Kemi Seba (capture d’écran YouTube/RT France, 30 novembre 2017).

De son vrai nom Stellio Gilles Robert Capo Chichi, Kemi Seba (1981 – ) est un activiste racialiste qui s’est distingué par son tropisme complotiste et antisémite.

Ancien fondateur du Parti Kémite (2002), puis fondateur et leader de la Tribu Ka (2004), un groupuscule dissout en juillet 2006 pour « appel à la violence et à l’antisémitisme », Kemi Seba fonde en 2007 Génération Kemi Seba, puis le Mouvement des damnés de l’impérialisme (2008), avant d’animer la branche française du New Black Panther Party (2010) et de créer en 2016 l’organisation Urgences panafricanistes (2016).

Figure de la mouvance dite de la « Dissidence », ce proche de de Dieudonné M’Bala M’Bala puise une partie de son inspiration dans la mouvance de la Nation of Islam de Louis Farrakhan.

Au début de l’année 2006, en pleine affaire Ilan Halimi, Kemi Seba adresse un courriel à plusieurs organisations juives où, rapporte Le Figaro, il les menaçait en ces termes :

« Que notre frère [Youssouf Fofana] soit coupable ou pas, nous vous prévenons que si d’aventure, il vous prenait l’envie d’effleurer ne serait-ce qu’un seul [de ses] cheveux au lieu de lui laisser avoir un procès équitable, nous nous occuperons avec soin des papillotes de vos rabbins. »

Le Mouvement des damnés de l’impérialisme, qu’il a créé, se dit « ouvert à toutes LES PERSONNES DÉSIREUSE [sic] DE METTRE UN TERME à l’hégémonie des impérialistes (Axe Americano-Sioniste, ILLUMINATI, et autres groupes occultes impérialistes) ». Kemi Seba affirmait alors son opposition au métissage et prônait un « seul idéal : la désionisation ». Les négationnistes Serge Thion et Ginette Skandrani ou encore le vidéaste complotiste Salim Laïbi (alias « Le Libre Penseur ») en étaient partie prenante.

Si Kemi Seba professait le culte d’Aton, il se serait converti à l’islam après un séjour en prison. En avril 2009, il a été condamné à 8 mois de prison avec sursis pour incitation à la haine raciale pour avoir tenu les propos suivants :

« (Les institutions internationales comme le FMI, la Banque Mondiale ou l’Organisation Mondiale de la Santé sont) tenues par les sionistes qui imposent à l’Afrique et à sa diaspora des conditions de vie tellement excrémentielles que le camp de concentration d’Auschwitz peut paraître comme un paradis sur terre ».

Plus tôt, il s’était illustré par ses appels publics à mettre « à mort les sionistes » :

En mai 2010, Kemi Seba et ses amis se réunissent dans la ville de Martin Luther King, à Atlanta, dans le cadre d’un congrès international organisé à l’initiative du New Black Panther Party.

Depuis son apparition sur la scène médiatique en 2006, l’homme a indéniablement changé de stratégie. Celui qui s’est longtemps fait appeler le « fara » (guide) cherche aussi à capter le public des jeunes de banlieue en surfant sur les théories du complot.

L’activiste antisémite est reçu en 2015 par l’ancien président iranien Mahmoud Ahmadinejad pour parler, dit-il, de « la nécessité de renforcer les liens entre la résistance africaine et la résistance révolutionnaire en Iran ».

Son ouvrage paru en 2016 Obscure époque, est préfacé par le rappeur Mathias Cassel, alias Rockin’Squat.

Du Sénégal, Kemi Seba lance le 19 août 2017 un « appel à la résistance continentale et diasporique de la jeunesse africaine contre la Françafrique » et de poursuivre : « Notre génération a une seule mission ; cesser de bavarder, et mettre fin dans la rue au néocolonialisme ». Ce même jour, il s’expose en train de brûler un billet de 5 000 francs CFA. Début septembre 2017, accusé d’être une « menace grave pour l’ordre public », il est expulsé vers la France. Le 22 octobre, il s’exprime de Cotonou, la capitale économique du Bénin, au sujet de son organisation Urgences panafricanistes qu’il préside.

Quelques semaines plus tard, en décembre, il rencontre à Moscou l’idéologue russe d’extrême droite Alexandre Douguine. Selon Kemi Seba, cet « échange avec […] le théoricien et conseiller politique le plus important de Russie, a porté sur la métaphysique et la géopolitique. On y a partagé nos vues sur le fait que ni le communisme, ni le libéralisme, ni le nationalisme ne pourront apporter le salut à nos peuples respectifs ».

Élu par la chaîne Africanews personnalité politique africaine de l’année 2017, Kemi Seba rencontre le syndicaliste guadeloupéen Élie Domota en février 2018, en marge d’un festival culturel organisé en Guadeloupe. Publiées sur Facebook, les photos de la rencontre, point d’orgue de la « tournée anti-impérialiste » de Kemi Seba, montrent Élie Domota arborant un large sourire et faisant une accolade à l’activiste anti-franc CFA. Domota signe d’ailleurs l’une des préfaces du livre de Kemi Seba, L’Afrique libre ou la mort (2018), aux côtés de cinq autres personnalités parmi lesquelles le joueur de foot français Nicolas Anelka, Alexandre Douguine et l’acteur américain d’origine béninoise Djimon Hounsou.

En septembre 2018, Kemi Seba est reçu à Rome par des députés et cadres du mouvement italien Cinq Étoiles (M5S), dont le secrétaire d’État aux Affaires étrangères Manlio Di Stefano.

En janvier 2019, Kemi Seba annonce son entrée en politique et le lancement du Parti Panafricaniste Béninois (PPB).

En octobre 2019, il intervient à Sotchi (Russie) lors d’un sommet Russie-Afrique organisé à l’initiative du Kremlin.

Le 16 mars 2020, en pleine crise du coronavirus, il dénonce dans une vidéo une « guerre bactériologique ». Faisant référence aux prises de position du porte-parole de la diplomatie chinoise Zhao Lijian, Kemi Seba prétend que le coronavirus aurait été « conceptualisé » [sic] aux États-Unis, puis diffusé en Iran et en Chine : « Je souhaite ardemment que les gens arrêtent d’être dans “Mamadou au pays des merveilles” en pensant que les maladies tombent du ciel. Il y a des gens qui veulent la réduction de la population, on appelle ça le malthusianisme ».

Très présent sur les réseaux sociaux, Kemi Seba cumule plus de 760.000 abonnés sur Facebook et 48.000 sur Twitter. Avec 110.000 abonnés, sa chaîne YouTube affiche 6,4 millions de vues.

En mars 2016, le magazine d’actualité Grand Central lui a consacré un documentaire, « Kemi Seba : Panafricanisme 2.0 », diffusé sur France 4. En novembre 2018, la chaîne YouTube ThinkerView l’a interviewé pendant près de deux heures.

Depuis 2016, Kemi Seba est parfois présenté dans les grands médias comme un simple polémiste « anti-impérialiste », « franco-béninois » ou « panafricain », sans que soit toujours rappelé ses prises de position extrémistes et ses antécédents judiciaires pour incitation à la haine raciale.

 

IL A DIT :

« C’est une vision raciste que de dire qu’Hitler était le mal absolu de l’humanité. […] Au moins, sous Hitler, les Noirs trouvaient du travail […], parce qu’ils étaient engagés dans les armées pour lutter contre le péril nazi ».

Source : Le Monde, 11 août 2009.

 

Voir aussi :

Kémi Séba lance les « nuits de l’anti-impérialisme »

Kémi Seba part en croisade contre… les Illuminati !

 

(Dernière mise à jour : 16/06/2020)