Depuis quelques semaines, de nombreux médias américains utilisent ou discutent l’expression « Etat profond » censée qualifier ces réseaux de l’ombre qui entraveraient les débuts de la présidence de Donald Trump. De quoi cette expression est-elle le nom et quelles en sont les origines ?

Le 13 février dernier, la nouvelle administration Trump connaissait sa première démission : Michael Flynn, le conseiller à la sécurité nationale, renonçait à son poste après avoir évoqué avec des diplomates russes les sanctions visant Moscou alors même qu’il n’avait pas encore de fonction officielle. Pour les plateformes d’extrême-droite comme Breitbart News ou 4Chan, pas de doute possible, c’est la preuve de l’existence du « Deep State », de « l’Etat profond », cet Etat dans l’Etat qui mêlerait des financiers de Wall Street, des agents du renseignement, des hommes politiques et des hauts fonctionnaires, tous acquis à une même cause : perpétuer « le système » et soumettre le pouvoir politique à leurs propres intérêts.

A partir de la mi-février, les moteurs de recherche enregistraient un pic de recherches sur le « deep state », « l’Etat profond », et la notion, jusque-là cantonnée aux sites conspirationnistes, devenait le sujet de débat de la presse américaine. « Il n’y a pas d’Etat profond », titrait le New Yorker, « L’Etat profond défend-il la démocratie ou la corrompt-il ? » demandait The Atlantic, « Que se passe-t-il quand vous combattez un Etat profond qui n’existe pas ? », interrogeait le New York Times.

D’où vient ce concept d’« Etat profond » ? Quelles réalités recouvre-t-il ? S’agit-il d’une nouvelle version d’un conspirationnisme de l’ombre ou traduit-il une forme d’inertie des administrations et des institutions propre à chaque démocratie ? S’il y a probablement une large part de fantasme, le « Deep State » interroge les liens entre les représentants élus par le Peuple et les institutions qu’ils sont censés conduire et questionne le pouvoir d’institutions comme les services de renseignements. On est donc là au cœur des limites/insuffisances de nos démocraties – « le pire des systèmes, à l’exclusion de tous les autres » pour reprendre la formule de Winston Churchill.

Pour en parler, Florian Delorme reçoit :
Pierre Guerlain, professeur émérite de civilisation américaine à l’Université Paris-Ouest-Nanterre.
Gildas Le Voguer, professeur à l’Université de Rennes, auteur de Le renseignement américain : entre secret et transparence, 1974-2013.
Ali Kazancigil, journaliste, politologue, spécialiste de la Turquie.

Réécouter l’émission en cliquant ici.

Source : France Culture, 15 mars 2017 (émission préparée par Tiphaine de Rocquigny).

Voir aussi :
* Pourquoi Peter Dale Scott est un auteur conspirationniste
* The Deep State Is a Figment of Steve Bannon’s Imagination (Politico, 9 mars 2017)