Un élève à un prof d’histoire : « Pas un juif dans les tours »
Lu dans le dossier du Nouvel Obs de cette semaine (« Antisémitisme : ce qu’on ne veut pas dire », sorti le 5 juillet 2012), le témoignage de Iannis Roder, professeur d’histoire-géo à Saint-Denis :

« Au tournant des années 2000, deux évènements ont libéré la parole : le 11 septembre et la seconde Intifada. Je me souviens précisément du 12 septembre 2001. La plupart de mes élèves étaient atterrés, mais l’un d’eux avait déjà une explication "complotiste" : "Il n’y avait pas un juif hier dans les tours, c’est eux qui l’ont fait". Pour une minorité, c’était "bien fait pour les Américains et pour les juifs". (…) Ces jeunes sont abreuvés d’images, à la fois surinformés et incapables d’analyser ce qu’ils reçoivent. Pour ceux qui ont 500 mots de vocabulaire, les théories du complot, les explications simplistes sont rassurantes. »

Apparu pour la première fois le 19 septembre 2001, en direct sur la chaîne qatarie Al-Jazeera, ce mythe des « 4000 juifs absent du World Trade Center » est diffusé depuis plus de dix ans sur Internet, en particulier sur des sites islamistes ou d’extrême droite. On le retrouve au détour d’un texte du très controversé écrivain et militant afro-américain Amiri Baraka. La traduction en français de ce poème intitulé “Somebody Blew Up America” a été assurée par l’animateur du site conspirationniste Oulala.net, René Balme, sous le titre « Quelqu’un a fait sauter l’Amérique ». Voici le passage en question :

« Qui a su que le World Trade Center allait être attaqué ?
Qui a demandé aux 4000 ouvriers israéliens des Twin Towers
de rester à la maison ce jour là ?
Pourquoi Sharon s’est il enfui ailleurs ? »

Le 20 avril 2011, Amiri Baraka, qui revendique ouvertement ses prises de position "antisionistes", a pu interpréter “Somebody Blew Up America” en slam à la Cité de la Musique, à Paris. Dans l’indifférence générale.

Voir aussi :
* Le mythe des 4 000 Juifs absents du World Trade Center