L’actu de la semaine décryptée par Conspiracy Watch (semaine du 07/06/2021 au 13/06/2021).

JEAN-LUC MÉLENCHON. Depuis son interview sur France Inter dimanche 6 juin, où il a prédit qu’un « un grave incident »« écrit d’avance », se produirait dans la dernière semaine de la campagne présidentielle, Jean-Luc Mélenchon a déclenché la colère des familles de victimes des attentats terroristes et fait l’unanimité de la classe politique contre lui. Depuis, le député des Bouches-du-Rhône explique qu’il entendait pointer l’instrumentalisation politique des faits divers et attaques commises avant la présidentielle, sans retirer ses propos. Dérapage ou stratégie populiste ? Selon Rudy Reichstadt, directeur de Conspiracy Watch, le leader de La France Insoumise (LFI) n’en est pas à son coup d’essai en matière de complotisme. Interview (source : L’Obs, 11 juin 2021).

À noter que l’émission Quotidien a braqué les projecteurs sur les déclarations aux accents conspirationnistes faites par le chef de file de LFI à propos de la panne d’Orange, le 2 juin, qui a empêché d’acheminer de nombreux appels vers les numéros d’urgence (cinq décès sont reliés à l’incident) : « Je trouve ça suspect, parce que ça rentre dans un système… À chaque fois qu’il s’agit de privatiser quelque chose, on commence par montrer que le service public ne fonctionne pas. […] Et bah maintenant vous avez un exemple de ce qui ne marche pas ! » (source : Quotidien/Twitter, 7 juin 2021).

À lire sur le même sujet, la chronique de Saïd Mahrane, posant lui aussi la question de la place du complotisme dans l’action du leader de LFI (source : Le Point, 7 juin 2021).

À noter que ces propos de Mélenchon ont été salués par Francis Lalanne, pour qui le député de la 4e circonscription des Bouches-du-Rhône « a brisé l’omerta du système politique » (source : Tristan Mendès France/Twitter, 7 juin 2021).

LE DESSIN DE LA SEMAINE. Le regard de notre collaborateur Morgan Navarro sur la manière dont Jean-Luc Mélenchon a tenté de justifier ses propos complotistes (il a fustigé les « complotistes anticomplotistes » qui auraient selon lui déformé sciemment ses propos).

PAPACITO. Au lendemain de ses propos controversés sur France Inter, Jean-Luc Mélenchon a dénoncé la menace directe que représentait le youtubeur Papacito qui avait mis en ligne, la veille, la vidéo d’un simulacre d’exécution d’un électeur de LFI. On se reportera au thread de notre rédaction, pour éclairer les idées de ce pourfendeur du « mondialisme », des lois « scandinavo-maçonniques » et de la « République satanique » (source : Conspiracy Watch/Twitter, 8 juin 2021). Plusieurs responsables politiques, dont Jean-Luc Mélenchon, ont porté plainte contre Papacito. Une enquête a été ouverte par le parquet de Paris pour « provocation au meurtre » (source : L’Obs, 9 juin 2021).

GIFLE. L’épisode de la gifle d’Emmanuel Macron, une opération de communication ? L’agression du président de la République le mardi 8 juin à Tain (Drôme) a rapidement donné lieu à des théories farfelues voire complotistes sur les réseaux sociaux. D’après certains internautes, l’incident serait une mise en scène. Certains ont ainsi accusé à tort le gifleur, Damien T., d’être un acteur, tandis que d’autres ont vu dans cette séquence un moyen de susciter la sympathie auprès de la population… (source : 20 Minutes, 9 juin 2021).

Un profil idéologique assez net de l’agresseur semble pourtant se dégager, comme le montre son intérêt marqué pour les chaînes YouTube d’extrême droite (source : Libération, 8 juin 2021).

ENFARINAGE. L’individu qui a enfariné Jean-Luc Mélenchon samedi 12 juin à Paris s’est présenté comme un « souverainiste qui ne croit pas au débat ». C’est en fait un youtubeur proche de l’extrême droite selon le journaliste Sébastien Bourdon et le porte-parole jeunesse de la France Insoumise David Guiraud (sources : Sébastien Bourdon/Twitter, David Guiraud/Twitter, 12 juin 2021).

LOUIS FOUCHÉ. Anesthésiste-réanimateur, Louis Fouché est à la fois un contempteur des géants du numérique et le premier à user des réseaux sociaux pour coordonner les actions de Réinfo Covid, le collectif anti-restrictions sanitaires qu’il a fondé en 2020 et qui revendique, selon lui, plus de 4 000 membres chez les soignants et les universitaires. Devenu spin doctor de la France anti-vaccins, il mène une guerre culturelle dans laquelle il préconise d’« inonder YouTube, Facebook, Twitter ». Portrait d’un influenceur devenu stratège (source : Le Monde, 8 juin 2021).

À noter que le collectif Reinfo Covid dispose d’un stand d’information dans le centre-ville de Toulouse le samedi, pour aller au devant du public. Cette vitrine pose problème lorsque l’on sait que le collectif est accusé de « dérives complotistes » et « sectaires » et qu’il est désormais dans le viseur du Conseil national de l’Ordre des médecins (source : La Dépêche, 8 juin 2021).

RICHARD BOUTRY. Présentateur de l’émission « Vrai ou Fake », Julien Pain est allé à la rencontre de l’ex-journaliste Richard Boutry, aujourd’hui influenceur complotiste. Au sujet des autorités, l’homme parle « d’apprentis sorciers qui se prennent pour des créateurs et qui aujourd’hui veulent changer le monde (…) et détruire une partie de l’humanité », ajoutant que « c’est pas être un illuminé que de penser ça » (source : Julien Pain/Twitter, 11 juin 2021). Ce pourfendeur de la politique sanitaire du gouvernement est aussi un partisan de la théorie de la « grand réinitialisation » (« Great Reset ») (source : FranceTVinfo, 10 juin 2021). Voir également la notice que nous avons consacrée à Richard Boutry.

MANIPULATIONS HISTORIQUES. Dans sa chronique hebdomadaire sur France Inter, Tristan Mendès France s’est intéressé le 11 juin à la question de l’instrumentalisation de l’Histoire par la mouvance covido-complotiste. Notre collaborateur a dressé la liste de parallèles historiques servant couramment à dénoncer les restrictions ou les contraintes sanitaires : dictature, collaboration, Vichy, étoile juive, nazisme, goulag, inquisition, génocide, apartheid, ou même Pol Pot et Corée du Nord. La comparaison la plus populaire reste de loin celle qui fait référence à la persécution des Juifs durant la Seconde Guerre mondiale (source : France Inter, 11 juin 2021).

Une écoute à compléter par les images du reportage de Julien Pain, parti à la rencontre d’opposants à la politique sanitaire. « La France est une dictature, se voit expliquer le journaliste. On se rapproche du régime nazi » (source : Julien Pain/Twitter, 11 juin 2021).

HARCÈLEMENT. Le sénateur Bernard Jomier, médecin généraliste et président de la Mission d’information Covid-19, a dénoncé dans une question au ministre de la Santé le harcèlement dont les porteurs de la parole scientifique sont l’objet de la part de milieux complotistes et anti-vaccination. Des membres de l’Institut hospitalo-universitaire (IHU) de Marseille semblent, d’après le sénateur (qui s’appuie sur la pétition de l’association Citizen4Science), participer à ce harcèlement qui se traduit notamment par des menaces de procédures judiciaires (source : Bernard Jomier/Twitter, 10 juin 2021).

COMPLOPTISME SPATIAL. Le complotisme spatial est un des sujets qui nourrit les thèses les plus folles. De QAnon au gourou Raël, les adeptes de ces thèses conspirationnistes concernant l’espace sont le plus souvent liés de manière globale à l’univers complotiste, covido-sceptiques, ou membres de mouvances d’extrême droite. « La conquête complotiste de l’espace », c’est le 10e épisode de Complorama, avec Rudy Reichstadt, directeur de Conspiracy Watch, et Tristan Mendès France, maître de conférence et membre de l’Observatoire du conspirationnisme, spécialiste des cultures numériques. Un podcast à retrouver sur le site de franceinfo, l’application Radio France et plusieurs autres plateformes comme Apple podcasts, Podcast Addict, Spotify, ou Deezer.

ANTISÉMITISME. « Saviez-vous que treize Juifs contrôlent ce que dit la BBC ?…les informations sont partiales… elles sont en faveur des sionistes ». Ces affirmations ont été proférées publiquement lors d’une manifestation antisioniste à Manchester le 22 mai dernier (source : Simone Rodan-Benzaquen/Twitter, 9 juin 2021).

L’Institute for Strategic Defense examine dans un nouveau rapport la question de l’antisémitisme en ligne qui, comme on le sait, s’est fortement développé à l’échelle mondiale à la faveur de la crise sanitaire. L’ISD a examiné les contenus liés au Covid-19 en français et en allemand, sur Twitter, Facebook et Telegram. Le rapport souligne les théories du complot sur les juifs censés dominer les institutions financières, politiques et médiatiques internationales. Il effectue en outre une série de préconisations. Télécharger le rapport.

EELV. Figures d’Europe Ecologie – Les Verts, Benoît et Stéphanie Muzard-Biteau n’hésitent pas à diffuser les thèses de la complosphère antivaxx, qualifiant la campagne de vaccination de « crime contre l’humanité ». Le site Agriculture et environnement note que depuis le début de la pandémie, on peut lire sur la page Facebook de Benoît Biteau, proche conseiller de Yannick Jadot, de très nombreux messages à l’encontre du port du masque, et plus encore contre la campagne de vaccination. Y sont diffusées toutes les figures connues des « anti », comme Alexandra Henrion-Caude, Martine Wonner ou encore Christian Perronne (source : Agriculture et environnement, 7 juin 2021). Ancien secrétaire de la section giennoise du Parti communiste, Ali Besli, aujourd’hui candidat EELV à Gien, a relayé sur son compte Facebook des parutions à connotation antisémite et complotiste (source : 2èmeDB73/Twitter, 6 juin 2021). « Je le regrette » a commenté le militant qui a effacé ces publications (source : La République du Centre, 8 juin 2021).

CATHOLICISME ET COMPLOTISME. L’ancien archevêque Carlo Maria Viganò, la généticienne Alexandra Henrion-Caude et le réalisateur de « Hold-up », Pierre Barnérias, font partie des grands (dés)informateurs de la pandémie de Covid-19. Tous revendiquent par ailleurs leur appartenance à la religion catholique. Existe-t-il des liens entre certains milieux catholiques et le complotisme ?  C’est la question à laquelle l’émission « Vrai ou Fake » s’est efforcée de répondre (source : FranceTVinfo, 3 juin 2021).

PAKISTAN. Le média Graphika publie une enquête au sujet d’une campagne d’influence ciblant les Pakistanais. Un réseau de faux comptes (40 profils et 25 pages Facebook, six groupes et 28 comptes Instagram…) a été élaboré pour diffuser des messages politiques en faveur des autorités politiques et militaires du pays. Des acteurs et des journalistes indépendants ont également été rémunérés à cette fin. Le rapport met notamment aussi en lumière le rôle de certaines entreprises de marketing et de relations publiques dans les campagnes de désinformation (source : Graphika, 3 juin 2021).

DÉSINFORMATION RUSSE. Depuis quelques années, la propagande russe et ses relais à l’étranger, y compris les réseaux sociaux, utilisent des techniques multiples : diabolisation d’opposants politiques, création d’écrans de fumée, multiplication de fausses pistes et d’hypothèses extravagantes et, finalement, le mensonge pur et simple. Dans un entretien avec Galia Ackerman pour le média Desk Russie, Rudy Reichstadt, directeur de Conspiracy Watch, analyse ces techniques (source : Desk Russie, 9 juin 2021).

Une lecture à compléter par celle de Business Insider, qui montre que Moscou utilise depuis l’ère soviétique des techniques de désinformation pour semer la division et le doute à l’Ouest. Une tactique où les médias sociaux jouent à présent un rôle majeur (source : Business Insider, 5 juin 2021).