Conspiracy Watch : les faits contre le complotisme

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États-Unis : le SPLC a-t-il financé des groupes extrémistes pour justifier sa propre existence ?

Publié le 25 avril 2026 par 
Rudy Reichstadt
Temps de lecture
5 min de lecture

Accusé d'avoir rémunéré des informateurs liés à des groupes suprémacistes et néo-nazis, le SPLC est devenu la cible d'un raccourci trumpiste grossier.


  En bref 

Donald-Trump Jr le 21 septembre 2025 (crédit : Joe Raedle/Getty Images via AFP).

« LOL, quel retournement de situation de savoir que le SPLC finançait le Ku Klux Klan… comme les Démocrates l'ont toujours fait. Encore une « théorie du complot » qui devient vraie en temps réel. » C'est par ce message jubilatoire publié mercredi sur X que Donald Trump Jr a commenté l'inculpation du Southern Poverty Law Center (SPLC), l'une des plus importantes organisations américaines de veille sur l'extrême droite et les groupes haineux.

En quelques mots, le fils du président américain livre à ses 16 millions d'abonnés une version totalement déformée de l'affaire : le SPLC aurait délibérément financé une organisation raciste et extrémiste et les complotistes auraient eu encore une fois raison avant tout le monde.

Qu'en est-il en réalité ?

Mardi 21 avril, le ministère américain de la Justice a annoncé l'inculpation du SPLC pour fraude électronique, fausses déclarations à une banque assurée fédéralement et blanchiment d'argent. Selon l'acte d'accusation fédéral, l'organisation aurait détourné des dons pour financer secrètement des groupes suprémacistes et néo-nazis. Entre 2014 et 2023, le SPLC aurait en effet versé plus de 3 millions de dollars à des individus liés au Ku Klux Klan (KKK), à l'Aryan Nations ou au National Socialist Movement. Pour ce faire, des entités fictives et des comptes bancaires dissimulés auraient été utilisés. Selon le ministère, ces paiements auraient été cachés aux donateurs, lesquels pensaient financer la lutte contre l'extrémisme violent.

Ces éléments sont graves et appellent des réponses précises de la part du SPLC, notamment sur la manière dont ces paiements ont été décidés et contrôlés. L'argent versé à un militant raciste, même au titre d'un travail d'informateur, reste de l'argent. S'il sert à entretenir un réseau, à faciliter des déplacements, à consolider une position interne ou à accroître l'influence d'un activiste, cela ne peut pas être évacué d'un revers de la main.

Il faut aussi entendre les arguments du SPLC. L'organisation antiraciste ne reconnaît en aucune manière avoir « financé le KKK » et s'inscrit en faux contre ces « allégations mensongères ». Elle soutient que les sommes en question ont servi à rémunérer des informateurs infiltrés dans des groupes violents dans le but de documenter leurs activités et d'identifier des menaces. Selon elle, son programme d'informateurs, aujourd'hui interrompu, a permis de sauver des vies et était tenu secret pour protéger ses sources. Plusieurs informations recueillies étaient en outre souvent transmises aux forces de l'ordre locales et fédérales.

On le voit, l'affaire mérite mieux que le tweet goguenard d'un fils de président compromis depuis des années avec l'extrême droite. La question qu'elle pose est sérieuse : jusqu'où peut-on aller pour infiltrer des organisations et prévenir des passages à l'acte violents ? À partir de quel montant la rémunération d'une source devient-elle une forme de soutien matériel ? Comment concilier la protection des informateurs et le devoir de transparence envers les donateurs ?

Il appartiendra aux juges d'établir la culpabilité du SPLC. En attendant, on peut rappeler que cette vieille organisation, fondée en 1971, est depuis longtemps dans le collimateur des trumpistes qui l'accusent de faire passer des groupes conservateurs pour des « groupes de haine ». Et que son inculpation intervient dans le contexte d'une offensive contre les acteurs de la société civile qui n'ont pas l'heur de plaire au pouvoir.

Un contexte évidemment totalement éludé par le tweet de Donald Trump Jr qui, sans vergogne, va jusqu'à affirmer que les Démocrates auraient « toujours » financé le KKK. Cette affirmation révisionniste contient une petite parcelle de vérité : au XIXème siècle, la branche sudiste du Parti démocrate est effectivement le principal défenseur des intérêts esclavagistes dans les États du Sud des États-Unis. Après la Guerre de Sécession (1861-1865) et l'abolition de l'esclavage, elle devient, jusqu'au milieu du XXème siècle, le principal défenseur de la politique de ségrégation des Noirs. Mais c'est bien le Parti démocrate qui, dans les années 1960, accompagne la déségrégation et le mouvement des droits civiques et c'est bien vers le Parti républicain que se tournent alors les électeurs démocrates sudistes contrariés par ces évolutions.

Alors, sommes-nous vraiment en présence d'une théorie du complot qui serait devenue « vraie » sous nos yeux ? Dans l'imaginaire du soupçon que véhicule ici Donald Trump Jr, les associations antiracistes nourriraient délibérément le racisme afin de justifier leur propre existence. Ayant intérêt à la perpétuation de ce qu'elles combattent, elles en vivraient littéralement, allant jusqu'à fabriquer sciemment les menaces qu'elles dénoncent ! Antienne bien connue. Qui n'est pas sans rappeler les procès d'intention dont Conspiracy Watch avait été la cible lorsque nous avions publiés nos premières enquêtes d'opinion visant à mesurer le complotisme en France. Il ne faut pas cesser de le dire : ce genre de retournement accusatoire est l'une des marques les plus sûres du populisme.

Si le SPLC a commis des infractions, il doit en répondre. Et si l'Administration Trump instrumentalise la justice pour intimider une organisation dont les activités la gênent, cela doit également être dit.

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Bluesky
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