Des gros titres aux petites infos passées inaperçues : ce qu’il fallait retenir de l’actualité des derniers jours en matière de conspirationnisme et de négationnisme (semaine du 07/10/2019 au 13/10/2019).

FLY RIDER. Aujourd’hui chroniqueur du média “QG”, fondé par Aude Lancelin, Maxime Nicolle publiera prochainement Fly Rider, gilet jaune (éd. Au Diable Vauvert). Un livre préfacé par son avocat Juan Branco et dans lequel celui qui s’est illustré depuis le début du mouvement des Gilets jaunes par ses nombreuses prises de position complotistes entend répondre à ses détracteurs (source : Conspiracy Watch, 12 octobre 2019).

 

FAUX CAMP DE LA MORT. D’après le journal israélien Haaretz, un article publié sur Wikipedia décrivant un camp de la mort nazi situé à Varsovie et dans lequel un grand nombre de Polonais auraient été gazés était rempli d’inexactitudes et pourrait avoir été le hoax le plus ancien de l’encyclopédie en ligne avant que l’article ne soit réécrit au mois d’août dernier. D’après l’article traduit en douze langues, « le camp de concentration de Varsovie » comportait des chambres à gaz et 200 000 personnes y auraient péri. Deux informations infondées mais qui sont restées sur la page en anglais de Wikipedia pendant les quinze dernières années et ont alimenté des centaines d’autres pages. Cette désinformation fait partie des manœuvres d’une mouvance nationaliste polonaise visant à exonérer la Pologne de toute responsabilité quant à la mise en oeuvre de la Shoah et à dépeindre les Polonais uniquement comme des victimes des persécutions nazies (source : The Times of Israël, 6 octobre 2019).

DONALD TRUMP. Les stéréotypes antisémites et la rhétorique complotiste véhiculés par Donald Trump et ses fils sont l’envers d’une judéophilie des plus ambiguës. L’antisémitisme de Donald Trump présente au moins trois dimensions – tactique, racialiste et opportuniste – qu’analyse Maurice Ronai pour Conspiracy Watch en revenant sur un certain nombre de messages diffusés par le président américain et ses proches depuis la campagne présidentielle de 2016. Dans The Forward, le journaliste Peter Beinart estime que cette rhétorique antisémite va s’intensifier, parce que « Trump pense en termes de stéréotypes » et parce que son plus grand adversaire du moment, Adam Schiff, président de la commission du Renseignement de la Chambre des représentants, en première ligne dans l’enquête visant à le destituer, est d’origine juive (source : Conspiracy Watch, 7 octobre 2019).

ATTENTAT DE LA PRÉFECTURE DE POLICE. Le 7 octobre 2019, quatre jours après la tuerie de la préfecture de police qui a fait quatre morts et deux blessés parmi les employés, le militant associatif d’Aulnay-sous-Bois Hadama Traoré, fondateur du mouvement La Révolution est en marche, a appelé à manifester pour « rétablir la vérité » sur Mickaël Harpon, l’auteur de l’attaque, propriétaire d’une clé USB sur laquelle a été retrouvée des milliers de documents, dont des vidéos de décapitations de l’État islamique ainsi que les données personnelles de plusieurs dizaines de ses collègues (source : Le Parisien, 9 octobre 2019). Placé en garde à vue le mercredi 9 octobre, Traoré a été libéré le lendemain. L’enquête le concernant se poursuit.

CARLO GINZBURG ET LA VÉRITÉ EN HISTOIRE. Invité des Rendez-vous de l’histoire de Blois, l’historien italien Carlo Ginzburg est l’un des fondateurs de la microhistoire. Dans une interview à Libération, il revient sur son parcours, son œuvre et son engagement. « Je pense qu’il faut accepter l’ignorance. Il faut partir de là. Si l’on accepte l’ignorance comme point de départ, on peut apprendre quelque chose », explique celui pour qui « il y a toujours en histoire cette possibilité de l’inattendu. » En lutte contre le néoscepticisme, Ginzburg évoque notamment l’enjeu de vérité en histoire et sa dimension des plus actuelles : « Je me rappelle que j’étais à Yale, il y a peut-être trente ans, dans un colloque et quand j’ai prononcé le mot “vérité, sans guillemets”, tout le monde s’est esclaffé. A l’époque, c’était un geste automatique aux Etats-Unis, d’accompagner vérité du signe des guillemets. Mais la question de la vérité, et celle de la preuve, deviennent, aujourd’hui plus que jamais, incontournables » (source : liberation.fr, 10 octobre 2019).

ATTENTAT DE HALLE. L’auteur de l’attaque contre une synagogue et un restaurant turc de Halle (Allemagne), qui a fait deux morts et deux blessés le 9 octobre 2019, a avoué la motivation antisémite de son acte. Au début de la vidéo de la fusillade qu’il a enregistrée, le tueur, Stephan Balliet, déclare que « l’Holocauste n’a jamais existé », que « le féminisme est la cause du déclin de l’Occident » et que « les juifs sont à l’origine de tous les problèmes » (source : lemonde.fr, 10 octobre 2019).

ROUEN, FABRIQUE DES COMPLOTS. L’incendie de l’usine Lubrizol de Rouen révèle un trait distinctif des théories du complot : leur capacité à infecter nos cerveaux en situation de grande incertitude. « Quelle attitude adopter pour faire preuve d’esprit critique sans verser dans la paranoïa ? », questionne le journaliste Sébastien Bohler, rappelant que dans l’incertitude, l’homme opte depuis des millénaires pour le scénario le plus inquiétant. « Il faut aller contre ce penchant, explique-t-il, et exiger la transparence tout en admettant que certaines données sont longues à obtenir, comme les résultats d’analyses chimiques ou toxicologiques. Savoir “geler” sa pensée en attendant de disposer d’éléments factuels, voilà sans doute un des nouveaux défis cognitifs que pose notre époque » (source : Cerveau et Psycho, 11 octobre 2019).