Des gros titres aux petites infos passées inaperçues : ce qu’il fallait retenir de l’actualité des derniers jours en matière de conspirationnisme et de négationnisme (semaine du 27/04/2020 au 03/05/2020).

La Pandémie par-delà les peurs, de Pierre-André Taguieff (éd. de l’Observatoire, 2020).

LECTURE. Le politologue Pierre-André Taguieff vient de publier La Pandémie par-delà les peurs : réinventer l’Etat-nation ?, livre numérique aux Éditions de l’Observatoire, qui tire un bilan important sur la crise que nous vivons et esquisse des pistes pour la suite, à travers la démondialisation. On lira les bonnes feuilles, qui jettent un éclairage cru sur le succès des visions complotistes en cette période troublée, sur le site de Conspiracy Watch et une interview de l’auteur dans Marianne.

PRIX NOBEL. Le professeur Luc Montagnier, en cautionnant les thèses complotistes sur l’origine du coronavirus, a rappelé qu’un prix Nobel n’était pas le signe d’une clairvoyance à toutes épreuves. Au cours du XXe siècle, il est arrivé à plusieurs lauréats de cette prestigieuse distinction d’apporter par ailleurs leur adhésion à des théories délirantes voire criminelles (source : Charlie Hebdo, 28 avril 2020).

MÉCANIQUES DU COMPLOTISME. Volé dans un laboratoire canadien par des espions chinois, conçu volontairement par malveillance, le coronavirus à l’origine du Covid-19 serait même lié à l’apparition de la 5G… autant de rumeurs et d’infox qui pullulent sur les réseaux sociaux autour de cette pandémie. C’est la nouvelle saison de la série mise en ligne par France Culture sur les mécanismes de construction et de propagation de complots imaginaires manipulés par les pouvoirs ou agités dans l’ombre. Ou comment une théorie complotiste peut devenir un phénomène culturel (source : Conspiracy Watch, 29 avril 2020). L’ensemble des épisodes des différentes saisons de cette série peut être (ré-)écouté en podcasts sur le site de France Culture .

EXTRÉMISME EN LIGNE. Dans un rapport publié mercredi 29 avril 2020 et intitulé « From #CoronaVirusCoverUp to #NukeChina », Moonshot CVE, une entreprise sociale britannique spécialisée dans l’analyse de l’extrémisme en ligne, montre que la pandémie de Covid-19 a entraîné une hausse significative du sentiment anti-chinois et que les théories du complot ont également été utilisées pour véhiculer des stéréotypes antisémites. Sur 676 millions de tweets postés entre le 21 février et le 17 avril 2020, près de 200 000 contiennent ainsi des discours haineux, conspirationnistes ou incitant à la violence. La majorité d’entre eux étaient anti-chinois et utilisaient des hashtags populaires tels que #CCPVirus, #ChinaLiedPeopleDied, #CoronaVirusCoverUp ou encore #DeepStateVirus (allusion à un prétendu « Deep State » ou « État profond ») (source : Conspiracy Watch, 30 avril 2020).

FACEBOOK. La lutte contre la désinformation reste une problématique majeure pour Facebook. Si le réseau social a déployé d’importants moyens de modération depuis le début de la pandémie et multiplie les initiatives pour mettre en valeur les informations sanitaires faisant autorité, supprimer l’intégralité des fake news circulant sur un réseau aussi tentaculaire relève de l’impossible. Une étude publiée jeudi dernier par la société américaine NewsGuard met le doigt sur certains de ces « trous dans la raquette », en se penchant spécifiquement sur les contenus francophones (source : Le Figaro, 30 avril 2020).

MICHEL ONFRAY. Auteur prolifique, le philosophe Michel Onfray bénéficie à chaque parution d’ouvrage d’une large couverture médiatique, ce qui ne l’empêche pas de vouer la presse aux gémonies. « La presse n’est pas libre, ne l’a jamais été et ne le sera jamais », proclame-t-il ainsi, estimant qu’elle travaillerait consciemment, délibérément, dans son ensemble, à « la propagande de l’idéologie dominante », celle d’une « Europe libérale » qui aurait dépecé le peuple, au premier rang duquel les plus fragiles, dont Onfray s’improvise en quelque sorte le porte-parole. « À force de s’approcher de trop près des marécages conspirationnistes, le philosophe a fini par y plonger tête baissée », estime Haoues Seniguer dans une tribune pour Conspiracy Watch (source : Conspiracy Watch, 28 avril 2020). Le 1er mai, le professeur Didier Raoult a annoncé qu’il rejoignait l’équipe de Front Populaire, la revue de Michel Onfray.

#STOPCONFINEMENT. Aux États-Unis, ils sont quelques centaines à manifester contre le confinement, à pied ou en voiture, dans près d’une quinzaine d’Etats. Ils brandissent des affiches pro-Trump, réclament la « liberté de tomber malade », haïssent la science et les journalistes. Et quand des soignants leur barrent la route, ils les prennent pour des acteurs. En Allemagne, le 25 avril dernier, ils étaient un millier, issus de l’extrême droite mais aussi de l’ultra gauche, à scander les mêmes slogans. On lira l’enquête de L’Express au sujet d’un mouvement qui a échoué, en France, à dépasser les réseaux sociaux (source : L’Express, 30 avril 2020).

TARIQ RAMADAN. Jeudi 30 avril 2020, un nouvel « appel international pour le Professeur Tariq Ramadan », adressé à la ministre de la Justice Nicole Belloubet, a été mis en ligne sur un blog de Mediapart, signé par de nombreux universitaires tels que François Burgat, Ramón Grosfoguel ou Charles Taylor. Dans une tribune publiée par Conspiracy Watch, Pierre-André Taguieff y voit une consécration académique du complotisme antisioniste : « Pour ses défenseurs indignés, l’accusé Ramadan, parce qu’il est musulman, ne peut qu’être la victime d’une manipulation odieuse, au sein d’une société qui serait intrinsèquement islamophobe. La rhétorique de l’indignation et la mythologie victimaire constituent les deux piliers de l’antisionisme radical contemporain, qui avance sous les couleurs de l’antiracisme, celle d’un antiracisme dévoyé » (source : Conspiracy Watch, 3 mai 2020).

ENTRETIEN. L’épidémie de Covid-19 a confirmé que le conspirationnisme était lui aussi très contagieux, et n’épargnait ni les responsables politiques ni les intellectuels. Directeur de Conspiracy Watch, Rudy Reichstadt déconstruit ces discours fallacieux dans un long entretien accordé à L’Express.