Hani Ramadan : l'oeil du NWO, le trafic d'organes et autres joyeusetés
Dans un texte intitulé « La civilisation du Dajjâl, l’Antéchrist », publié récemment sur son site (1), le prédicateur islamiste Hani Ramadan, directeur du Centre islamique de Genève, adopte la prose bien connue des pourfendeurs du « Nouvel Ordre Mondial » (ou NWO pour New World Order) :

« La tradition islamique reconnaît la venue, vers la fin des temps, d’un homme qui trompera le monde, appelé Al-Masîh Ad-Dajjâl, le Messie Imposteur, ou si l’on veut l’Antéchrist. Il sera borgne. (…) L’œil du grand architecte des Lumières et d’un nouvel ordre mondial apparaît ainsi au sommet de la Déclaration des droits de l’homme de 1789, tout comme sur le dollar américain. Est-ce vraiment un hasard ? »

Quelques jours plus tôt, Hani Ramadan publiait sur son site un article sinistre repris du site internet d’Al-Manar, la chaîne de télévision du mouvement islamiste libanais Hezbollah, accusant l’Etat d’Israël de confisquer les cadavres des Palestiniens afin de faire commerce de leurs organes. Faisant référence à l’article de Donald Boström publié le 17 août 2009 dans les pages “Cultures” du journal suédois Aftonbladet (2), Ramadan évoquait le « dernier crime mis à jour par la presse suédoise, qui démontre que la barbarie sioniste n’a pas de limite ».

Deux jours après la publication de son article, Donald Boström avait pourtant reconnu sur les ondes de la radio Kol Israel qu’il n’avait « aucune preuve » d’un tel trafic (3). Le 23 août, le rédacteur en chef d’Aftonbladet en personne, Jan Helin, a également indiqué n’avoir aucune preuve de l’authenticité des faits rapportés dans les colonnes de son journal (4). En outre, la famille et les proches du Palestinien dont la dépouille aurait, selon Boström, fait l’objet d’un vol d’organes, ont déclaré peu après qu’ils ignoraient si des organes avaient été prélevés – sans pour autant vouloir exclure le scénario incriminant l’armée israélienne (5). L’article publié par Aftonbladet a soulevé une réprobation quasi-unanime de la profession (6), y compris en Suède (7).

Hani Ramadan est le frère de Tariq Ramadan et le petit-fils d’Hassan Al-Banna, le fondateur des Frères musulmans. En septembre 2002, il avait publié dans Le Monde une tribune dans laquelle il écrivait notamment : « que ceux qui nient qu’un Dieu d’amour ait ordonné ou maintenu la lapidation de l’homme et de la femme adultères se souviennent que le virus du sida n’est pas issu du néant ».

Notes :
(1) Le site de Hani Ramadan est hébergé par le quotidien suisse francophone La Tribune de Genève.
(2) L’article était intitulé (en suédois) “Våra söner plundras på sina organ” (« Ils prennent les organes de nos enfants »).
(3) Boström a déclaré : « Cela me concerne, dans la mesure où je veux qu’il y est une enquête, c’est vrai. Mais si cela est vrai ou pas, je n’en ai aucune idée, je n’ai aucune preuve » (cf. Matti Friedman, “ Swedish Article Suggesting Israeli Troops Kill Palestinians, Harvest Organs Infuriates Israel ”, The Huffington Post, 19 août 2009).
(4) Idem.
(5) Khaled Abu Toameh, « Vol d’organes : les Palestiniens ne confirment pas », Jerusalem Post (édition française), 25 août 2009.
(6) En Israël, le militant d’extrême gauche Uri Avnery a parlé du texte de Boström comme d’un « article imbécile ». Dans un article du 27 août 2009, le chroniqueur de Haaretz Gideon Levy, qui a participé en 2005 au rassemblement organisé par Thierry Meyssan, Axis for Peace, a évoqué quant à lui le « mauvais journalisme irresponsable » de Donald Boström et qualifié d’« histoires à dormir debout nordiques » les accusations de trafic d’organes. La grande majorité des commentateurs, en Europe et aux Etats-Unis, a vu dans la publication de cet article la résurgence des mythes les plus éculés de l’antisémitisme traditionnel qui accusaient notamment les Juifs de pratiquer des crimes rituels.
(7) Après avoir dénoncé le caractère antisémite de l’article de Boström, le journal suédois Sydsvenskan a publié le 21 août une tribune intitulée “Försök inte, Aftonbladet” (« N’essaye pas, Aftonbladet ») se concluant sur ces mots : « Les autorités suédoises n’ont aucune raison de s’excuser pour ce qui est publié dans la presse suédoise (…). Mais une saloperie est et reste une saloperie. Aftonbladet ne devrait pas s’en tirer aussi facilement ».