Maxime Nicolle, alias Fly Rider : «Je n’ai pas véhiculé de théorie du complot», RT France, 14/12/2018 (capture d’écran).

Cet intérimaire dans les transports, originaire des Côtes d’Armor, administre la page Facebook du mouvement « Fly Rider Infos Blocage ». Créée le 31 octobre, elle affiche (au 13 juin 2019) 173 782 abonnés. Elle se présente comme un « groupe de soutien et d’information sur le blocage national sans durée débutant le 17 novembre ».

Maxime Nicolle (1987 -) dit « Fly Rider » est, avec Priscillia Ludosky et Éric Drouet, l’une des figures les plus influentes du mouvement des Gilets jaunes. Certaines de ses vidéos atteignent près de 800 000 vues.

Il assure être apolitique et ne pas véhiculer de théorie du complot. Son entrée sur la scène médiatique et ses prises de position publiques par la suite plaident cependant pour le contraire.

Le 2 décembre 2018, il annonce dans une vidéo l’arrivée d’un scandale en France qui pourrait tout changer : «  un homme m’a proposé de signer une clause de confidentialité avant de me montrer des documents. […] [J’en] ai vu ce soir qui font de moi le deuxième Coluche [sic]. Ils peuvent faire en sorte qu’on essaie de me tuer. Sur les 30 feuilles que j’ai vu ce soir, si vous en voyez une seule, la troisième guerre mondiale pourrait être déclenchée, en même pas une heure. Et je suis véritablement sérieux ». Maxime Nicolle évoque un certain « Monsieur X », qui assurerait détenir ces informations. Après force effets d’annonce, Monsieur X, de son vrai nom Philippe Argillier, donne une conférence de presse bien confuse trois jours plus tard sans que ne soient dévoilées ses prétendues informations brûlantes. Il évoque en revanche un soi-disant « gouvernement officieux » et « parallèle » qu’il connaîtrait très bien.

Le 8 décembre suivant, Maxime Nicolle récidive dans un registre identique par l’organisation d’une conférence accueillant notamment Étienne Chouard, blogueur et conférencier évoluant depuis des années dans la complosphère d’extrême droite.

L’attaque terroriste de Strasbourg du 11 décembre au soir déclenche une vague complotiste sur les réseaux sociaux, inédite par son ampleur et par son télescopage avec le mouvement des Gilets jaunes : au lendemain de son allocution télévisée, Emmanuel Macron aurait cherché, par le déclenchement d’un attentat, à détourner l’attention des Français pour empêcher l’« Acte 5 » de la mobilisation. Maxime Nicolle se fend immédiatement d’un commentaire expliquant, notamment, qu’ « un mec qui veut faire un attentat vraiment, il attend pas qu’il y ait trois personnes dans la rue le soir à 20h00. Il va en plein milieu des Champs-Élysées quand il y a des millions de personnes et il se fait exploser. Le reste, c’est des effets pour faire peur. »

Le 9 janvier 2019, Maxime Nicolle avance dans une interview à Kombini News que nous sommes dans une « oligarchie ». Il confirme ses positions sur l’attentat de Strasbourg et ne se prive pas de remettre en cause le caractère terroriste des attentats de Nice (14 juillet 2016). Adoptant une posture d’incrédulité systématique et d’ignorance de l’état de l’information, Fly Rider donne en cette occasion sa définition de l’esprit critique : « Si le fait de ne pas avoir de preuve, ça ne me donne pas confiance, et que c’est ça être complotiste, dans ces cas-là, oui, je suis complotiste. Parce que je n’ai aucune confiance en ce que je ne vois pas. »

Dans une note de la Fondation Jean Jaurès, Roman Bornstein rend compte de l’activité de Maxime Nicolle sur les réseaux sociaux, ses likes de vidéos et de photos de Marine Le Pen notamment. Il expose également le fait que le représentant des Gilets jaunes profite d’un Facebook Live (9 janvier) pour dénoncer un prétendu réseau de riches pédophiles protégés par l’État et les médias : « les riches multimilliardaires qui ne sont pas condamnés pour pédophilie, leurs petits réseaux où ils achètent des enfants sur le darknet (…), c’est jugé vite fait, on en parle pas aux médias parce qu’ils payent à mort. Il y a des riches condamnés pour de la pédocriminalité, tout ça en on parle pas. (…) Et le trafic d’humains, le trafic d’organes, le trafic d’enfants, tout ça c’est des trucs qui existent, c’est pas des trucs qu’il y a dans les films. Et qui fait ça ? Qui fait ça ? Bah c’est les gouvernements qui font ça, tranquillement, ou du moins qui laissent passer, on s’en bat les couilles. Regarde, on est en train de vouloir faire des lois pour ficher les manifestants, contrôler plus les réseaux sociaux, par contre le darknet en France il n’y a pas de souci. On peut acheter un rein, acheter un gosse ».

Le 19 février, dans l’émission 28 Minutes sur Arte, son avocat Juan Branco nie le complotisme de son client concernant l’attentat perpétré à Strasbourg. Il prétend que Maxime Nicolle a simplement évoqué « une erreur de gestion de la part de l’État ».

Le jeune Breton complète sa panoplie complotiste au cours de la semaine en livrant son expertise sur « le sionisme », une idéologie « raciste », « un truc à gerber ». Il estime qu’Emmanuel Macron est un « pion » qui a été « mis là pour faire plaisir à ceux qui l’ont fait élire », c’est-à-dire les « lobbys et [s]es petits copains de la franc-maçonnerie ». La vidéo diffusée sur Facebook (21 février) est vue plus de 50 000 fois.

Dans un portrait diffusé par BFM TV (27 février 2019), Maxime Nicolle – suivi alors par 174 000 internautes – explique notamment sa manière de s’informer pour préparer ses interventions : « Je me fie pas aux médias mainstream, je me fie à ce que les gens discutent sur les groupes [Facebook] (…). Donc on essaie de regarder ce qui se diffuse le plus et ce que les gens ont le plus comme questions, et ensuite on essaie d’y répondre ».

Dans une vidéo postée sur Facebook le 24 mars, il annonce doctement :  « Il y a eu plusieurs tentatives d’enlèvements d’enfants sur Paris ces derniers jours, dont quelques-uns qui ont réussi d’ailleurs ».

Le 2 mai, il est en compagnie notamment d’Étienne Chouard  à Londres pour apporter son soutien à Julian Assange. Le fondateur de Wikileaks risque une extradition vers les États-Unis, pour y être jugé pour association de malfaiteurs en vue de commettre un « piratage informatique ».

(Dernière mise à jour : 13/06/2019).