Alors qu’elle prétend depuis début avril détenir des preuves de « la liquidation » de Mohamed Merah, qui aurait selon elle «été manipulé et utilisé par les services français», l’avocate algérienne Zahia Mokhtari a fait savoir hier qu’elle ne remettrait pas « pour le moment » à la justice française les fameuses vidéos en sa possession censées disculper l’auteur des tueries de Toulouse et de Montauban.

« Je vais mettre les vidéos de côté pour le moment et les remettrai en temps opportun. Nous avons suffisamment d’éléments dans le dossier et nous en remettrons de nouveaux à la justice française lors de mon déplacement en France, ce soir », a déclaré Me Mokhtari, précisant que les enregistrements arriveraient plus tard, « comme une cerise sur le gâteau ».

Les vidéos auxquelles l’avocate algérienne fait référence auraient prétendument été réalisées par Mohamed Merah lui-même au moment où la police assiégeait son appartement toulousain puis remises à Me Mokhtari en mains propres par de mystérieuses « personnes au cœur de l’événement, qui voulaient que la vérité éclate ». Ces deux enregistrements identiques de 20 minutes chacun, dont le parquet de Paris demande, en vain, la transmission et que l’avocate a pourtant promis de produire « dans les plus brefs délais » depuis plus de trois mois, ont été citées à l’appui de la plainte pour meurtre déposée par le père de Mohamed Merah. Le 12 juin dernier, leur transcription a été publiée par le quotidien arabophone Echorouk avant d’être traduite en français par l’AFP.

Mouvance négationniste

Alors que toutes les sources sérieuses considèrent ces vidéos – à supposer leur existence avérée – comme fortement sujettes à caution, leur transcription a été largement diffusée non seulement sur la complosphère (Wikistrike, Egalité & Réconciliation, le blog de Paul-Eric Blanrue, etc.) mais aussi sur un blog affilié au Monde.fr ou encore sur Mediapart. Sans qu’il ne soit jamais fait mention du fait que le journal algérien Echorouk, à l’origine du coup d’éclat, est un organe de presse particulièrement orienté qui n’hésite pas, par exemple, à publier des interviews plus que complaisantes du négationniste Robert Faurisson comme en janvier 2009 ou, plus tôt, en 2006.

Les invisibles vidéos de Me Mokhtari (1/2)
De plus, Me Mokhtari dit agir en coopération étroite avec quatre autres avocats algériens et trois avocats français, dont elle n’a pas révélé les noms, mis à part celui d’Isabelle Coutant-Peyre. Epouse du terroriste Carlos, celle-ci est une ancienne collaboratrice de Jacques Vergès. Elle a notamment défendu Roger Garaudy, Kémi Séba, Smaïn Bedrouni ou encore Youssouf Fofana, à chaque fois dans des procès pour incitation à la haine raciale et/ou contestation de crimes contre l’humanité. Proche de la mouvance négationniste française, Me Coutant-Peyre a notamment cofondé il y a plusieurs années une revue (A Contre-Nuit) avec Roger Garaudy et Maria Poumier, revue présentée comme «un bulletin pour dire ce que les médias et les politiques ne disent jamais : les réalisations et les projets concrets du monde non-occidental pour créer ensemble un avenir à visage humain par l’unité planétaire des hommes».

« Des personnes qui s’agitent dans l’ombre »…

Suite à la diffusion dimanche dernier, dans l’émission "Sept à Huit" (TF1), des enregistrements des discussions entre Mohamed Merah et la police française, Me Mokhtari s’est déclarée en début de semaine « étonnée par le timing choisi » par la chaîne de télévision française.

« Pourquoi les vidéos ne sont pas apparues plus tôt et pourquoi attendre la semaine où je dois me rendre en France pour les remettre à la justice pour diffuser cette vidéo ? » s’est-elle interrogée, estimant que « des personnes dans l’ombre s’agitaient ». Selon elle, la vidéo diffusée dimanche « est une pièce de théâtre pour attirer l’attention et orienter l’opinion publique ». « Il y a une totale contradiction entre ce qui est dit dans la vidéo diffusée par TF1 et les vidéos en notre possession », a ajouté l’avocate.

Depuis qu’elle défend le père de Mohamed Merah, Me Mokhtari campe sur la théorie du complot, expliquant que Mohamed Merah a été abattu pendant la nuit du 21 au 22 mars 2012 et que sa mort dans la matinée du 22 mars est en fait une mise en scène organisée par le RAID.

Lire la deuxième partie.

Voir aussi :
* Le dossier de Conspiracy Watch sur l’affaire Merah