Louis Farrakhan (capture d’écran YouTube, 07/03/2018).

Président de la Nation of Islam (NOI), Louis Farrakhan (1933 – ) est un prédicateur antisémite et complotiste américain, plaidant notamment pour une séparation des Noirs et des Blancs.

Né Louis Eugene Walcott, il est d’abord chanteur de calypso avant de rejoindre, en 1955, les rangs de la Nation of Islam. Il joue assez vite un rôle très important dans l’organisation, dont il maintient l’unité quand elle se voit fragilisée par le départ de Malcolm X en 1964, dont Farrakhan dira qu’il « mérite la mort » moins de deux mois avant son assassinat en 1965. Après des divergences idéologiques au sein de la NOI, il en prend le contrôle en 1978 et en est depuis resté le leader incontesté.

Farrakhan s’est très souvent illustré par ses prises de position racistes et polémiques contre les Blancs (qu’il qualifie en 2000 d’« humains potentiels, [qui] n’ont pas encore évolué »), les Noirs modérés, les femmes, les homosexuels, les États-Unis et l’Occident, mais surtout par ses innombrables déclarations antisémites, la plupart aux forts relents de complotisme. Des positions qui lui ont notamment valu des accointances avec la mouvance néo-nazie américaine, ou plus récemment l’alt-right.

Louis Farrakhan s’est lié d’amitié avec le dictateur libyen Muammar Kadhafi, lequel a financé la NOI et lui a remis en 1996 le « prix Muammar Kadhafi des droits de l’homme ». Farrakhan a également tissé des liens avec l’Irak de Saddam Hussein, le Soudan d’Omar el-Bechir ou la République islamique d’Iran, pays qu’il a plusieurs fois visité. Sensible aux thèses de Ron Hubbard, Farrakhan s’est enfin vu décerner un prix par l’Église de Scientologie en 2006.

Antisémitisme

Dès 1974, il déclare que les médias de masse sont « sous le contrôle des Juifs » et demande aux politiciens noirs de « ne pas se soumettre à la pression juive ». Mais c’est surtout à partir de 1984 que ses propos commencent à attirer l’attention, quand il déclare qu’« Hitler était un grand homme », avant de qualifier le judaïsme de « sale religion ». Le thème de la perfidie juive devient ensuite de plus en plus présent dans son discours, pour devenir omniprésent à partir des années 1990-2000. Farrakhan considère les Juifs, qu’il qualifie souvent de « Synagogue de Satan », comme des « imposteurs » qui auraient falsifié la Bible pour se présenter comme peuple élu en lieu et place des Noirs. Il déclare ainsi en 2010 que « les Hébreux à l’origine étaient noirs ».

Déclarant dans un discours de 2019 vouloir séparer « les bons Juifs des Juifs satanistes », il désigne ses « ennemis » comme étant les « gens maléfiques dans la communauté juive qui dirigent l’Amérique, dirigent le gouvernement, dirigent le monde, possèdent les banques, possèdent les moyens de communication. » En 1990, il reproche par exemple aux Juifs d’avoir « enserré le gouvernement dans (leurs) tentacules », en 1997 d’« exercer une influence considérable sur les affaires du gouvernement », ou en 2015 de « s’affairer depuis des années pour contrôler vos élus au Congrès, au Sénat et à la Chambre des représentants » et de « ne pas craindre les États-Unis car ils les contrôlent depuis l’intérieur ». En 2013, il déclare : « Saviez-vous que Jésus avait un vrai problème avec la communauté juive ? Les rabbins d’alors avaient le pouvoir sur les autorités romaines exactement comme ils ont aujourd’hui le pouvoir sur notre gouvernement ». En 2018, Farrakhan déclare à nouveau que les « les Juifs contrôlent toutes les agences du gouvernement. Quand on veut quelque chose dans ce monde, ce sont les Juifs qui tiennent la porte. »

Quand il ne parle pas ouvertement des Juifs, c’est aux « sionistes » qu’il s’en prend : « les sionistes ont le contrôle en Angleterre, en Europe, aux États-Unis et à travers le monde » analyse-t-il ainsi en 1996 ; « les Sionistes dominent le gouvernement des États-Unis d’Amérique et son système bancaire » (2011) ; « le gouvernement américain est sous le contrôle des sionistes » (2013). Il affirme aussi par exemple, dans une interview de 1998, que l’affaire Monica Lewinsky est une manipulation des sionistes contre Bill Clinton pour se venger de ses trop grandes exigences vis-à-vis d’Israël.

Dans une analogie troublante au discours nazi, qui accusait les Juifs d’être des « fauteurs de guerre », Farrakhan déclare en 2010 que si les États-Unis attaquent l’Iran, « ce sera parce que les sionistes ont poussé Obama à le faire, […] la guerre pour les Juifs imposteurs ashkénazes ». En 2004, il déclare qu’« Ariel Sharon conduit l’Amérique à partir en guerre contre l’Irak ». En 2012, il accuse Israël d’avoir « provoqué la guerre [civile] au Soudan ». L’année suivante, il se fait plus menaçant : « Rappelez-vous que si vous utilisez votre immense pouvoir et influence pour conduire de nouveau les États-Unis à la guerre, ce sera la fin partout de votre pouvoir comme peuple juif ».

La Nation of Islam publie sur sa page YouTube des vidéos de discours de Farrakhan au titre évocateur, comme « La conspiration du gouvernement américain » ou « La conspiration des banquiers internationaux », « à la tête desquels se trouve la famille Rothschild », comme Farrakhan le déclare en 2010, croyant savoir « qu’Hillary Rodham Clinton en fait partie, si vous remontez son arbre généalogique, elle descend en droite ligne des Rothschild. » Et de poursuivre : « Ces financiers savent que seule la guerre peut conduire les États-Unis à emprunter de l’argent. Voilà pourquoi ils ont été contrariés par John Kennedy, qui voulait quitter le Vietnam, et ils l’ont tué, je crois. »

Louis Farrakhan a de nombreuses fois remis en cause la responsabilité d’Al-Qaida dans les attentats terroristes du 11 septembre 2001, qu’il qualifie dès 2003 de « couverture pour une guerre qui avait été préparée pour installer un pipeline à travers l’Afghanistan pour transporter le pétrole de cette région, possédé par Unocal, dont Dick Cheney est l’un des actionnaires. » En 2015, il affirme que « de nombreux Israéliens et Juifs sionistes ont tenu des rôles clés dans les attaques du 11 septembre », reprenant la célèbre intox selon laquelle « de nombreux Juifs ont reçu un message les enjoignant de ne pas se rendre au travail le 11 septembre. » En 2016, il précise sa pensée en déclarant : « Ceux qui ont orchestré les opérations sous faux-drapeau du 11 septembre sont des membres de la Synagogue de Satan », « ils avaient besoin d’un autre Pearl Harbor, d’un événement cataclysmique qui ferait se soulever les Américains pour la guerre. […] George Bush et ces démons, ces Satans qui l’entourent, ont planifié le 11 septembre. Aucun Musulman n’a détourné d’avion. »

Dans la même veine, il déclare en 2012 que « le Printemps arabe n’a pas commencé dans le monde musulman. Il a débuté par des plans aux États-Unis pour prendre le contrôle du Moyen-Orient, de ses ressources naturelles. »

Homophobie

Farrakhan s’est également fait remarquer par ses multiples sorties contre l’homosexualité. Selon lui, l’Occident et/ou les Juifs cherchent secrètement à imposer ce mode de vie aux Noirs pour les empêcher de procréer. En 2006, il déclare par exemple que « ce sont les Juifs maléfiques, les Juifs imposteurs qui promeuvent le lesbianisme et l’homosexualité. » En 2018, il croit savoir que « nous n’avions pas d’homosexualité en Afrique, ce n’est pas dans notre tradition », ou que « le frère Barack (Obama), sous influence juive, est en train d’essayer d’introduire le mariage entre personnes du même sexe en Afrique, […] l’homme occidental dit « Si vous voulez cet argent de la Banque mondiale, du FMI, vous devez faire des lois qui autorisent le mariage entre personnes du même sexe ». » Puis, plus tard, il explique que « les Juifs sont responsables de toute cette souillure et ces comportements dégénérés qu’Hollywood promeut, qui transforme les hommes en femmes et les femmes en hommes. » Il a plusieurs fois affirmé que l’eau et la nourriture dans les quartiers noirs étaient trafiquées pour stériliser chimiquement les Afro-Américains et/ou les transformer en homosexuels. Il a également repris l’accusation, lancée par un disciple de la NOI, selon laquelle le gouvernement américain et la « Synagogue de Satan » utiliseraient du cannabis chimiquement modifié pour « dé-viriliser et féminiser » les hommes noirs aux États-Unis.

Farrakhan est en effet persuadé de l’existence d’une « conspiration de notre gouvernement contre l’homme noir », selon ses mots de 1997. En 2005, en visite à Charlotte, en Caroline du Nord, il déclare à propos des ravages de l’ouragan Katrina avoir « entendu d’une source très fiable qu’en dessous de cette digue se trouvait un trou de 7,5 m, qui laissait à penser qu’il avait été creusé à l’explosif pour que l’eau puisse détruire les quartiers noirs de la ville, alors que là où les Blancs habitent ça resterait au sec. » Une grande conjuration contre les Noirs à laquelle les Juifs apporteraient leur concours, alors que Farrakhan, depuis les années 1990, reprend à d’innombrables reprises l’accusation mensongère selon laquelle les Juifs auraient joué un rôle central dans la traite négrière et l’esclavage.

En 1994, il déclare : « Je ne possède pas Hollywood. Qui dépeint les Noirs ? Qui écrit les livres ? Qui écrit les pièces de théâtre, les chansons qui nous font passer pour des moins que rien ? Vous voulez me dire que les Juifs n’ont jamais fait de mal aux Noirs ? N’étaient-ils pas impliqués dans le commerce des esclaves ? Si, ils l’étaient, et à une échelle telle que quelqu’un doit leur demander des comptes. » En 2010, il ajoute : « Puisque votre peuple (les Juifs) a mis le nôtre dans une telle situation, pourquoi ne m’aideriez-vous pas à le sortir de la situation détériorée dans laquelle vous l’avez mis ? » ; ou encore : « ce sont ces mêmes personnes qui ont instauré l’apartheid en Afrique. Les mêmes Juifs qui sont responsables des lois Jim Crow qui nous ont ségrégés », attribuant aux Juifs la paternité de l’apartheid en Afrique du Sud comme des lois racistes qui divisaient le sud des États-Unis jusqu’aux années 1960. En 2018, il affirme que « beaucoup des nôtres qui vont à Hollywood pour tenter leur chance doivent se soumettre à la sodomie et toutes sortes de débauche, pour avoir un petit rôle. C’est ce qu’on appelle la “promotion canapé“. Vous voyez, c’est ça le pouvoir juif. »

Négationnisme

Louis Farrakhan défend des positions pour le moins ambiguës concernant la Shoah. En 1985, il invite par exemple le négationniste Arthur Butz à la tribune de la convention annuelle de la Nation of Islam. Farrakhan soutient notamment la thèse farfelue d’une implication de « financiers internationaux » juifs dans le génocide nazi : « Des Juifs allemands ont financé Hitler ici aux États-Unis », déclare-t-il ainsi en 1995, « des financiers internationaux ont financé Hitler et des Juifs pauvres mourraient alors même que des Juifs puissants étaient à l’origine de ce que vous appelez l’Holocauste. Les Juifs pauvres sont morts pendant que les Juifs puissants faisaient de l’argent. Les Juifs pauvres étaient transformés en savon avec lesquels se lavaient les Juifs puissants. »  En 1998, il dit encore qu’« ils (les Juifs) ont cru pouvoir faire confiance à Hitler et l’ont aidé à mettre le Troisième Reich en place. » En 2012, il dresse un parallèle étonnant : « À Washington, juste à côté du Musée de l’Holocauste se trouve la Réserve fédérale où l’agent est imprimé. Est-ce un hasard ? »

Autres prises de position complotistes

Dans un discours de 2013, Louis Farrakhan, évoquant la situation au Zimbabwe, déplore que les Occidentaux « mettent intentionnellement des poisons dans les vaccins pour limiter la population noire dans ces pays et endroits du monde où les États-Unis ont jugé indispensable leur besoin en minerais et en ressources vitales ». À l’occasion de la pandémie de Covid-19, Farrakhan publie un tweet reprenant son discours du 4 juillet 2020, dans lequel il appelle à rejeter la vaccination, évoquant notamment un « complot » dont ferait partie Bill Gates et dénonçant des « expérimentations » ainsi qu’un projet de « dépopulation ». Dans ce même discours du 4 juillet 2020, il estime notamment que « les Blancs sont nés avec le meurtre et le mensonge dans leur nature ». En mars 2021, Farrakhan qualifie le vaccin contre le coronavirus de « flacon de la mort ».

Louis Farrakhan a reçu à travers les années le soutien de très nombreuses célébrités américaines de premier plan, parmi lesquelles des rappeurs ou des stars du show-business, des sportifs ou encore des personnalités politiques. C’est le soutien d’une partie des organisatrices des manifestations féministes Women’s March à Farrakhan qui suscite une polémique et fait voler le mouvement en éclat en 2019. En juin 2020, l’actrice Chelsea Handler se voit critiquée pour avoir relayé sur les réseaux sociaux une vidéo de Farrakhan de 1990, post qui sera « liké » par plusieurs autres actrices célèbres.

Farrakhan fait partie de ceux qui, début juin 2019, sont bannis de YouTube. Un mois auparavant, Facebook procédait de même envers les promoteurs de discours extrémistes, violents, antisémites, racistes ou complotistes. En juin 2018, Louis Farrakhan s’était vu retirer la certification de son compte Twitter, après avoir prononcé un sermon dans lequel il entendait « démasquer complètement et profondément le Juif satanique et la Synagogue de Satan », y affirmant notamment que les Juifs veulent « dominer » les non-Juifs et qu’ils ont « infecté le monde entier par le poison et la tromperie ».

 

Voir aussi :

Louis Farrakhan compare les Juifs à des insectes nuisibles

 

 

(Dernière mise à jour le 30/04/2021)