Durant la commission d'enquête parlementaire sur l'audiovisuel public, Charles Alloncle a multiplié les clins d'œil à la complosphère.

Charles Alloncle n'a pas besoin de se dire complotiste. C'est plus subtil, et politiquement plus rentable. Depuis des mois, le rapporteur de la commission d'enquête sur l'audiovisuel public pratique une connivence par allusions : il n'épouse pas de front l'arsenal de la complosphère, il en active les codes. La posture du seul contre tous. L'obsession de la « transparence » contre l'« omerta ». La dénonciation d'un système médiatique verrouillé.
Sa méthode, c'est le soupçon. Et cela produit un effet : celui d'être immédiatement repéré et mis en avant par ceux qui font commerce de la défiance organisée. Le plus parlant, ce sont ses soutiens. FranceSoir lui a consacré une tribune. Profession Gendarme a relayé un texte d'Éric Morillot en sa faveur. Une pétition a été lancée par Les Incorrectibles. Le Média en 4-4-2 a célébré son offensive contre RSF en recyclant le vieux répertoire Soros-censure-collusion.
Au-delà de l'écosystème complotiste, Charles Alloncle a aussi trouvé des relais dans la bollosphère puisque Pascal Praud l'a encensé sur CNews en expliquant qu'il avait « tout le monde contre lui, sauf l'opinion publique ». Dis-moi qui sont tes amis, je te dirais qui tu es. Clairement, l'écosystème de la complosphère a entendu chez Alloncle quelque chose de familier. Pas étonnant puisqu'Alloncle a passé l'entièreté de la Commission d'enquête parlementaire à leur faire des clins d'œil. En faisant de chaque audition une scène de révélation, en parlant d'« alerte censure », en pointant un doigt accusateur contre RSF ou George Soros, il offre à la sphère conspirationniste ce qu'elle recherche : une validation institutionnelle de ses obsessions. Peu importe ensuite la solidité des démonstrations. L'essentiel est ailleurs : suggérer qu'on nous cache quelque chose. C'est le moteur même du raisonnement complotiste.
Son attaque contre Tristan Mendès France est, de ce point de vue, éclairante. En commission, Alloncle s'en est pris à une chronique de 2021 sur France Inter intitulée « La pédocriminalité dans l'imaginaire complotiste » ainsi qu'à deux épisodes de Complorama consacrés à l'affaire Epstein (ici et là). Le procédé consiste à faire semblant de confondre deux choses : analyser l'exploitation complotiste d'un sujet, et nier la réalité des crimes. La complosphère adore accuser ceux qui décryptent ses fantasmes de protéger les coupables. En reprenant ce cadrage contre Mendès France, Alloncle a repris, à sa manière, un réflexe typiquement complotiste.
Le problème n'est donc pas seulement la brutalité de la méthode. C'est le signal envoyé. Charles Alloncle n'est peut-être pas un théoricien du complot. Mais il en épouse trop souvent les codes et les ressorts pour que cela relève encore du hasard. À force de clins d'œil, on finit toujours par faire signe.
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