Des gros titres aux petites infos passées inaperçues : ce qu’il fallait retenir de l’actualité des derniers jours en matière de conspirationnisme et de négationnisme (semaine du 16/03/2020 au 22/03/2020).

CORONAVIRUS. Tandis que l’on tente d’endiguer la propagation du Covid-19, les rumeurs et les fausses nouvelles prolifèrent à la faveur d’un compréhensible besoin général d’information : l’épidémie de coronavirus actuelle serait la conséquence plus ou moins accidentelle de recherches secrètes sur des armes biologiques. Il était presque fatal que l’Institut national de virologie de Wuhan, qui abrite le seul laboratoire de confinement haute sécurité de niveau 4 (ou « P4 », pour « pathogène de classe 4 », le niveau maximal) actuellement en activité en Chine et se situe à proximité de l’épicentre de l’épidémie de coronavirus, devienne un objet de spéculations conspirationnistes (source : Conspiracy Watch, 16 mars 2020).

CHINE. La diplomatie chinoise n’est pas en reste. Depuis le début du mois de mars, elle suggère que, contrairement à ce qui est communément admis, le Covid-19 ne trouverait pas son origine en Chine mais proviendrait de l’étranger ; elle  va jusqu’à relayer d’obscurs textes complotistes. Spécialiste de la Chine et des deux Corées, Antoine Bondaz estime que les manipulations de l’information auxquelles se livre l’empire du Milieu s’inscrivent dans une stratégie visant à déstabiliser les démocraties occidentales (source : Conspiracy Watch, 17 mars 2020). On regardera également à ce sujet la mise au point de Linh-Lan Dao, journaliste du service « Vrai ou Fake » de France Info, qui évoque aussi le cas de l’Iran où la thèse de « l’attaque d’une puissance étrangère » a été portée en haut lieu (source : Twitter, 19 mars 2020).

DÉSINFORMATION. Ainsi certains régimes autoritaires organisent-ils la désinformation sur le Covid-19. Un réseau russe de trolls professionnels opérant depuis le Ghana et le Nigeria a pu être démantelé. C’est ce que révèle une récente enquête de CNN en collaboration avec Facebook, Twitter et Instagram, qui ont mis fin à cette activité le 12 mars. Les trolls ghanéens avaient créé quelque 200 faux comptes durant le second semestre de 2019 : 49 comptes et 69 pages Facebook, 85 comptes Instagram et 71 comptes Twitter, entraînant dans leurs sillages des dizaines de milliers d’utilisateurs et abonnés. L’historique des faux comptes Twitter éclaire la manière dont cette désinformation exploite la pandémie de coronavirus à ses propres fins (source : Conspiracy Watch, 20 mars 2020).

RUSSIE. Les médias officiels russes et pro-Kremlin ont lancé « une importante campagne de désinformation » en Europe afin de semer la discorde affirme un rapport interne du service diplomatique de l’Union européenne, qui conduit la politique étrangère et de sécurité de l’Union européenne (UE). Le Financial Times et l’agence de presse Reuters ont pu consulter ce document de neuf pages, daté du 16 mars 2020, qui n’a pas été rendu public. Il indique que la campagne russe consiste à publier des informations contradictoires, confuses et malveillantes pour saper la confiance dans les réponses qui peuvent être apportées à la pandémie de coronavirus, « conformément à une stratégie plus large du Kremlin visant à subvertir les sociétés européennes de l’intérieur en exploitant leurs vulnérabilités et leurs divisions » (source : Conspiracy Watch, 22 mars 2020).

BRÉSIL. Le dimanche 15 mars, le président brésilien Jair Bolsonaro a semé le trouble jusque dans son camp, après avoir serré les mains de ses partisans, quelques jours après avoir été testé négatif. Le journal Le Monde explique que chez les « bolsonaristes » les plus radicaux, « on ne croit ni à la gravité, ni même à l’existence du virus. » Ils voient derrière la pandémie un complot de la gauche et le Covid-19 est souvent qualifié de « mensonge » ou de « comunavirus » (virus communiste) (source : Le Monde, 17 mars 2020).

RÉSEAUX SOCIAUX. Une vidéo complotiste de 22 minutes sur l’épidémie de Coronavirus postée le 17 mars 2020 sur Facebook par un dénommé « Cat Antonio » et intitulée « le virus est made in France » est devenue virale. Vue plusieurs millions de fois en quelques heures et partagée des dizaines de milliers de fois en ligne, elle défend la thèse d’un virus fabriqué et d’une manipulation à grande échelle de l’opinion publique, le tout pour le compte (financier) de l’Institut Pasteur. Conspiracy Watch a mis en ligne, sous la forme d’un thread, une déconstruction de la vidéo, qui a suscité de multiples réactions et a conduit au dépôt d’une plainte, contre son auteur, par l’Institut Pasteur (source : LCI, 18 mars 2020).

GESTION DE CRISE. L’ancienne ministre de la Santé Roselyne Bachelot, qui a dû gérer l’épidémie de grippe A en 2009-2010, a eu l’occasion de rappeler ces derniers jours qu’elle avait été l’objet de moqueries pour avoir commandé des masques qui, aujourd’hui, viennent à manquer. Conspiracy Watch revient sur ces critiques et attaques dont certaines avaient présenté la ministre – à l’instar du journal Fakir du futur député de la France insoumise, François Ruffin – comme inféodée au lobby pharmaceutique (source : Conspiracy Watch, 21 mars 2020).

JACQUES ATTALI. Parmi les autres figures prises pour cible par les complotistes, Jacques Attali cristallise sur sa personne une détestation qui tente de se trouver des justifications par la mise en exergue de citations inventées ou fortement dénaturées. Il y a plus de dix ans, le site de Solidarité & Progrès, le parti de Jacques Cheminade, publiait une brève intitulée « Attali : une petite pandémie permettra d’instaurer un gouvernement mondial ! ». Elle prétendait dévoiler les « fantasmes intimes » de l’ancien conseiller spécial de François Mitterrand. Cette publication datée de mai 2009 a resurgi, à la faveur de l’actuelle épidémie. C’est loin d’être la première fois, comme le rappelle une analyse de Conspiracy Watch, qu’Attali est confronté à un travestissement malhonnête de ses propos (source : Conspiracy Watch, 19 mars 2020).

Source : Pew Research Center.

SONDAGE. Alors que les États-Unis se mobilisent progressivement contre la propagation du Covid-19 sur leur vaste territoire, un sondage du Pew Research Center a révélé, le 17 mars 2020, que 29% des Américains pensaient que le virus avait été fabriqué en laboratoire, soit intentionnellement (23%), soit accidentellement (6%). 1% des sondés pensait quant à eux que le virus n’existait tout simplement pas (source : journalism.org, 17 mars 2020).

ÉTATS-UNIS. Dans une note publiée en février dernier, le Service de protection fédéral – une branche du Département américain de la Sécurité intérieure – a rapporté que des suprémacistes blancs américains discutaient sur l’application de messagerie cryptée Telegram, très populaire chez les néo-nazis, de l’« obligation » de propager le virus si l’un d’entre eux le contractait. Ainsi certains envisagent de transformer le Covid-19 en une « arme biologique », pour frapper en priorité les forces de l’ordre et les minorités, puisqu’il s’agit de « propager des germes du coronavirus dans des quartiers non-blancs » (source : CNews, 22 mars 2020).

« BOMBE RACIALE ». Il y a quarante ans, la question d’une arme biologique sélective, sorte de « bombe raciale », avait inspiré certains milieux antiracistes. En 1981, le magazine du Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (MRAP), avait en effet publié un article accréditant les fantasmes d’une telle arme, capable de décimer des êtres humains sur le seul critère de leur couleur de peau. L’historien Emmanuel Debono revient pour Conspiracy Watch sur cet épisode (source : Conspiracy Watch, 18 mars 2020).