Les derniers jours, elle avait le teint cireux et gardait un pistolet sur elle. Elle avait peur, il y avait de quoi. Le 25 février 1994, deux hommes à moto tirent à bout portant sur sa voiture. Yann Piat, députée du Var, jeune femme triste de 44 ans… meurt dans une caserne de pompiers. Christophe Hondelatte revient sur cette affaire limpide et troublante à la fois.

Yann Piat est une mal-aimée, entrée en politique pour retrouver une famille.

Chez Le Pen d’abord. Puis, écoeurée par les surenchères frontistes, à l’UDF. Mais l’amitié de François Léotard, élu du Var, ne suffit pas à l’imposer dans le département. Le système de pouvoir mis en place autour du vieux Maurice Arreckx, patron du conseil général – son clientélisme, ses accointances avec le milieu -, tout rejette la nouvelle venue. On la menace. En 1992, dans un courrier privé, elle accuse par avance de sa mort des élus du Midi – notamment Arreckx et Bernard Tapie !

Quand elle meurt, ses démêlés avec le système ressurgissent. Enquêteurs et journalistes cherchent une «piste politique» qui n’aboutira pas. Le système varois en est fragilisé et finira par s’écrouler, victoire posthume de la pauvre Yann. Mais ce n’est pas ce système-là qui a causé sa mort. Au hasard de l’enquête, en 1994, les policiers débusquent la «bande du Macama» : un groupe de jeunes dévoyés hyérois, cornaqués par un patron de bar mégalomane, Gérard Finale. Finale, qui élimine ses concurrents en les terrorisant, se rêve en patron du milieu varois. Il déteste Yann Piat. La jeune femme veut prendre la mairie de Hyères et menace d’assainir le monde des bars et des boîtes de nuit. Finale, menacé, a lancé ses loups.

Mais cette vérité trop simple est décevante. Il faut autre chose au Moloch médiatique. En 1997, deux journalistes égarés dans la théorie du complot, rencardés par un aimable fantaisiste jadis inventeur d’un moteur à eau, mais qu’ils prennent pour un général à la retraite, accusent, dans un livre, deux hommes d’Etat d’avoir commandité l’assassinat. L’Encornet et Trottinette, alias François Léotard et Jean-Claude Gaudin, auraient fait tuer leur amie Yann Piat ! Le scandale est énorme… Et s’éteint dès les premières vérifications. Le livre est bidon, comme sa source, comme les deux journalistes, condamnés à des amendes exemplaires. Mais les bidons ont pourtant été édités et lus, presque crus…

Hondelatte, avec sa netteté enjouée, souligne ce besoin de complot des médias. Il décortique ce scandale dans le drame, qui annonce, sept ans plus tôt, ce que sera l’affaire Allègre. Léotard devait être un tueur, comme Baudis devra être un violeur-partouzeur ! L’échange d’Hondelatte avec l’un des deux journalistes fait pitié et terrifie en même temps. En 1998, le procès de Finale, de Marco di Caro et Lucien Ferri (les deux hommes de la moto) et de leurs comparses, a confirmé la simple vérité. Mais le «journaliste d’investigation», habité par sa thèse, persiste et signe, convaincu toujours d’avoir les clés d’un mystère. Il a retrouvé un éditeur, qui commerce, sans vergogne, sur le cadavre de la pauvre Yann Piat.

Source : site du Nouvel Observateur.

ERRATUM (27/11/2008) :
Dans l’édition du 26 novembre 2008 du Point.fr, on peut lire :
C’est encore et toujours Yves Bertrand que l’on soupçonne d’avoir intoxiqué les auteurs de L’affaire Yann Piat. Des assassins au coeur du pouvoir. En 1997, deux journalistes y accusaient, sans la moindre preuve, deux hommes politiques dissimulés sous les pseudonymes de "L’Encornet" et "Trottinette" d’être les commanditaires de l’assassinat de la députée du Var. François Léotard, l’un des deux politiques visés – l’autre étant Jean-Claude Gaudin -, avait réagi dans Le Monde par une tribune intitulée "Le ministère de la boue", dans laquelle il pointait du doigt les "officines spécialisées" et "un service de police", en l’occurrence les RG, dont il avait demandé la suppression.