Des gros titres aux petites infos passées inaperçues : ce qu’il fallait retenir de l’actualité des derniers jours en matière de conspirationnisme et de négationnisme (semaine du 16/12/2019 au 22/12/2019).

VANDALISME. Le mois dernier, certains, parmi lesquels François Boulo et Alexis Corbière, soupçonnaient voire accusaient la police républicaine d’avoir elle-même vandalisé le monument en hommage au Maréchal Juin, héros de la Seconde Guerre mondiale. Jugé le 16 décembre, un jeune homme a été condamné à deux ans de prison dont un avec sursis. Malgré ses trente participations aux manifestations des Gilets jaunes et ses deux rappels à la loi à l’issue de certaines de ces manifestations, Pierre T. assure qu’il n’est « pas un black bloc, pas un gilet jaune » : « Je suis juste un citoyen en colère » (source : lefigaro.fr, 16 décembre 2019). Et en tous cas pas un « policier casseur ».

FORMULE DE LIVINGSTONE. Commentant, le vendredi 13 décembre, la débâcle des Travaillistes aux élections législatives britanniques, Jean-Luc Mélenchon a voulu y voir la main du grand rabbin d’Angleterre et de « divers réseaux du Likoud ». Ainsi un chantage à l’antisémitisme se serait-il exercé à l’encontre du chef du Labour party. Conspiracy Watch va plus loin en analysant la « formule de Livingstone », un dispositif rhétorique théorisé par le sociologue britannique David Hirsh, par lequel celui qui se voit accuser de répandre des stéréotypes antisémites tente d’esquiver l’accusation en lui opposant une contre-accusation de facture complotiste (source : Conspiracy Watch, 16 décembre 2019). Au sujet de Jean-Luc Mélenchon, on se reportera à l’éditorial de Laurent Joffrin dans Libération, qui pose la question : « Comment qualifier la péroraison corbynienne de Mélenchon autrement que de variation plus ou moins oblique sur le thème du “complot juif” ? » (source : liberation.fr, 16 décembre 2019) ainsi qu’à la chronique de Thomas Legrand qui y voit rien moins que « du complotisme au fumet antisémite » (source : France inter, 17 décembre 2019).

LIBERTÉ D’EXPRESSION. Le fait de désigner un site Internet comme « conspirationniste » ou « complotiste » ne relève pas de la diffamation, mais du débat d’idées. Cette décision de la 17e chambre correctionnelle du TGI de Paris, rendue le 17 décembre, a conduit à débouter le blogueur Olivier Berruyer, animateur de les-crises.fr, de sa plainte contre l’essayiste Nicolas Tenzer. Elle constitue un enseignement concernant la liberté d’expression. Voir à ce sujet le thread de Nicolas Tenzer. Pour mémoire, en 2011, la justice avait considéré que qualifier Mathieu Kassovitz de « révisionniste » pour ses propos conspirationnistes sur les attentats du 11-Septembre ne relevait pas de la diffamation (source : Conspiracy Watch, 16 novembre 2011). De la même manière, en 2003, le TGI de Paris avait débouté le théoricien du complot Thierry Meyssan de son procès en diffamation contre Impact-Médecin qui l’avait qualifié de « révisionniste » (source : nouvelobs.com, 9 décembre 2003).

MORT D’HITLER. S’appuyant sur les archives du renseignement britannique et américaine, un historien britannique, Luke Daly-Groves, s’attaque dans son dernier livre, Hitler’s Death (« La Mort d’Hitler »), aux multiples récits absurdes sur la survie du Führer. Cette idée a été au cœur de nombreuses théories du complot, stimulées par l’ouverture récentes de dossiers britanniques et américains, jusque-là secrets, et contenant des milliers de pistes… (source : The Times of Israël, 16 décembre 2019). On lira (ou relira), également à ce sujet, l’article de Nicolas Bernard « Hitler s’est-il enfui en Argentine ? », qui dissèque l’une des rumeurs complotistes les plus répandues au sujet d’Hitler (source : Conspiracy Watch, 25 octobre 2017).

DIEUDONNÉ. Dieudonné M’Bala M’Bala se lance dans un nouveau projet de cryptomonnaie quelques mois après avoir soutenu le Zynecoin, dont le développement a été brusquement suspendu fin novembre. Cette fois-ci, il est question du « Sestrel », une monnaie numérique dont la sortie est programmée en novembre 2020. Pour Tristan Mendès France, en charge du projet « Stop Hate Money », Dieudonné agite « le fantasme d’une élite financière toute-puissante qui contrôlerait l’État et la justice ». Selon lui, le polémiste « coche toutes les cases du discours complotiste pour ratisser large et séduire aussi bien les négationnistes que les personnes favorables à la médecine alternative (anti-vaccins, etc.) ou encore certains membres du mouvement Gilets jaunes » (source : Capital, 18 décembre 2019).

CONSEILS POUR LES FÊTES. Avant de rejoindre votre famille pour les fêtes, armez-vous de quelques principes simples pour faire face aux théories du complot ! Dans un article pour la chaîne PBS, Nsikan Akpan liste les quatre règles à observer lorsque vous devez expliquer, entre la dinde aux marrons et la bûche de Noël, pourquoi le 11-Septembre n’est pas une opération sous faux drapeau, ou pourquoi Lady Di n’a pas été assassinée… (source : Conspiracy Watch, 21 décembre 2019).

VÉRITÉ ET DÉMOCRATIE. « Notre époque est marquée par le recul sans précédent d’un des principaux héritages des Lumières : la vérité en tant que pilier moral et politique », affirme la sociologue Eva Illouz dans un article publié par le quotidien israélien Haaretz. Elle y déplore le culte de la subjectivité et du relativisme (source : Le Courrier international, 2 novembre 2019).

ESPIONS RUSSES. Deux semaines après la publication dans Le Monde d’un article relatant la traque, par les services de contre-espionnage britannique, français, suisse et leurs partenaires, notamment américains, de plus d’une dizaine d’espions russes appartenant à une unité du renseignement militaire (la GRU, spécialisée dans les assassinats), la diplomatie russe a réagi, en rejetant avec force ces allégations. « Propagande », « fausse information », « théorie conspirationniste », a affirmé le ministère russe des Affaires étrangères dans un communiqué qui dénonce une publication « chargée de contenus ouvertement russophobes » et dont « le but explicite [aurait été] de porter atteinte à la réputation de la Russie et de discréditer ainsi la direction prévue par le président français Emmanuel Macron d’une normalisation des relations avec Moscou » (source : RFI, 19 décembre 2019).

ANTIVAXX. Au cours de la dernière décennie, un seul donateur a versé plus de 2,9 millions de dollars au Centre national d’information sur les vaccins, une association qui promeut le libre choix de la vaccination, ce qui représente environ 40% du financement de l’organisation, selon les derniers registres fiscaux disponibles. Ce donateur, le médecin ostéopathe Joseph Mercola, a amassé une véritable fortune en vendant des produits de santé naturels, y compris des suppléments de vitamines, dont certains sont présentés comme des alternatives aux vaccins (source : Washington Post, 20 décembre 2019).