Conspiracy Watch : les faits contre le complotisme

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Au procès de la mère de la « petite Mia », un réquisitoire contre l'ASE

Publié le 18 septembre 2026 par 
Victor Mottin
Temps de lecture
7 min de lecture

Jugée aux côtés de Rémy Daillet pour l'enlèvement de sa fille en 2021, Lola Montemaggi n'a exprimé aucun regret à la barre, réservant ses critiques à l'Aide sociale à l'enfance.


  En bref 

Lola Montemaggi au Tribunal judiciaire de Paris le 15 septembre 2026 (crédit : Simon Wohlfahrt/AFP).

« Mia Montemaggi, fillette de 8 ans, de type européen, mesurant 1m30, yeux bruns, cheveux longs et bruns avec une frange, porteuse de petites boucles d'oreilles en or avec un dessin rouge, habillée d'un pantalon noir… » En ce mois d'avril 2021, le bandeau criard encadré par le logo du Ministère de la Justice, caractéristique des « alertes enlèvement », passe en boucle dans les médias. Trois hommes liés au réseau du gourou complotiste Rémy Daillet-Wiedemann viennent de kidnapper Mia, placée depuis quelques mois par les services de protection de l'enfance chez sa grand-mère, dans les Vosges. « La fillette pourrait être accompagnée de sa mère, Lola Montemaggi, qui n'a pas le droit de la voir seule, âgée de 28 ans, 1m70, très mince, cheveux châtains clairs mi-long, deux tatouages “étoiles” à l'intérieur d'un poignet… » L'enfant et sa mère, suspectée d'avoir organisé l'enlèvement, sont finalement retrouvées dans un squat, en Suisse.

Cinq ans plus tard, c'est une frêle silhouette, percluse de douleurs et très anxieuse, qui se présente à la barre du Tribunal de Paris, visiblement décidée à rétablir sa « vérité » face à tous les « mensonges » colportés à son encontre. Poursuivie pour « complicité de séquestration et soustraction d'un mineur par ascendant », elle est jugée du 15 septembre au 9 octobre aux côtés de Rémy Daillet et de treize autres prévenus. Elle encourt une peine de cinq ans d'emprisonnement et 75 000 euros d'amende.

« On veut me faire passer pour folle ! »

Si l'affaire a fait grand bruit à l'époque, c'est en partie à cause du « profil » de Lola Montemaggi. « Jusqu'à mes 26 ans, j'avais une vie très classique. Je ne me posais aucune question. J'allais chez l'esthéticienne, chez le coiffeur. Je ne m'occupais pas de la politique. Puis je suis tombé malade et j'ai frôlé la mort » retrace la mère de famille, qui précise avoir perdu son travail puis passé « six mois alitée à souffrir ». En parallèle, celle qui se décrit elle même comme « très naïve » et « sensible à l'injustice » s'engouffre « dans le vortex des Gilets jaunes ». Un moment qui coïncide, selon ses proches, avec sa bascule dans une spirale complotiste.

Un message publié sur Facebook par Lola Montemaggi, le 21 avril 2020. (Source : franceinfo)

Lola Montemaggi déscolarise sa fille et refuse l'enseignement à distance par tablette électronique à cause des « ondes », voit dans le Covid-19 un plan pour instaurer un « nouvel ordre mondial », dénonce la 5G, le « satanisme », les « réseaux pédocriminels »... « L'idéologie QAnon, ça vous parle ?, lui demande le Président. On a retrouvé sur votre téléphone des éléments sur les enlèvements d'enfants, sur l'adrénochrome... » La prévenue assure ne pas connaître le mouvement crypto-sectaire américain. Et lance, à l'adresse du Tribunal – et surtout de la presse : « On veut me faire passer pour une folle parce que je suis complotiste ! »

Fin 2020, le parquet d'Epinal décide du placement provisoire de Mia chez sa grand-mère. La décision est motivée par « les accès suicidaires » de la mère mais aussi par son refus « de faire vacciner » et « suivre médicalement » la fillette. Pour Lola Montemaggi, convaincue qu'elle ne pourra pas récupérer la garde de sa fille de manière légale, c'est la goutte de trop : « J'ai compris que la solution, c'était de prendre ma fille et de partir dans un pays lointain qui n'a pas d'accord d'extradition avec la France. »

L'ASE dans le viseur

Par l'intermédiaire du canal Telegram One Nation, animée par Alice Pazalmar − qui évolue dans la mouvance dite des « êtres souverains » – elle entre en contact avec le groupe de Rémy Daillet.

Soupçonné d'être à la tête d'un groupuscule violent d'extrême droite, complotiste invétéré, l'homme est accusé d'avoir fomenté un coup d'État et projeté des actions violentes contre des antennes 5G, des centres de vaccination ou des personnalités juives. Daillet est aussi un fervent partisan de « l'école à la maison ». Depuis la Malaisie, où il s'est exilé en 2015, l'homme développe une plateforme payante pour expliquer aux parents comment sortir leurs enfants du « Système » ou contourner les placements « abusifs » à l'Aide sociale à l'enfance (ASE). C'est lui qui planifie, à distance, le rapt de Mia. C'est encore lui qui participe, avec d'autres influenceurs complotistes, à entretenir la confusion entre les défaillances réelles et graves des services de protection de l'enfance et l'idée qu'il existerait un vaste complot des élites pour enlever et exploiter sexuellement des enfants.

>>> Lire aussi, sur Conspiracy Watch : Comment les complotistes capitalisent sur le thème de la protection de l'enfance (25/09/2020)

Une méprise qui transparaît clairement dans les propos de Lola Montemaggi. À plusieurs reprises, la trentenaire explique s'être « vraiment informée sur la pédocriminalité » et les « réseaux ». « J'ai découvert l'inimaginable, martèle-t-elle. Trafics d'enfants, viols, business, prostitution... » Dans son viseur, l'ASE et les services de protection de l'enfance, responsables selon elle d'avoir brisé de nombreuses familles. C'est d'ailleurs la crainte – a priori infondée – de voir sa fille retirée de chez sa grand-mère et placée dans un foyer qui l'aurait poussée à passer à l'action. « J'ai pensé que c'était par amour que j'ai agi comme ça. Je me suis rendu compte que c'était par peur », avoue-t-elle.

L'angoisse est compréhensible, souligne la défense, au regard des nombreuses révélations sur les dysfonctionnements de ces structures. Mais Lola Montemaggi va plus loin. Selon elle, les médias cacheraient délibérément ces informations. « Tous les jours, dans ce Tribunal, des gens sont jugés pour des actes pédocriminels » lui répondra, d'un ton pédagogique, l'un des magistrat du Parquet national antiterroriste (PNAT).

Un discours victimaire

Durant les cinq heures qu'ont duré cette éprouvante audience, Lola Montemaggi s'efforce de contester les éléments d'un dossier qu'elle n'estime pas « neutre » : sa fille était bien vaccinée, sauf contre le Covid ; elles n'ont pas atterri dans un « squat » en Suisse mais plutôt dans une « usine en cessation d'activité » occupée par une « association alternative » ; elle aurait voulu honorer ses droits de visite mais on l'aurait « remballée »...

Sur la question du stress et du traumatisme ressenti par Mia après les cinq jours de cavale, trimballée entre chambres d'hôtels et « ateliers créatifs », là aussi la trentenaire botte en touche, quitte à verser dans l'inversion accusatoire. Si sa fille verrouille sa parole et présente des symptômes de souffrance, ce serait la faute des policiers qui les ont retrouvées. Des policiers qualifiés de « fous » et de « malades mentaux », qu'elle oppose aux ravisseurs, décrits eux comme des hommes « très respectueux » animés « de l'intention de faire quelque chose de bien » mais que sa fille Mia décrit pourtant comme « trois hommes méchants ».

Quant au refus de sa fille, désormais âgée de 13 ans, d'entrer en contact avec elle suite à un « incident isolé », Lola Montemaggi pointe le « travail psychologique » effectué par les médias et sa propre mère, « manipulatrice et menteuse », qui auraient retourné l'esprit de l'adolescente.

Difficile enfin, d'exprimer le moindre regret pour les faits commis, malgré les relances des avocats de sa mère et de sa fille. « Est-ce que vous considérez que vous avez quelque chose à vous reprocher ? », articule l'un des magistrats du PNAT. Lola Montemaggi tergiverse, repart dans un monologue, puis lâche : « C'est la perception de certaines personnes qui disent que c'est un enlèvement. »

 


Le live-tweet, de Victor Mottin :

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