PROTOCOLES DES SAGES DE SION. Le 7 février 2019, le quotidien jordanien Ad-Dustour a fait paraître un article d'Awwad Al-Saqr, brodant sur Les Protocoles des Sages de Sion. Il y est dit que le document a été rédigé par les dirigeants du mouvement sioniste, qu'ils y ont exposé des plans stratégiques pour dominer le monde : Israël appliquerait à la lettre ces derniers en semant le chaos, les guerres et la corruption et en faisant passer toute critique pour de l'antisémitisme. Le journaliste justifie ainsi l'évocation du célèbre faux : « J'ai éprouvé le besoin de présenter ces Protocoles sataniques, afin que nous, [tant] les dirigeants que les citoyens, puissions tirer des leçons et prendre conscience de la profondeur de la ruse et de l'hostilité de nos ennemis sionistes et [l'étendue de leurs] intrigues. » (source : MEMRI, 5 mai 2019).
JUSTICE. Condamné à un an de prison ferme, le militant d'extrême droite Alain Soral a pu éviter l'incarcération immédiate en raison d'un appel du parquet à l'encontre du mandat d'arrêt qui avait été délivré contre lui. Plusieurs personnalités, dont les présidents de la LICRA, du MRAP, de SOS Racisme, de « J'accuse ! » et de l'UEJF, ont protesté dans une tribune contre ce qu'ils appellent un « Munich judiciaire », soulignant le fait que la justice contre les professionnels de la haine est devenue « paralytique ». Les signataires y voient un piège dans lequel serait tombé le parquet : « faire accroire l'idée que le racisme et l'antisémitisme seraient des délits politiques et des délits d'opinion » (source : L'Obs, 6 mai 2019).
Rémy Heitz, procureur de la République de Paris, a répondu à cette tribune en indiquant que le Parquet était à l'origine des poursuites engagées, qu'il a requis la condamnation d'Alain Soral à une peine de prison ferme et qu'il n'a pas interjeté appel de la peine prononcée par le tribunal, mais seulement du mandat d'arrêt. Il rappelle que le code de procédure pénale permet au tribunal de décerner des mandats d'arrêt « s'il s'agit d'un délit de droit commun ou d'un délit d'ordre militaire ». Or, le polémiste antisémite a, dans cette affaire, été condamné en tant qu'éditeur « pour une infraction prévue et réprimée par l'article 24 bis de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse » (source : L'Obs, 7 mai 2019).
On relira à ce sujet les impressions d'audience de Marc Knobel, président de l'association antiraciste J'accuse !, lors d'une comparution antérieure du même Soral, le 14 mars 2018. Des impressions soulignant à quel point le prétoire est devenu une tribune idéologique pour le polémiste (source : Conspiracy Watch, 15 mars 2018). Comme pour mieux convaincre encore de cette réalité, une photographie du prévenu effectuant le geste antisémite de la « quenelle » devant le TGI de Colmar a circulé sur les réseaux sociaux. Une enquête pénale a été ouverte par le parquet de Colmar (source : Le Monde, 11 mai 2019).
Enfin, le 9 mai 2019, la cour d'appel de Paris a relaxé le dessinateur Pascal Fernandez dit « Zéon » et Alain Soral, pour des caricatures antisémites publiées sur le site Égalité & Réconciliation : la cour a estimé que ces dessins ne contenaient pas l'« exhortation explicite » ou « implicite » à la haine nécessaires, selon un arrêt du 7 juin 2017 de la Cour de cassation, pour caractériser le délit de provocation à la haine raciale (source : BFMTV, 9 mai 2019). « Sensibiliser les magistrats, par le biais de formations dédiées, à la lecture de la prose et des images racistes et antisémites », est ainsi l'une des préconisations du rapport sur le complotisme en 2018 publié par l'Observatoire du conspirationnisme.











