
N'était l'ouverture d'une enquête le visant pour apologie d'actes de terrorisme, la dernière vidéo de Dieudonné serait restée dans les égouts du web. Intitulée « Dieudonné sur feu Foley !! », l'humoriste y développe ce singulier mélange de théorie du complot et de compétition victimaire qui, sur fond de goguenardise antisémite, fait sa marque de fabrique.
Tournant en dérision la décapitation de James Foley, Dieudonné compare l'indignation générale soulevée par les images diffusées par l'Etat islamique dans son « Message à l'Amérique » du 19 août dernier et la relative indolence ayant accompagné celles du lynchage du colonel Kadhafi (2011) ou de la pendaison de Saddam Hussein (2006). Appelant les parents du journaliste américain à se « détendre », il évoque une « arnaque » destinée à justifier une intervention occidentale au Moyen-Orient et à laquelle ne seraient pas étrangers « les cadres de la mafia des Rothschild ».
« Canular »
La théorie du complot sur l'assassinat de James Foley ne tombe évidemment pas du ciel. Lorsque Dieudonné met en ligne sa vidéo le 27 août, cela fait cinq jours que la complosphère – et tout particulièrement les réseaux liés à Dieudonné et Alain Soral – s'ingénie à faire passer l'exécution du journaliste pour un « canular », un « fake », une « mise en scène » ou encore une « supercherie hollywoodienne » (1).
C'est Égalité & Réconciliation (E&R), le site de l'association de Soral, qui ouvre le bal, trois jours seulement après l'annonce de la mort du journaliste. Bien que revendiquée par les djihadistes de l'Etat islamique, l'assassinat de Foley est mis en doute de toutes les manières possibles. E&R se lance ainsi dans un semblant d'analyse filmique où l'on peut lire des phrases comme : « Foley et son comparse semblent en bonne santé » ; « bien qu'il soit à quelques minutes de perdre la vie, Foley ne sourcille pas, ne bafouille pas, ne transpire pas » ; « le débit de Foley ressemble à un jeu d'acteur » ; etc. L'intox est censée profiter naturellement aux Etats-Unis, qui n'auraient de cesse de chercher un alibi pour bombarder la Syrie (2).











