que quelque chose se produit, les gens crient au false flag ». En 2021, Korey Rowe a raconté au Washington Post ses difficultés à tourner la page. Le film l'avait rendu célèbre à 22 ans.

 

(Dernière mise à jour le 09/08/2026)

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