Rémy Daillet-Wiedemann (capture d’écran YouTube, 16/11/2020).

Rémy Daillet-Wiedemann (1966 – ) est une figure de la complosphère francophone évoluant dans la mouvance antisémite, covido-sceptique et QAnon.

Président de l’association L’école à la maison et responsable du site web éponyme, il est le fils de Jean-Marie Daillet, un député centriste de 1973 à 1993 qui, en novembre 1974, s’était illustré lors du débat sur l’IVG à l’Assemblée nationale (s’adressant à Simone Veil, il l’avait accusée d’accepter de voir des embryons humains « jetés au four crématoire ou remplir des poubelles » ; après coup, il assurera qu’il ignorait le passé de déportée à Auschwitz de la ministre).

Chef de file du MoDem en Haute-Garonne à partir de 2007, Rémy Daillet-Wiedemann en est exclu en 2010 pour avoir enregistré François Bayrou à son insu.

Il évolue alors au sein de la mouvance dite de la « Dissidence ». Proche de Farida Belghoul, la pasionaria des « Journées de retrait de l’école » (JRE), ce père de sept enfants est l’auteur, avec sa compagne, d’un guide intitulé Je fais l’école à la maison (2012), qui prône la scolarisation des enfants à domicile. Selon son site, « l’école est un endroit dangereux : pédos, harceleurs, délinquants, dealers, labos et gouvernement sont les gros vecteurs du mal-être, du suicide, du meurtre, du crime courant. ». Il y propose d’ailleurs des prestations de coaching en visioconférence ainsi que, moyennant 34 euros, des « trucs pour éviter autant que possible tests et vaccins » – en fait, de faux certificats médicaux. On lit :

« On parle ici des tests PCR: avec écouvillon etc. Ce certificat médical vous permet de les éviter. Pour les vaccins, Rémy vous permet de pouvoir présenter l’ordonnance de médecin dument tamponnée, truc de médecine conventionnée classique, pour des vaccins comme celui contre le coronavirus. […] Ces trucs sont un bouclier, ils ne constituent pas une garantie contre des mesures arbitraires, évidemment. Normalement, ça doit suffire. Vous disposerez de certificats médicaux attestant que vous ne pouvez subir ces tests et dans le cas des vaccins que vous avez déjà été vacciné. »

A l’été 2020, il se félicite sur les réseaux sociaux, abrité derrière un pseudonyme, de la vandalisation par des tags négationnistes de la stèle en hommage aux victimes du massacre d’Oradour-sur-Glane.

Le 17 octobre 2020, Rémy Daillet-Wiedemann appelle, dans une vidéo postée sur YouTube, à renverser le gouvernement de la République française – qu’il décrit par ailleurs comme « totalement vendue aux puissances d’argent ». Sa vidéo totalise alors plusieurs centaines de milliers de vues. Son programme en 81 mesures comprend l’arrêt de la vaccination, le désengagement des traités européens, la suspension des amendes et des impôts, la « mise en panne de tous les radars routiers et automatiques » ou encore la « mise en examen immédiate de tous les ministres ayant participé à un gouvernement depuis 1981 ».

Anti-« système », anti-« chemtrails », anti-francs-maçons, anti-avortement, anti-vaccin, anti-masque, anti-5G et anti-confinement, Rémy Daillet-Wiedemann assume sans vergogne un négationnisme qui le conduit à inciter à dégrader les monuments mémoriels de la Seconde Guerre mondiale.

Il fustige sur ses différentes plateformes « l’invasion migratoire », allant jusqu’à affirmer – sans preuve – que « l’immigration était un prétexte à des rafles et des disparitions suspectes, au point que 50 à 60% des enfants de migrants disparaissent. »

Il considère également que la série d’attentats qui a endeuillé la France depuis 2012 sont des mises en scène. « On détourne votre attention avec de faux attentats », explique-t-il, qualifiant le terrorisme de « faux problème ». Selon lui, « la mort du système [doit passer par] la révélation de faux attentats que tous les services connaissent, des politiques secrètes des états, des crimes à foison, autour de dirigeants occidentaux ».

Rémy Daillet-Wiedemann relaie les rumeurs complotistes autour de Bill et Hillary Clinton, évoquant une « liste interminable de morts suspectes » autour d’eux et les accusant même d’avoir « fait tuer des centaines de milliers d’enfants »

Comme le relève le site de BFM TV qui a expertisé les vidéos de Rémy Daillet-Wiedemann, « les États-Unis tiennent une part importante dans ses discours, où il prétend que “Biden et son clan s’apprêtent à déclencher la guerre aux États-Unis.” Ses appels insurrectionnels sont d’ailleurs régulièrement accompagnés de l’acronyme WWG1WGA, soit la devise de QAnon “Where we go one, we go all”, la mouvance largement représentée au sein des insurgés lors de l’invasion du Capitole en janvier dernier. Comme pour les animateurs du réseau QAnon, la révolution imaginée par Rémy Daillet-Wiedemann doit permettre de faire tomber les “organisations secrètes antinationales”, dont le fameux groupe Bilderberg, qu’il présente aussi comme des “bandits mondialistes” et qu’il illustre volontiers avec le symbole de l’œil de la Providence du complot Illuminati. »

Le 22 octobre 2020, il co-anime une conférence en ligne avec l’activiste anti-pédocriminalité Morad El Hattab à l’invitation du vidéaste complotiste Hayssam Hoballah.

Selon lui, « la France est morte » mais « elle va ressusciter », se proposant d’être « l’humble élément déclencheur qui entraînera tout le reste ».

Le 31 octobre 2020, dans la vidéo « Alerte Coup d’État mondial, on ne bouge pas », Rémy Daillet-Wiedemann dénonce un coup d’État dont se rendraient coupables les dirigeants des pays occidentaux : « Trois bataillons seraient en route vers Paris pour renverser le gouvernement. Mais ne vous laissez pas duper », prévient-il.

Quelques jours plus tard, en novembre, il adresse sa première sommation au chef de l’État (« Démissionnez, quittez le pays : vous n’avez plus aucune marge de manœuvre »), suivie d’une seconde, tout aussi loufoque.

Le nom de Rémy Daillet-Wiedemann apparaît également dans l’enquête sur l’attaque d’une gendarmerie commise à Dax (Landes) en novembre 2020 par un homme de 39 ans souffrant de troubles psychiatriques.

Exilé en Malaisie, Daillet-Wiedemann est soupçonné par la justice d’avoir inspiré, voire même financé, l’enlèvement de la petite Mia par un commando improvisé d’hommes issus de la mouvance « ultra-jaune » (ex-Gilets jaunes radicalisés) selon Le Canard enchaîné. Son nom est en effet revenu à plusieurs reprises lors des interrogatoires des ravisseurs de l’enfant, retrouvée dans un squat en Suisse avec sa mère, Lola Montemaggi, le 18 avril 2021. Il fait l’objet depuis ce jour d’un mandat d’arrêt international pour « enlèvement en bande organisée d’une mineure de 15 ans » et « association de malfaiteurs ».

Le 20 avril 2021, Daillet-Wiedemann publie une vidéo de 5 minutes sur son compte YouTube dans laquelle, sans jamais mentionner le prénom de Mia, il affirme :

« Notre organisation rend des enfants, kidnappés par l’État, à des parents, à leur demande. […] Il n’est absolument pas question d’enlèvement. […] Je félicite les Français courageux […] qui retirent des enfants à des réseaux sordides ou à des placements indus sur décision d’une justice qui se trompe beaucoup trop […] je les honore et nous les récupérerons par le droit, ou autrement. […] J’approuve totalement la restitution des enfants à leurs parents légitimes pour autant qu’ils soient de bons parents suffisamment bien traitants et bienveillants. »

Le 21 avril 2021, dans une vidéo avec Mike Borowski, l’ancien animateur du blog d’extrême droite LaGaucheM’aTué, Rémy Daillet-Wiedemann explique que le renversement du Gouvernement n’est plus qu’une question de jours, et qu’il en a d’ailleurs discuté avec Donald Trump et Vladimir Poutine…

Le 29 avril 2021, France Info révèle que Lola Montemaggi, la mère de la petite Mia, a été en contact direct avec Rémy Daillet avant l’opération d’enlèvement de sa fille.

 

(Dernière mise à jour le 30/04/2021)