
Le 7 juillet 2026, la cour d'appel de Paris a rendu sa décision dans l'affaire dite des assistants parlementaires du Rassemblement national, rouvrant la voie à une candidature de Marine Le Pen à la présidentielle de 2027. Didier Maïsto a aussitôt réussi ce tour de force : faire d'une décision de justice favorable à la dirigeante du RN une nouvelle confirmation du complot. Deux jours après l'arrêt, il assure que celle-ci est « évidemment parfaitement en mesure d'être candidate », tout en soutenant que sa présence au second tour pourrait « servir de repoussoir » face à « quelqu'un de l'extrême-centre », dans un scénario profitable à « l'État profond ». Pile, la justice élimine les opposants ; face, elle les maintient en selle pour verrouiller l'élection. Le récit est infalsifiable : tout finit par le confirmer. Toute la méthode Maïsto tient dans ce raisonnement circulaire, aboutissement de quinze années qui ont conduit l'intéressé de la critique des médias, qu'il pratiquait volontiers, à l'adhésion aux thèses les plus extrêmes de la complosphère.
L'homme a eu plusieurs vies : attaché parlementaire de députés RPR, chef d'entreprise, patron du mensuel Lyon Capitale puis de Sud Radio, animateur pour RT France, le média de propagande du Kremlin, écrivain enfin. Publié en 2020 chez Au diable vauvert – maison qui compte à son catalogue l'avocat Juan Branco et l'ex-publicitaire reconverti dans le complotisme Aurélien Poirson-Atlan, alias « Zoé Sagan » –, son livre Passager clandestin promettait de dévoiler « une vérité qui dérangera au plus haut point les puissances et les pouvoirs ». Très actif sur X, où il cumule quelque 165 000 abonnés, Maïsto professe désormais que « nous ne sommes plus en démocratie ». Il en a tiré les conséquences en décembre 2024 sur QG, le média en ligne d'Aude Lancelin : « Moi, je crois beaucoup à la guérilla aujourd'hui, et la guérilla permanente. Et d'une certaine manière, j'intègre, j'assume et je revendique une forme de violence. »
Entendu il y a 10 jours sur QG TV, le média d'Aude Lancelin, cette justification de la violence signée Didier Maïsto (ex-patron de Sud Radio et ex-animateur sur RT France...), au motif que « nous ne sommes plus en démocratie » ⤵️ pic.twitter.com/mcZsPHdbDq
— Conspiracy Watch (@conspiration) December 15, 2024
Il n'a pas, depuis, baissé le ton. Le 18 février 2026, alors qu'un internaute lui reproche d'espérer une insurrection violente, Maïsto ne récuse pas l'horizon du soulèvement. Il corrige seulement le vocabulaire : « Si vous ne savez pas faire la différence entre un soulèvement populaire et un lynchage, c'est que vous faites partie du problème. »
Le soupçon, chez lui, ne date pas d'hier. Au début des années 2010, sa candidature à une fréquence TNT pour son journal est rejetée par le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA). Il en tirera un livre, La TNT, un scandale d'État (2015), où affleure déjà l'esprit complotiste : « La vérité est plus prosaïque : l'appel à candidatures fonctionne à l'envers, et n'est lancé par le CSA que lorsque l'Élysée a donné son aval aux futurs bénéficiaires. » Aucune preuve tangible n'étaye l'affirmation – quelques conversations rapportées, notamment avec Patrick Buisson, rien de probant. Seulement un soupçon, distillé, quant à la sincérité de l'attribution des fréquences.
Le moment Gilets jaunes
Le vrai point de bascule intervient à l'hiver 2018. Une lettre ouverte vaut à Maïsto, alors patron de Sud Radio, une invitation chez Pascal Praud, sur CNews. Ardent soutien des Gilets jaunes, il s'en fait le porte-parole autoproclamé, jusqu'à se compromettre avec la frange la plus extrémiste du mouvement : Jérôme Rodrigues est un « ami solide », Maxime Nicolle, alias « Fly Rider », lui apparaît « intelligent et humain »… De février à juin 2019, il recrute comme chroniqueur sur son antenne le blogueur complotiste Étienne Chouard – lequel put y légitimer « le droit d'être antisémite » sans émouvoir son employeur, avant d'être évincé pour avoir déclaré dans une interview à Denis Robert n'avoir « pas d'avis » sur l'existence des chambres à gaz.
En 2020, la crise sanitaire achève de l'ancrer dans la galaxie complotiste. Soutien de Louis Fouché [archive] et d'Alexandra Henrion-Caude [archive], jugeant « bien fait » le film conspirationniste « Hold-up », dont il dit partager les « interrogations », Maïsto devient l'un des principaux relayeurs de la parole covido-sceptique et des campagnes de cyberharcèlement orchestrées contre les fact-checkeurs par Xavier Azalbert et Idriss Aberkane, deux figures dont il est proche.
>>> Lire, sur Conspiracy Watch : Epstein : la défaite des complotistes ? (09/02/2026)
Le chantre de la liberté appelle au boycott des « médias aux ordres » et menace « tous les politiciens, journalistes, intellectuels et peoples qui soutiennent – ou même justifient » des mesures sanitaires qualifiées par lui de « démentes » : « Sachez que nous aussi nous savons faire des listes. Nous les tenons à jour ». Ces « philosophes, essayistes, éditorialistes, journalistes, vidéastes et commentateurs » incarnent, à l'en croire, l'« État profond », et il rêve tout haut de les voir « traduits en justice » façon Nuremberg 2.0. Cette fièvre inquisitoriale n'épargnera pas le Dr Jérôme Marty, l'un des symboles des médecins menacés de mort durant la pandémie. Quant au complotisme lui-même, Maïsto le définit dans un thread comme « essentiellement le fait de l'État et des médias qui en sont l'extension ».
« J'ai honte d'être Français »
C'est dans cette logique qu'il lance, en septembre 2021, sa WebTV, PDAtv, présentée comme l'antithèse de médias qui seraient à la botte de « l'État profond ». Fin 2021, il annonce la couleur : « Nous avons besoin de combattants, de résistants, pas de pleureuses. 2022 sera la bascule. […] Jusqu'à présent, j'ai enquêté, interviewé, philosophé. Très bien. Mais maintenant je serai UN CHEF DE GUERRE. […] Qui m'aime me suive. » On ne s'étonnera pas d'y retrouver Aude Lancelin, pour qui l'élection d'Emmanuel Macron n'est qu'un « putsch du CAC 40 » – Maïsto la compare à Albert Camus dans son interview inaugurale, le 27 septembre 2021 –, Jean-Claude Bourret, dont les sorties sur le Bilderberg, les Rothschild ou le réchauffement climatique font écho aux obsessions de la complosphère, ou encore Karl Zéro, « sceptique » concernant les attentats du 11 septembre 2001, venu en novembre 2022 y promouvoir « 1 sur 5 », son documentaire sur les violences sexuelles faites aux enfants, dont le traitement reprend à demi-mot la rhétorique de QAnon sur un prétendu réseau pédocriminel élitiste.
Chroniqueur chez Tocsin, média complotiste d'extrême droite, Maïsto ne dédaigne ni les invitations de TV Libertés ou de Radio Courtoisie, ni, tout récemment, celles du think tank poutiniste Dialogue franco-russe, coprésidé par l'eurodéputé RN Thierry Mariani. Le tropisme russe est assumé : « La russophobie galopante existe en France. Elle me choque. Je me mets à la place des Russes. J'ai honte d'être Français », affirmait-il en janvier 2025. Sur Tocsin, le même mois, il relativisait le réchauffement climatique (« très bien, la Terre se réchauffe, mais cela joue à la marge »), les inondations (la faute à l'urbanisation) et les incendies de Californie (une lubie médiatique). Un mois plus tard, nouveau cap : reprenant à son compte le thème du terrorisme fabriqué, il assure que les démocraties occidentales « vont jusqu'à créer des attentats parfois pour maintenir la population dans la peur ».
Cette logique n'épargne pas même le 7-Octobre. Dans un message publié sur X le 16 juin 2025, Didier Maïsto avance l'hypothèse selon laquelle le Premier ministre israélien aurait délibérément « laissé faire le 7 octobre » – près de 1 200 morts – pour se maintenir au pouvoir et se ménager un prétexte pour ravager la bande de Gaza.
Le reste est à l'avenant. L'incendie de Notre-Dame ? Maïsto y voit le signe d'un schéma délibérément occulté visant le « patrimoine catholique », ironisant par avance sur les conclusions de l'enquête. L'Arcom ? « Une annexe du bureau du chef de l'État », la censure des chaînes s'orchestrant selon lui au palais de l'Élysée – une conviction qu'il dit tenir de Patrick Buisson. Nathalie Saint-Cricq, nommée à la tête de la rédaction nationale de France Télévisions, est décrite comme « chargée de la communication de l'Élysée ». Et Emmanuel Macron comme un « guignol » qui « a souillé le drapeau français d'une tache de sang indélébile en faisant éborgner les Gilets Jaunes ».
Confusionnisme
S'il dénonce volontiers les violences policières, c'est pour mieux assimiler le néolibéralisme au fascisme et faire de Macron le représentant d'un « soft fascisme ». Dans la même veine, la social-démocratie serait « un totalitarisme déguisé en progressisme », une « autoroute vers le fascisme », quand il ne lâche pas tout de go : « Je considère que la social-démocratie, c'est l'extrême-droite ». Un confusionnisme bien commode pour qui, drapé dans un antifascisme de façade, cherche à se dédouaner par avance de toute accointance avec l'extrême droite, la vraie.

Reste un dernier étage : la paranoïa. Quelques jours après la mort, le 9 juin 2025, de l'expert en renseignement Éric Denécé – décrétée comme suspecte par toute la complosphère –, Maïsto écrit : « Je suis en parfaite santé physique et intellectuelle. […] Je ne suis pas non plus paranoïaque, mais compte tenu de l'ambiance générale et d'antécédents fâcheux, je le dis à toutes fins utiles. » Un mois plus tard, se disant « très surpris » par les circonstances de la mort du député Olivier Marleix, il se lance dans une diatribe diffamatoire et injurieuse contre Rudy Reichstadt, le directeur de Conspiracy Watch.
Depuis janvier 2026, son univers lexical s'est encore refermé. Le pouvoir est une « pieuvre silencieuse » dont les tentacules encerclent progressivement la société. Emmanuel Macron aurait été « imposé par l'État profond socialiste allié à la finance mondialiste », l'Union européenne serait un « accélérateur de paupérisation et de dictature » et le socialisme, « le cancer de la France. »
Conspirationnisme, confusionnisme, apologie de la violence : en quinze ans, Didier Maïsto aura coché, une à une, toutes les cases.













