Le collectif « Union Essentielle » fait figure d’invité inattendu des élections régionales et départementales. Les revendications en apparence anodines de ce « collectif citoyen » dissimulent mal une approche covido-sceptique teintée de conspirationnisme.

Martin Villette et Shella Gill, candidats d’« Union Essentielle » en Auvergne-Rhône-Alpes (capture d’écran YouTube/La Chaîne populaire, 13/06/2021).

Dimanche 20 juin, neuf listes s’affronteront en Occitanie et Auvergne-Rhône-Alpes lors du premier tour des élections régionales. Dans le sillage des listes citoyennes « Un Nôtre Monde » et « France Démocratie Directe », le collectif « Union Essentielle » entend « s’engager dans la voie de la Démocratie directe, avec et pour le Peuple, dans la bienveillance et l’intelligence collective. » La charte de la liste nouvellement créée, bien que floue et généraliste, semble pavée des meilleures intentions du monde : respect des droits de l’homme, amour de la nature, combat contre la corruption, valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité sont opposées à « l’ingérence, aux incohérences et aux conflits d’intérêts des pouvoirs publics »

Le mouvement a bénéficié d’une relative couverture médiatique à l’échelle locale. C’est ainsi que Benjamin Boucher, tête de liste aux régionales dans le Cantal, déclarait à La Montagne être « pour la liberté de choisir le masque lorsqu’il n’a pas de raison d’être imposé ». Le 29 mai dernier, Shella Gill saisissait l’opportunité des micros de France Bleu pour questionner elle aussi la dangerosité du masque, en particulier pour les enfants. En somme, des oppositions à la gestion sanitaire du Gouvernement mais rien de bien complotiste pour ces néophytes de la politique.

Des relais médiatiques douteux

Sauf que les têtes de liste d’« Union Essentielle » ont également reçu des relais médiatiques influents de la part de la scène complotiste. Le 16 juin, FranceSoir, acteur majeur de la désinformation dans l’Hexagone, a permis à Shella Gill de donner de la visibilité à sa liste citoyenne. Dans une vidéo, partagée sur le site officiel du mouvement, la tête de liste dans l’Hérault Anne Bolatre Villain est interviewée par le Gilet jaune Oliv Oliv. Ce dernier, récemment accueilli sur le plateau de l’émission « Touche Pas à Mon Poste » (C8), est également connu pour avoir donné la parole à des personnalités éminentes de la complosphère telles que Richard Boutry, le réalisateur du film « Hold-up » Pierre Barnérias ou encore Francis Lalanne – qu’on ne présente plus. De plus, comme le souligne France info, « Union Essentielle » ainsi que les listes « Un Nôtre Monde » et « France Démocratie Directe » sont reliées à Louis Fouché, fondateur du site REINFO COVID et figure de proue des covido-sceptiques.

Bien que le discours tenu sur tout type de médias ne permet pas de confirmer des penchants clairement conspirationnistes, un simple examen des réseaux sociaux des têtes de liste permet de lever le doute. Comme l’ont justement souligné Numerama et Le Parisien, les publications sur les pages Facebook de certains candidats affichent des opinions directement liées à la complosphère. Des articles qui ont justement été mal digérés par la liste qui s’est octroyée sur son site un droit de réponse au Parisien, qualifiant le travail des journalistes de « propagande aux ordres des milliardaires qui les emploient » au service de la « Pensée Unique ».

« Complotiste je suis. Complotiste je serai »

Sur plusieurs profils publics des têtes de liste, les propos conspirationnistes sont beaucoup plus désinhibés. Fabien Clier, candidat en Savoie, affiche sur son compte Facebook une illustration réalisée par ses soins associant un QR code (comprendre, le pass sanitaire) et une étoile jaune.

Source : Facebook, 05/03/2021.

Il indique avoir retiré ses enfants de l’école pour les sortir de « l’endoctrinement de l’Education Nationale » et partage régulièrement les interventions de Louis Fouché (Anne Bolatre-Villain en est également coutumière). Les abonnements et mentions « J’aime » permettent également de se faire une bonne idée de l’univers idéologique des candidats. Sur le compte Facebook de la tête de liste pour la région Occitanie Anthony Le Boursicaud, on retrouve par exemple la page de Christian Perronne, le site Wikistrike, RT France ou BTLV. Sandra Haury, candidate dans la Loire, partage quant à elle aujourd’hui une vidéo de Richard Boutry.

Même son de cloche dans l’Aveyron où la tête de liste, Hector Girault, partage sur son compte Facebook « la Minute de Ricardo », chronique quotidienne de Richard Boutry. Le 7 juin, il écrit :

« Complotiste je suis. Complotiste je serai, tant que certains personnages amèneront à la supercherie des millions de crédules qui leur faisaient confiance. »

La page Facebook du mouvement n’est pas en reste. A côté de publications illustrant les coulisses de campagne des candidats, elle relaie fièrement les soutiens des figures bien connues de la complosphère : Louis Fouché, Francis Lalanne ou Richard Boutry. Le 17 juin, « Union Essentielle » partage une vidéo sur les vaccins affirmant que les Français ne sont que les cobayes de l’industrie pharmaceutique. Les candidats participent également à des événements contre la « dictature sanitaire » comme le 11 juin dernier devant la Gare Saint-Roch à Montpellier.

Une ligne floue, des ambitions claires

La ligne officielle d’« Union Essentielle » se résume facilement : mouvement citoyen spontané et indigné par la gestion sanitaire, favorable à une démocratie directe et soutenu par des idées écologistes. On sent pourtant bien que cette liste a émergé grâce aux réseaux de dénonciation de la « dictature sanitaire ». Si elle souhaite surfer sur cette tendance, elle cherche aussi à modérer son discours face à des médias plus grand public, certainement pour esquiver le procès en conspirationnisme. C’est par des annonces en forme de clin d’œil qu’elle s’adresse à son électorat-cible, comme la proposition de construire des IHU en Auvergne inspiré du modèle marseillais de Didier Raoult. Conscients que leurs chances sont minces, quelques candidats se sont exprimés sur la stratégie à adopter au second tour. C’est le cas de Stéphane Espic, tête de liste en Haute-Savoie, qui envisage de rallier la liste écologiste.

Si l’impact sera faible pour ces élections, l’émergence de listes sensibles aux théories complotistes peut inquiéter, d’autant qu’« Union Essentielle » n’est qu’une des émanations du mouvement covido-sceptique. « France Démocratie Directe » et surtout « Un Nôtre Monde », pourraient obtenir de meilleurs résultats. Et ils ambitionnent déjà des alliances, voire une candidature à la présidentielle… Par chance, Rémy Daillet-Wiedemann a annoncé avant-hier son intention de briguer l’Elysée.

 

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