Des gros titres aux petites infos passées inaperçues : ce qu’il fallait retenir de l’actualité des derniers jours en matière de conspirationnisme et de négationnisme (semaine du 07/01/2019 au 13/01/2019).

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« GENDARMES ÉTRANGERS ». La photographie d’un CRS arborant des insignes inconnus a circulé, donnant lieu à la rumeur selon laquelle la Force de gendarmerie européenne (FGE ou « EuroGendFor »), une force opérationnelle créée en 2004, serait à l’œuvre pour réprimer les manifestations actuelles. Checknews.fr montre à ce sujet comment un cliché pris en mai 2018 en marge d’une manifestation étudiante, a pu être détourné pour accréditer cette infox (source : checknews.fr, 7 janvier 2019).

FLY RIDER. Figure emblématique des Gilets jaunes, Maxime Nicolle a remis en cause le caractère terroriste des attentats de Nice (16 juillet 2016) et de Strasbourg (11 décembre 2018), dans une interview à Kombini News qui a provoqué un véritable tollé. Dans une posture d’incrédulité systématique et d’ignorance de l’état de l’information, « Fly Rider » a donné en cette occasion sa définition de l’esprit critique : « Si le fait de ne pas avoir de preuve, ça ne me donne pas confiance, et que c’est ça être complotiste, dans ces cas-là, oui, je suis complotiste. Parce que je n’ai aucune confiance en ce que je ne vois pas. » (source : lepoint.fr, 11 janvier 2019).

RADICALITÉS. On lira la tribune dans Libération du politiste Jean-Yves Camus, directeur de l’Observatoire des radicalités politiques de la Fondation Jean-Jaurès, s’interrogeant sur la place de l’extrême droite chez les Gilets jaunes et pointant l’impact, plus large que prévu, de la « galaxie soralienne » sur internet (source : Libération, 8 janvier 2019).

ANTISÉMITISME (LECTURE). Signalons la parution du dernier livre du rabbin Delphine Horvilleur, Réflexions sur la question antisémite (Grasset, 2019), qui explore la question de l’antisémitisme telle qu’elle est perçue par les textes sacrés, la tradition rabbinique et les légendes juives. À l’occasion de cette parution, Delphine Horvilleur répond aux questions de Libération. Elle rappelle notamment qu’« être juif échappe à toute définition stable. Pour certains, c’est affaire de filiation, pour d’autres de langage, de pratiques, de croyance ou d’appartenance à un peuple. Avec les crispations identitaires actuelles, grandit la croyance qu’il n’y a qu’une seule façon correcte d’être soi et que l’identité est monolithique » (source : Libération, 8 janvier 2019).

CHRISTOPHE BOURSEILLER. « Le conspirationnisme, je l’ai découvert personnellement, véritablement, en tant que phénomène, au tout début des années 80 parce que je m’intéressais énormément à l’extrémisme américain. […] Et ce qui m’a frappé, c’était le fait qu’il y avait des complotistes d’extrême-droite, mais il y avait aussi toute une mouvance complotiste d’extrême-gauche ! » explique l’écrivain Christophe Bourseiller dans l’entretien qu’il a accordé à Conspiracy Watch. Pour l’auteur de C’est un complot ! Voyage dans la tête des conspirationnistes (J.-C. Lattès, 2016), « le complotisme est l’un des symptômes de l’extrémisation de la société. » (source : Conspiracy Watch, 8 janvier 2019).

L’ÂGE DE LA DÉSINFORMATION. Une étude menée par trois chercheurs en science politique, publiée le 9 janvier dans Science Advances, apporte un nouvel éclairage sur les personnes qui diffusent de fausses informations sur Facebook. L’enquête pointe, entre autres conclusions, la propension des personnes âgées de plus de 65 ans à partager de fausses informations (deux fois plus que les personnes plus jeunes), et ce, quels que soient le niveau d’études et le positionnement politique. Il apparaît ainsi que l’éducation aux médias ne doit pas être réservée qu’aux seules jeunes générations… (source : lemonde.fr, 9 janvier 2019).

ATTENTATS DE JANVIER 2015. Rappelons à l’occasion du quatrième anniversaire des attentats de Charlie Hebdo et de l’Hypercacher de la Porte de Vincennes, que Michel Catalano, imprimeur à Dammartin-en-Goële (Seine-et-Marne) pris en otage par les frères Kouachi, le 9 janvier 2015, a témoigné de sa confrontation aux théories du complot dans le documentaire Complotisme, les alibis de la terreur (2018) : « J’ai été étonné parce que c’est la première fois que cette théorie en tout cas pouvait me traverser l’esprit, c’est-à-dire que je me suis rendu compte qu’effectivement il y a la possibilité que des gens imaginent que c’était pas vrai ce qui m’était arrivé en fait, […] que finalement tout cela est un montage. »

ROTHSCHILD. Non, l’économie russe n’est pas « en plein essor après l’interdiction des banques Rothschild par Poutine », pour la simple et bonne raison que la Russie n’a jamais interdit les « banques » en question – l’établissement « Rothschild & Co » en l’occurrence –  dont les activités sont surtout de conseil. L’infox a pourtant été partagée des milliers de fois sur des groupes Facebook de Gilets jaunes, démontrant une fois de plus la propension des partisans du mouvement à accepter ce type de thèse (source : AFP Factuel, 9 janvier 2019). Lors de « l’Acte IX » du mouvement des Gilets jaunes, samedi 12 janvier 2019, le nom de Rothschild est apparu sur une affiche à Bourges ainsi qu’au dos du gilet d’un manifestant à Rouen. Un nom qui cristallise les fantasmes antisémites depuis le XIXème siècle

POST-VÉRITÉ. La « post-vérité » n’est pas un simple concept à la mode : elle est « l’essence de notre époque », affirme le philosophe italien Maurizio Ferraris dans un essai à paraître au PUF en ce mois de janvier 2019. Nous sommes passés, sous l’impulsion d’Internet, de l’âge des médias, c’est-à-dire de la communication verticale, à la « dynamique du grand-nombre-vers-le-grand-nombre » qui caractérise l’âge « documédial », où nos « documents » (l’ensemble des informations vraies ou fausses, émotions, traces, mémoires, images, données… que nous faisons circuler) se médiatisent à travers nos milliards d’échanges numériques quotidiens. Il faut donc, selon le philosophe, en prendre acte et renouer, malgré tout, avec le réel (source : lemonde.fr, 10 janvier 2019).

PROCÈS NEMMOUCHE. Le procès de Mehdi Nemmouche s’est ouvert à Bruxelles le 10 janvier 2019. Le Français est le principal accusé de l’attentat du Musée juif de Belgique qui avait fait quatre morts, le 24 mai 2014. Nemmouche a choisi pour avocats Sebastien Courtoy et Henri Laquay, conseils de Dieudonné et amateurs de « quenelles », comme l’a montré une photographie réapparue sur les réseaux sociaux. Les deux hommes « comptent expliquer que leur client a été victime d’un complot des services secrets israéliens, en demandant l’audition (refusée) d’anciens du Mossad et de l’ambassadeur d’Israël ». La défense serait ainsi dans la droite ligne des théories du complot qui ont fleuri après l’attentat. Si les avocats s’y tenaient effectivement, il s’agirait d’une première dans un procès terroriste, comme le souligne Nicolas Hénin, journaliste et ancien otage (source : nouvelobs.com, 10 janvier 2019 ; 20 Minutes, 10 janvier 2019).

SONDAGE D’OPINION. L’étude Conspiracy and Democracy conduite dans neuf pays par l’université de Cambridge révèle la poussée des idées complotistes, particulièrement sur l’immigration. Interrogé par L’Obs, dans son dossier consacré au « cancer des fake news » (ci-contre), le co-auteur de  l’étude, Hugo Leal, chercheur et spécialiste de la désinformation, décrypte le cas français et l’enjeu européen. L’universitaire explique à quel point, en quelques années, de marginales, les théories du complot sont devenues une tendance « mainstream », rejoignant en cela le constat posé par Conspiracy Watch et la Fondation Jean-Jaurès l’année dernière : « On les a souvent liées à l’ignorance d’une partie de la population peu éduquée. C’est une erreur. Seuls les ultradiplômés et ceux qui n’ont fait aucune étude ET n’ont pas ou peu accès aux réseaux sociaux y sont imperméables. » (source : nouvelobs.com, 10 janvier 2019).

NORDPRESSE. Vincent Flibustier continue d’exploiter la veine de l’infox sous couvert de média satirique. Dernière « blague » conçue par son site, Nordpresse, la mise en ligne du site campdeconcentration.com (sic). L’occasion de relire ce que checknews.fr et Conspiracy Watch écrivaient à son sujet (source : checknews.fr, 14 septembre 2018 ; Conspiracy Watch, 16 novembre 2018).

« JOURNALISTE GILET JAUNE ». Prétendument paparazzi de son état, Marc Rylewski est l’auteur de captations vidéo, saisies au débotté, sur la voie publique. Bernard Tapie, le secrétaire d’État chargé du Numérique Mounir Mahjoubi ou encore les journalistes Thomas Sotto et Jean-Michel Apathie en ont fait les frais ces derniers jours. Difficile de qualifier d’interviews journalistiques ces agressions verbales de personnalités filmées à leur insu par un individu ne cherchant ni à écouter, ni à comprendre, mais à asséner des infoxs et à insulter, dans une tonalité antisémite et complotiste. Celui qui se présente comme un « gilet jaune » ou un « journaliste de rue » regrette que le geste de la quenelle soit assimilé à un geste antisémite (source : nouvelobs.com, 11 janvier 2019). On écoutera le retour d’expérience de Jean-Michel Apathie, au sujet de cet incident, dans l’émission C à vous. Le journaliste y déplore la défiance croissante envers les journalistes et son écho chez les leaders du mouvement des Gilets jaunes (source : Twitter , 10 janvier 2019).

EXPLOSION DE LA RUE DE TRÉVISE. Une forte explosion est survenue le samedi 12 janvier au matin dans une boulangerie du IXe arrondissement. Les pompiers intervenaient sur une fuite de gaz quand la déflagration s’est produite. À ce jour, quatre morts sont à déplorer : deux pompiers, une touriste espagnole et, vraisemblablement, une habitante de l’immeuble (source : lci.fr , 13 janvier 2019). Le fait divers concordant avec « l’Acte IX » du mouvement des Gilets jaunes, les commentaires ont été nombreux, sur les réseaux sociaux, pour dénoncer une étrange coïncidence et mettre en accusation « le capital » ou le gouvernement… (source : L’Obs, 12 janvier 2019).