
La vérité était donc « out there ». Elle est surtout restée là où elle se trouvait depuis toujours : dans le brouillard tenace des fantasmes et des témoignages invérifiables. La publication tant attendue des UFO Files par l'administration Trump n'a fait surgir ni petits hommes verts, ni vaisseau dissimulé dans un hangar du Nevada, ni la moindre preuve sérieuse d'une présence extraterrestre sur Terre. Elle a livré ce que les archives ufologiques offrent depuis des décennies : du matériau ambigu, parfois cocasse, rarement concluant.
Dans le magazine en ligne Skeptic, Michael Shermer a résumé l'affaire d'une formule cruelle : « absolument rien » ne ressort de cette déclassification, au-delà des habituelles photographies floues, vidéos granuleuses, reconstitutions d'artistes et récits d'événements bizarres. On y retrouve même les fameux « cadavres extraterrestres » présentés au Congrès mexicain en 2023 − des faux grossiers dont les partisans les plus convaincus de l'hypothèse extraterrestre reconnaissent eux-mêmes la nature frauduleuse. Beaucoup de bruit pour à peu près rien. Le Pentagone le disait d'ailleurs depuis des années : ses rapports successifs sur les phénomènes aériens non identifiés concluaient déjà à l'absence de toute technologie non humaine récupérée par l'État américain.
Mais pour la complosphère, l'absence de preuve n'est jamais une objection. C'est une promesse différée. Si les archives ne disent rien, c'est qu'on cache encore tout. Si elles disent quelque chose, c'est qu'on a commencé à lâcher le morceau. Le complotisme a cet avantage stratégique : il ne perd jamais. Chaque nouvelle déclassification nourrit l'attente de la « vraie » divulgation, dont la date est toujours repoussée aux calendes grecques.
Le plus savoureux, dans cette affaire, vient d'ailleurs. Les professionnels autoproclamés du soupçon, si prompts à voir des manipulations partout, ne voient pas celle qui se déroule sous leurs yeux. Les mêmes qui voient des complots derrière une campagne de vaccination, une élection ou un attentat accusent en effet une naïveté enfantine devant les tours de passe-passe de Donald Trump. Comme si le président américain, un homme qui excelle dans l'art du boniment et du mensonge, avait brusquement décidé d'offrir au peuple la vérité sur des visiteurs d'un autre monde, au moment précis où son administration est rattrapée par des controverses autrement terrestres − songeons au dossier iranien ou à l'affaire Epstein. La politique trumpiste de l'attention fonctionne ainsi : jeter un objet brillant au milieu de la pièce, puis observer la foule courir derrière.
La soucoupe volante est l'objet brillant idéal. Elle flatte la paranoïa antigouvernementale, réactive le mythe du « Deep State » et offre à Trump le rôle confortable de pourfendeur des secrets d'État. On ne retrouvera probablement pas de vaisseau extraterrestre dans les archives américaines. Ce qu'on y retrouve déjà en revanche, c'est ce talent des démagogues à transformer la transparence en écran de fumée.
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