Des gros titres aux petites infos passées inaperçues : ce qu’il fallait retenir de l’actualité des derniers jours en matière de conspirationnisme et de négationnisme (semaine du 19/08/2019 au 25/08/2019).

AFFAIRE STAVISKY. Le 8 janvier 1934, Alexandre Stavisky, alias Serge Alexandre, un affairiste compromis dans une vaste escroquerie à l’épargne publique, est retrouvé par la police agonisant dans un chalet de Chamonix où il vient de se tirer une balle de revolver dans la tête. Il expire peu après. Immédiatement, on se demande à qui la disparition de Stavisky profite. Le Canard enchaîné titre : « Stavisky se suicide d’un coup de revolver qui lui a été tiré à bout portant »Le Populaire – organe de la SFIO – écrit : « La police affirme qu’il s’est suicidé au moment d’être arrêté… Mais cette explication ne trompera personne ». La mort, le mois suivant, du magistrat Albert Prince, qui avait enquêté sur Stavisky, achève de semer le trouble. Retour sur l’affaire avec un texte de l’historien Paul Jankowski publié dans le magazine L’Histoire en février 2001 (source : Conspiracy Watch, 21 août 2019).

STOP HATE MONEY. Une étude du Global Disinformation Index – un organisme à but non lucratif qui observe la propagation de la désinformation sur Internet – révèle que 235 millions de dollars seraient générés chaque année grâce à des annonces diffusées sur des sites web extrémistes et de désinformation. L’enjeu de la propagation de la haine n’est donc pas seulement l’influence idéologique : il est aussi l’animation d’un business très lucratif (source : CNN, 18 août 2019). « Les annonceurs ont longtemps considéré les médias en termes de portée et de fréquence, et ils doivent à présent aussi les considérer avec responsabilité. […] Il est mauvais pour une société de financer la haine et la désinformation », a commenté Matt Rivitz, fondateur de Sleeping Giants, sur CNN le 18 août 2019.

« DEMOCRATIE PARTICIPATIVE ». Le site néo-nazi Démocratie participative était indisponible sur le web lundi 19 août, après ce qui semble être une action menée par l’ICANN (Internet Corporation for Assigned Names and Numbers), l’organisation de régulation des sites Internet basée en Californie. Les animateurs du site ont publié un message à l’attention de leurs lecteurs expliquant avoir été victimes d’une « attaque » de « l’hydre juive » (source : francesoir.fr, 19 août 2019). Toutefois, le site, dont plusieurs éléments indiquent qu’il est animé par le militant antisémite Boris Le Lay, sous le coup d’un mandat d’arrêt international, est redevenu accessible deux jours plus tard.

BAYER. « Empoisonneur professionnel depuis 1863 » : un tract anonyme à charge contre la firme allemande Bayer – qui a racheté en 2016 le géant américain Monsanto, l’un des producteurs du glyphosate sous l’appellation « Roundup » – a été partagé des dizaines de milliers de fois sur les réseaux sociaux ces dernières semaines. Une liste d’actions imputées à l’entreprise vient justifier le titre : « vente d’héroïne », « financement du parti nazi », « trafic d’êtres humains », « sang contaminé », « huile frelatée », « contraceptifs dangereux », « pesticides tueurs d’abeilles », etc. Les Décodeurs du monde.fr se sont penchés sur les contre-vérités de ce tract viral (source : lemonde.fr, 19 août 2019).

LABOUR. Mollie Collins, une membre du parti travailliste qui a présidé la section locale de South Dorset (Royaume-Uni) jusqu’en juillet dernier et qui a aussi représenté le parti au Conseil régional du Sud-Ouest, a été suspendue après avoir partagé sur son profil Facebook une série de posts complotistes, antisémites et négationnistes. Parmi les messages affichés, l’un était intitulé « Comment l’’Holocauste’ a été falsifié » tandis qu’un autre affirmait que les Rothschild étaient responsables du crash de la Malaysia Airlines survenu en mars 2014 (source : The Jewish Chronicle, 19 août 2019).

ALGORITHMES. Les algorithmes sont des écritures informatiques, des procédures systématisées de résolution de problèmes qui suivent une suite de règles strictement définies par ceux qui les conçoivent. Ils orientent nos comportements de consommation, sélectionnent les informations auxquelles nous sommes exposés sur les réseaux sociaux et pèsent sur nombre de décisions économiques et juridiques. Omniprésents dans nos vies, les algorithmes et leurs utilisations ne sont pas sans danger en raison des biais de raisonnements qui les sous-tendent comme l’explique Kenzo Nera, doctorant en psychologie sociale à l’Université Libre de Bruxelles (source : The Conversation, 19 août 2019).

DIEUDONNÉ. Depuis le début de l’été, Dieudonné M’Bala M’Bala fait activement la promotion d’un projet de cryptomonnaie, baptisé « zynecoin ». Les internautes sont incités à acheter des zynecoins à un tarif « promotionnel » de 0,45 dollar, en attendant le lancement officiel de la monnaie et une envolée promise du cours. Dieudonné, condamné en juillet à deux ans de prison pour fraude fiscale, abus de biens sociaux et blanchiment, s’est associé pour ce projet à un entrepreneur, Karim Benabdelkader, sous le coup d’une interdiction de diriger une entreprise en France depuis 2012, après la faillite d’une société qui a laissé une ardoise de 1 million d’euros… (source : lemonde.fr, 20 août 2019, Capital, 20 août 2019).

EPSTEIN. Selon le pasteur Rick Wiles, fondateur du site complotiste à caractère raciste et antisémite TruNews, Jeffrey Epstein, qui s’est suicidé le 10 août dernier, est « bel et bien vivant » : « Il vit dans un autre pays avec un nouveau visage qu’un service de renseignement lui a donné ». On aurait fait au financier américain une greffe de visage, « voire même de tête », explique Rick Wiles qui ajoute : « ça n’est pas une théorie du complot » (source : Twitter/Right Wing Watch, 20 août 2019).

ATTENTATS DE BARCELONE. Les 17 et 18 août 2017, Barcelone et la station balnéaire de Cambrils étaient successivement la cible d’attentats islamistes causant la mort de 16 personnes. Deux ans plus tard, indépendantistes catalans et militants d’extrême gauche accusent l’État espagnol d’avoir utilisé ces attaques pour alimenter la « sale guerre » contre la Catalogne. « Nous exigeons la vérité », était inscrit sur les tee-shirts de plusieurs personnes participant aux cérémonies de commémoration des attentats, à Barcelone, le 17 août 2019, témoignant ainsi de la réalité de ce courant conspirationniste (source : lemonde.fr, 20 août 2019).

4CHAN. De faux comptes Twitter dont les signataires se font passer pour des Juifs et promouvant des théories conspirationnistes ont proliféré après la publication d’un post sur le forum de messagerie en ligne 4chan. L’auteur du post appelait les lecteurs à « créer un mouvement massif de faux profils juifs sur Facebook, Twitter, etc ». Selon le post, le but est d’éviter la censure par les entreprises de réseaux sociaux et de diffuser des théories conspirationnistes sur le soi-disant rôle juif dans le commerce d’esclaves, l’économie globale, les médias de masse et l’industrie de la pornographie (source : The Times of Israel, 21 août 2019).

BIELEFELD. Une blague vieille de 25 ans assure que la ville de Bielefeld ne serait qu’une invention issue d’une conspiration. Le Mossad, la CIA, une sombre organisation baptisée SIE (« Ils », en allemand), ou encore les extraterrestres sont également mentionnés dans l’édification de ce prétendu complot. Décidé à mettre fin au « complot de Bielefeld », le maire, Pit Clausen, et une société spécialisée dans l’événementiel, ont annoncé qu’un million d’euros sera offert à toute personne capable d’apporter, d’ici le 4 septembre prochain, une « preuve irréfutable » de la « non-existence » de la ville (source : Le Point, 22 août 2019).

AMAZONIE. Jaïr Bolsonaro, le président du Brésil, a soupçonné les ONG d’être à l’origine des incendies qui ravagent la forêt amazonienne, « parce qu’elles perdent de l’argent ». « Pour quelle intention ? Jeter le trouble au Brésil » a-t-il ajouté (source : Le Figaro, 23 août 2019).

HONG KONG. Inquiet des manifestations à Hongkong, Pékin essaie de contrôler les médias internationaux basés en Chine. Le ministère chinois des Affaires étrangères a récemment convoqué les correspondants étrangers pour leur remettre une lettre et des documents en forme d’injonction : on y lit que les manifestants, loin d’être pacifiques, ont « sérieusement miné l’État de droit et l’ordre social ». Plus grave, ils seraient manipulés par les « mains noires » de l’Occident, en particulier les États-Unis. Une rhétorique bien connue qui fait écho au thème des « révolutions de couleurs », cette théorie du complot qui veut que tous les mouvements populaires pro-démocratie qui apparaissent dans le monde soient en réalité des coups d’Etat déguisés orchestrés de bout en bout par Washington (source : asialyst.com, 25 août 2019).