Conspiracy Watch : les faits contre le complotisme

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Quelques enseignements sur l'attentat du dîner des correspondants

Publié le 4 mai 2026 par 
La Rédaction
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L'attentat manqué du 25 avril illustre la puissance d'une mécanique du doute devenue pavlovienne. Et qui contamine aussi la gauche du spectre politique.


  En bref 

Des agents ont sorti leurs armes après que des détonations ont retenti lors du dîner des correspondants de la Maison Blanche, le 25 avril 2026 (crédit : Mandel Ngan/AFP).

Le 25 avril dernier, Donald Trump a de nouveau été la cible d'une tentative d'assassinat. Cole Tomas Allen, 31 ans, a forcé un poste de sécurité de l'hôtel Washington Hilton pour s'approcher de la salle où se tenait le dîner annuel des correspondants de la Maison Blanche. Il a blessé un policier avant d'être neutralisé par les forces de l'ordre. L'affaire offre une fois de plus un cas d'école de la persistance du complotisme dans le débat public.

Tout d'abord, comme l'a révélé CNN dans une enquête fouillée sur les réseaux sociaux de l'assaillant, Cole Allen était lui-même un adepte de la thèse de la mise en scène concernant l'attentat de Butler de juillet 2024. Sur X, il avait relayé des publications affirmant que Trump était « tout à fait capable d'avoir monté une fausse tentative d'assassinat contre lui-même pour tromper le peuple américain ». La trajectoire de Cole Allen, qui passe du complotisme au passage à l'acte, ne devrait pas étonner. Elle a déjà été observée à plusieurs reprises (voir ici, ou encore ).

Mais le conspirationnisme atteint aussi des sphères dont on pourrait penser qu'elles en sont immunisées. C'est le second enseignement de cette affaire. Journaliste aux Décrypteurs (Radio-Canada), Nicholas De Rosa a relevé qu'Angelo Carusone, patron de Media Matters for America (MMFA) – une ONG à but non lucratif dont une bonne partie de l'activité consiste précisément à documenter et dénoncer les discours conspirationnistes dans les médias conservateurs –, a laissé entendre sur son compte Bluesky que la fusillade pourrait être une mise en scène : « Je ne veux pas alimenter les théories du complot, mais enfin… ceci était super bizarre. Super bizarre. » On notera la prétérition, typique du discours complotiste.

La machine à douter s'est emballée en temps réel et à une vitesse record. En moins de deux jours, selon NewsGuard, les publications affirmant que l'attentat était une mise en scène ont totalisé 80 millions de vues sur X uniquement. Pour une partie de l'opinion, Cole Allen ne peut pas être un homme en colère ayant décidé de passer à l'acte. Il faut qu'il soit un lampiste agissant pour le compte d'intérêts cachés : Trump, les Démocrates, Israël...

Parmi les théories les plus partagées, celle des ballroom truthers mérite une mention spéciale : Trump aurait mis en scène l'attentat afin d'avoir les mains libres sur son projet d'extension de la Maison Blanche avec la construction d'une salle de bal géante – projet bloqué par un juge fédéral pour défaut d'autorisation du Congrès. Le lendemain des tirs, le président américain publiait d'ailleurs sur Truth Social : « Cet événement n'aurait jamais eu lieu avec la salle de bal ultra-secrète en construction à la Maison Blanche. » L'ironie de l'histoire, c'est qu'à bien des égards, Trump endosse aujourd'hui le rôle de l'arroseur arrosé. Il aura fait beaucoup pour créer ce climat de défiance permanente. C'est l'héritage qu'il lègue à l'Amérique. On ne joue pas impunément avec la pensée du soupçon. Elle finit toujours par se retourner contre ceux qui l'ont utilisée dans leur intérêt.

Donald Trump est assurément un bonimenteur. C'est une raison suffisante pour ne pas le croire sur parole mais certainement pas pour abdiquer tout esprit critique, considérer que tout ce qui sort de sa bouche est un mensonge, et encore moins pour l'accuser d'avoir orchestré lui-même un faux attentat.

Car l'un des aspects les plus frappants de cette affaire est sa transparence. Contrairement à ces drames qui nourrissent les fantasmes par leurs zones d'ombre et leurs questions restées sans réponse (suspects abattus, preuves détruites, mobiles flous...), l'attentat du dîner des correspondants brille par sa simplicité : Cole Allen a laissé un manifeste écrit explicitant ses intentions, il a été neutralisé vivant et il est aujourd'hui à la disposition de la justice.

Dans un monde normal, ces éléments suffiraient à clore le débat. Mais pour les partisans de la thèse de la mise en scène, l'irruption de la réalité est une menace : admettre que l'attentat s'est déroulé conformément à ce que la presse a pu reconstituer ne menacerait-il pas d'invalider la grille de lecture conspirationniste qu'ils ont l'habitude de plaquer sur tout événement marquant ? Dès lors, tout est bon pour nourrir le fantasme complotiste : on fabrique des pseudo-arguments, on surinterprète les propos d'une porte-parole, on exhume un tweet trollesque de 2023, on fait passer pour suspectes l'attitude de Melania Trump ou l'évacuation de JD Vance, etc.

Comme toujours, en tentant de sauver le scénario absurde d'une mise en scène, ses propagateurs nous renseignent moins sur l'événement lui-même que sur la puissance d'une mécanique mentale dangereusement contagieuse.

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