
Le 22 avril, devant la commission des finances du Sénat, Robert F. Kennedy Jr a voulu défendre Donald Trump sur les baisses de prix de médicaments qu'il a promises. Interpellé par Elizabeth Warren sur ces réductions annoncées à « 600 % », il a répondu que Trump avait « une manière différente de calculer les pourcentages » et qu'un médicament passant de 600 à 10 dollars représentait bien, selon lui, une baisse de 600 %.
C'est absurde. Une telle réduction correspond à une baisse de 98,3 %. Réduire un prix de 100 % signifie que le produit est gratuit et, au-delà de 100 %, qu'on donnerait de l'argent aux patients pour qu'ils repartent avec leur traitement !
Le plus frappant, dans cette séquence, n'est pas seulement l'erreur, c'est la tranquillité avec laquelle elle est assumée. Le lendemain, à la Maison-Blanche, Donald Trump a repris l'argument à son compte, expliquant qu'il existerait « deux façons de calculer » et que la sienne parlerait davantage aux gens.
Nous sommes là au cœur d'un trait bien connu de l'univers complotiste : faire passer l'aplomb pour une preuve, et la désinvolture à l'égard des vérités factuelles ou logiques pour une forme de lucidité supérieure. Le complotisme ne consiste pas seulement à contester les faits mais à mépriser les méthodes qui permettent de les établir. Ici, il ne s'agit plus d'alternative facts – pour reprendre la célèbre formule inventée par Kellyanne Conway, conseillère de Donald Trump lors de son premier mandat – mais d'alternative maths !
Ce glissement n'a rien d'anecdotique. Lorsqu'un ministre de la Santé et un président des États-Unis en exercice expliquent qu'un pourcentage peut vouloir dire n'importe quoi, ils ne se contentent pas de se ridiculiser : ils installent l'idée que la rigueur elle-même serait optionnelle.
La vérité est qu'à l'exception notable de médicaments contre l'obésité aujourd'hui peu remboursés par les assurances-santé, les produits proposés sur la plateforme TrumpRx (le site mis en ligne par la Maison Blanche pour offrir aux citoyens américains une sélection de traitements à prix cassés) sont pour la plupart des médicaments pour lesquels il existe des génériques moins chers, ou qui bénéficient déjà d'un faible reste à charge pour les patients. Et que non, il n'est toujours pas prévu de les payer pour qu'ils commandent leurs médicaments !











