Des gros titres aux petites infos passées inaperçues : ce qu’il fallait retenir de l’actualité des derniers jours en matière de conspirationnisme et de négationnisme (semaine du 09/12/2019 au 15/12/2019).

TERRE PLATE. Les adeptes de la théorie de la Terre plate sont appelés « platistes » (flat earthers en anglais). Malgré les avancées scientifiques et mathématiques, ils sont de plus en plus nombreux à remettre en cause la sphéricité de notre planète, avec comme terreau fertile les réseaux sociaux. Le Figaro s’est plongé dans cette communauté (source : lefigaro.fr, 8 décembre 2019).

CHINE. Pékin dément l’internement d’un million de Ouïghours dans des camps de rééducation dans le Xinjang, dénonce une « ingérence grossière dans les affaires intérieures » du pays et décrit ses détracteurs comme les agents d’un complot occidental contre la Chine. Sur Twitter, dont l’accès est interdit en Chine mais que le gouvernement utilise aux fins de sa propagande, d’éminents universitaires occidentaux sont accusés d’être instrumentalisés par les agences de renseignement américaines au sujet de la situation dans cette région (source : New York Times, 9 décembre 2019).

DONALD TRUMP. Le FBI n’avait pas d’arrière-pensées politiques quand il a ouvert, en 2016, une enquête sur de possibles liens entre l’équipe de campagne de Donald Trump et la Russie : telle est la conclusion d’un rapport officiel publié lundi 9 décembre 2019, qui contredit largement les allégations du président et de ses partisans. Pour deux parlementaires démocrates, Jerry Nadler et Carolyn Maloney, le rapport de l’inspecteur général « démonte une théorie du complot […] que le président Trump et les républicains du Congrès ont propagée pendant des années » pour « détourner l’attention des errements graves du président Trump » (source : Le Point, 9 décembre 2019).

IRAN. Déclenchée en réaction à l’augmentation du prix du carburant, la protestation anti-gouvernementale a donné lieu à des scènes de violence entre les manifestants et la police iranienne, faisant de nombreux morts. Une situation qui pourrait encore empirer. En effet, une fatwa a été émise par Abolfazl Bahrampour, un mollah bénéficiant d’une importante notoriété dans le monde chiite, ordonnant l’excommunication des manifestants. Diffusée sur la première chaîne iranienne, cette dernière invite les Iraniens à tuer les protestataires « de la manière la plus douloureuse possible en les pendant en public » ou encore de « leur couper les mains et les pieds pour les relâcher infirmes afin qu’il servent d’exemple à d’autres, ou alors en les expulsant du pays ». En matière de complotisme, le mollah n’est pas en reste. Il a notamment expliqué que les manifestants anti-gouvernementaux « attendent derrière un rideau les ordres qui leur sont donnés par l’Amérique » (source : La Libre Belgique, 11 décembre 2019).

MARC RYLEWSKI. Le Tribunal de grande instance de Paris a condamné Marc Rylewski à 10 mois de prison avec sursis pour « harcèlement moral » après une plainte d’Audrey Crespo-Mara. L’homme, qui se fait appeler Isadora Duncan et se présente comme un « journaliste gilet jaune », a abordé plusieurs personnalités dans des lieux publics pour des interviews improvisées et agressives avant de publier les vidéos sur YouTube (source : Ouest-France, 5 décembre 2019).

JEAN-LUC MÉLENCHON. Commentant les élections législatives au Royaume-Uni qui ont donné la majorité à Boris Johnson et conduit à la défaite de Jeremy Corbyn, Jean-Luc Mélenchon a expliqué que le leader du parti travailliste avait dû « subir sans secours la grossière accusation d’antisémitisme à travers le grand rabbin d’Angleterre et les divers réseaux d’influence du Likoud […] Au lieu de riposter, il a passé son temps à s’excuser et à donner des gages. Dans les deux cas il a affiché une faiblesse qui a inquiété les secteurs populaires. » (source : lemonde.fr, 15 décembre 2019). L’accusation n’a en réalité rien de « grossier » puisque le Labour party – Corbyn compris -, s’est laissé débordé depuis des années par un antisionisme qui donne lieu à des sorties explicitement antisémites voire négationnistes (voir, parmi d’autres exemples à retrouver sur Conspiracy Watch, ici, et encore ici). Certains ne s’y sont pas trompés, à l’instar de Walid Abu Rouk, résidant à Gaza et affilié au Hamas, d’après l’agence TPS, qui administre une page de soutien à Jeremy Corbyn sur Facebook comptant 72 000 abonnés (source : i24News, 9 décembre 2019). Quant au refus affiché par Jean-Luc Mélenchon de toute « génuflexion devant les ukases arrogants des communautaristes du CRIF », il accrédite l’idée d’un pouvoir juif clandestin, croyance qui accompagne toute l’histoire de l’antisémitisme moderne et que l’on retrouve dans les milieux militants « antisionistes ».

STRASBOURG. Le 11 décembre 2018 survenait l’attentat du marché de Noël de Strasbourg, revendiqué par l’État islamique, faisant cinq morts et onze blessés. L’occasion de rappeler un an après que, d’après une enquête d’opinion Conspiracy Watch – Fondation Jean-Jaurès conduite par l’IFOP, 10% des Français estimaient fin 2018 qu’il s’agissait là d’une manipulation gouvernementale (source : Conspiracy Watch, 6 février 2019). On se souvient également que Maxime Nicolle, alias Fly Rider, figure notoire du mouvement des Gilets jaunes, avait en cette occasion fait part de son scepticisme au soir même du drame : « Dites-vous bien que le mec qui veut faire un attentat vraiment, il attend pas qu’il y ait trois personnes dans la rue le soir à 20h00 » (source : Twitter, 11 décembre 2018).

GEORGE SOROS. Lors de sa déposition à huis clos au Congrès, en octobre 2019, dans le cadre de la procédure de destitution visant Donald Trump, Fiona Hill, ex-conseillère à la Maison-Blanche en charge notamment de la Russie au Conseil de sécurité nationale (2017-1019), a expliqué qu’elle et l’ambassadrice des États-Unis en Ukraine, Marie Yovanovitch, étaient menacées par ce qui apparaît comme une théorie de complot antisémite les liant au milliardaire George Soros. Lors d’une audience en novembre, Fiona Hill a établi une équivalence entre ces théories visant George Soros, utilisées par les conservateurs, et les Protocoles des Sages de Sion (source : apnews.com, 11 décembre 2019).

ÉGALITÉ & RÉCONCILIATION. Le 10 juillet 2013, le site idéologico-marchand d’Alain Soral, Égalité & Réconciliation, publiait un texte intitulé « Aux sources du négationnisme : le FBI ? ». Sous la plume d’un adhérent de l’association, l’article suggérait qu’un document « déclassifié » du FBI permettrait de tirer des conclusions « négationnistes », qui plus est en se fondant sur des déclarations de responsables juifs, dès avant la fin de la Seconde Guerre mondiale, avant même que les négationnistes français aient investi ce terrain… Un cas d’étude et d’école des productions négationnistes soraliennes excellemment analysé par le site « Pratique de l’Histoire et dévoiements négationnistes » (PHDN).