Conspiracy Watch : les faits contre le complotisme

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Sondage : près d'un Américain sur trois pense qu'un attentat contre Trump a été « mis en scène »

Publié le 14 mai 2026 par 
La Rédaction
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Aux États-Unis, les sympathisants démocrates sont majoritaires à considérer que les attentats ou tentatives d'attentats ayant visé Donald Trump depuis juillet 2024 sont des simulacres.


  En bref 

Montage CW.

Une enquête d'opinion YouGov publiée en début de semaine par NewsGuard* apporte un éclairage saisissant sur la perméabilité des Américains à la thèse d'un complot visant à faire croire que Donald Trump a été victime de tentatives d'assassinat. Près d'un tiers des sondés (30 %) estiment qu'au moins l'une des trois tentatives d'attentat dont l'actuel président américain a été la cible depuis l'été 2024 a été montée de toutes pièces. Seuls 38 % considèrent les trois comme authentiques. Les autres sont soit convaincus du contraire soit incapables de trancher. Tous événements confondus, 54 % des Américains se rangent ainsi, en moyenne, dans la catégorie des complotistes ou des indécis.

Les trois incidents soumis aux sondés sont pourtant solidement documentés : le tir essuyé par Donald Trump à Butler (Pennsylvanie) le 13 juillet 2024, qui avait fait un mort dans le public ; l'arrestation, le 15 septembre 2024, d'un homme armé repéré aux abords du Trump International Golf Club de West Palm Beach ; et l'attentat survenu lors du dîner des correspondants de la Maison-Blanche, le 25 avril 2026. Aucune enquête n'a établi le moindre lien entre les assaillants − qui, selon les autorités, ont agi de leur propre initiative − et l'entourage du président. NewsGuard a jugé les résultats de son enquête si surprenants qu'il a demandé à l'institut YouGov de procéder à une seconde vérification de ses données. Les chiffres ont été confirmés.

L'enquête confirme les grands enseignements de la recherche sur le conspirationnisme : la défiance complotiste épouse les lignes de fracture partisane et elle a tendance à basculer dans le camp opposé à celui qui occupe provisoirement le pouvoir. Aux États-Unis, où le mouvement QAnon, indissociable du militantisme pro-Trump, a installé l'idée que le centre de gravité du complotisme américain se trouvait résolument à la droite du spectre politique, les attentats contre Donald Trump semblent avoir fonctionné comme un test à rebours : ce sont les électeurs démocrates qui adhèrent le plus significativement à la thèse de la mise en scène. De fait, après Butler, certains médias conservateurs américains avaient forgé l'expression "BlueAnon" (le bleu est la couleur associée au Parti démocrate) pour caractériser cette perméabilité de la gauche américaine au complotisme.

21 % des sympathisants démocrates considèrent ainsi que les trois attentats ont été mis en scène, contre 11 % des indépendants et seulement 3 % des républicains. Parmi les 12 % d'Américains qui pensent que les trois événements ont été truqués, 55 % se déclarent démocrates, contre 7 % seulement de républicains. Le clivage s'observe sur chaque incident, avec des écarts allant de 19 à 35 points. L'attentat de Butler − où une balle avait frôlé l'oreille de Donald Trump avant qu'un pompier présent dans le public ne soit tué − est considéré comme une mise en scène par 42 % des démocrates contre 7 % des républicains, soit 35 points de moins : c'est le plus grand écart partisan mesuré par l'étude.

Seule une minorité d'Américains pense que les trois attentats ou tentatives d'attentats perpétrées contre Donald Trump depuis juillet 2024 sont authentiques (source : NewsGuard).

La jeunesse apparaît comme la classe d'âge la plus perméable à ce conspirationnisme. 32 % des 18-29 ans considèrent que l'attentat du dîner des correspondants d'avril 2026 a été truqué contre 15 % chez les plus de 65 ans. Symétriquement, parmi les Américains qui jugent les trois incidents authentiques, seuls 13 % appartiennent à la tranche des 18-29 ans. Le constat rejoint celui que l'on observe sur d'autres thématiques complotistes.

Le scénario complotiste qui s'est imposé après chaque incident relève d'un schéma narratif désormais bien identifié. Quelques minutes seulement après l'attentat de Butler, des comptes influents assuraient que Donald Trump avait simulé sa blessure à l'aide d'une « capsule de faux sang », ou que les journalistes présents auraient été prévenus à l'avance. Après l'épisode de West Palm Beach, les mêmes voix décrivaient une opération destinée à servir la campagne présidentielle. Idem après l'attentat du dîner des correspondants de la Maison Blanche : c'est l'hypothèse d'une diversion destinée à faire oublier la guerre avec l'Iran qui, dans ce cas, a été massivement avancée par les mêmes comptes que NewsGuard avait déjà identifiés lors des deux précédents épisodes.

Cette continuité traduit la consolidation, sur les réseaux sociaux, d'un écosystème complotiste anti-Trump qui s'auto-alimente d'un événement à l'autre, recyclant les mêmes ressorts narratifs. Le récent dévoilement d'un projet russe de faux attentat contre Viktor Orbán en Hongrie − qui n'a jamais été mis en oeuvre − a même été instrumentalisé a posteriori comme une preuve que l'attentat de Butler aurait été monté de toutes pièces.

En croyant démasquer un simulacre trumpien, une large part de l'électorat démocrate prête au président américain une habileté machiavélique qui, si l'on en juge par sa gestion du dossier iranien, se révèle pour le moins intermittente.

 

* Enquête réalisée du 28 avril au 4 mai 2026 auprès d'un échantillon représentatif de 1000 Américains majeurs.

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