L’actu de la semaine décryptée par Conspiracy Watch (semaine du 15/02/2020 au 21/02/2021).

OUÏGHOURS. China Xinhua News, un média d’État chinois, a fait appel à Maxime Vivas, responsable français du site conspirationniste Le Grand Soir, pour contester la réalité de l’oppression des Ouïghours, dans la province du Xinjiang, par le régime au pouvoir à Pékin. D’inspiration anticapitaliste et anti-impérialiste, Le Grand Soir a notamment valorisé par le passé des contenus issus de sites tels que Réseau Voltaire, Mondialisation.ca ou encore ReOpen911.info. Après deux voyages au Xinjiang, l’un en 2016, l’autre en 2018, Vivas a fait paraître en décembre 2020 un ouvrage intitulé Ouïghours, pour en finir avec les fake news. Interviewé par China Xinhua News, il décrit un peuple épanoui, aidé par les autorités chinoises, respectueuses des traditions locales… (source : Tristan Mendès France/Twitter, 20 février 2021).

NUREMBERG. Injecter un vaccin contre le Covid-19 relèverait d’une « expérience médicale » interdite par le code de Nuremberg – une liste de dix critères contenue dans le jugement du procès des médecins à Nuremberg – et serait pénalement assimilable à un empoisonnement. Cette affirmation d’une « infirmière » est triplement trompeuse : les vaccins, homologués par les autorités sanitaires, ne sont plus au stade expérimental et ne peuvent pas être assimilés aux « substances nuisibles » encadrées par la loi. Le code de Nuremberg n’a en outre aucune valeur légale en France (source : AFP, 16 février 2021).

« CECI N’EST PAS UN COMPLOT ». Le film de 70 minutes de Bernard Crutzen, « Ceci n’est pas un complot », a fait l’objet de nombreuses critiques pour les thèses complotistes qu’il recycle allègrement, et qui ont été démontées à maintes reprises depuis le début de la crise sanitaire. On ne s’interdira pas moins la lecture d’un thread efficace qui lui est consacré sur Twitter.

ANTISÉMITISME. Des prospectus antisémites ont été retrouvés dans un tramway à Cologne, en Allemagne, accusant les Juifs d’être à l’origine de la pandémie de coronavirus, rapporte le Jewish Telegraphic Agency. « Avons-nous vraiment un problème de coronavirus ? Ou avons-nous un problème juif ? » pouvait-on lire sur ces prospectus, avec une étoile de David en arrière-plan, à côté des noms de trois personnalités politiques allemandes non juives, dont la chancelière Angela Merkel (source : i24news, 11 février 2021).

PROTOCOLES. La chronique du vendredi de Tristan Mendès France sur France Inter était cette semaine consacrée au Protocoles des Sages de Sion, le plus célèbre faux antisémite de l’histoire. Notre collaborateur rappelle que ce document, qui se présente sous la forme d’un plan secret de conquête du monde par les Juifs et les franc-maçons, comporte un chapitre au sujet d’un prétendu projet juif de répandre des épidémies. À l’occasion de la pandémie, Les Protocoles ont de fait recommencé à circuler massivement dans les milieux complotistes, à l’échelle planétaire (source : France Inter, 19 février 2021).

POUTINE. L’ouvrage Poutine, la stratégie du désordre, d’Isabelle Mandraud et Julien Théron, montre comment l’ancien officier du KGB au pouvoir en Russie depuis vingt ans utilise l’arme de la désinformation. Conspiracy Watch a interviewé Julien Théron, politiste, enseignant en conflits et sécurité internationale à Sciences Po. Le chercheur souligne notamment « l’omniprésence de l’idée de complot dans la stratégie du Kremlin, et sur tous les sujets » : « Du MH17 dans l’est de l’Ukraine à la question des réfugiés en Allemagne, des manifestations pro-démocratie en Syrie à l’alliance avec la Chine afin de contrer les Occidentaux » (source : Conspiracy Watch, 16 février 2021).

DÉSINFORMATION D’ÉTAT. L’agence américaine Associated Press (AP) a retracé les contributions respectives de la Russie et de la Chine (officiels, médias d’État et leurs relais) à la propagation de la théorie selon laquelle le coronavirus aurait été « fabriqué » par l’armée américaine. De Pékin et Washington à Moscou et Téhéran, les dirigeants politiques et les médias alliés ont fonctionné comme des super-diffuseurs, utilisant leur stature pour amplifier des théories du complot politiquement opportunes, déjà en circulation. Mais c’est la Chine, et non la Russie, qui a pris les devants dans la diffusion de la désinformation étrangère sur les origines du Covid-19, en raison des attaques qui l’ont visée sur sa gestion de l’épidémie (source : AP News, 15 février 2021).

YouTube a annoncé la suppression de près de 3 000 chaînes, accusées d’être impliquées dans une opération d’influence coordonnée, émanant de l’État russe et de l’État chinois. Par-delà des contenus anodins, il s’agissait de diffuser des informations visant à discréditer la réponse américaine face à la crise sanitaire. Parallèlement, Google a pris des mesures contre des chaînes YouTube pro-russes, hébergées au Brésil, au Maroc, au Kirghizistan, en Égypte ou encore en Ukraine (source : Infosecurity, 17 février 2021).

LE DESSIN DE LA SEMAINE. Morgan Navarro a été inspiré par la série actuellement diffusée sur Arte, « En thérapie ».

PÉRIL JAUNE. De la révolte des Boxers au personnage de Fu Manchu, la figure du « Chinois » terrifie la presse occidentale des débuts du XXe siècle. À grands renforts de clichés xénophobes, elle crée de toutes pièces un personnage cupide et mauvais, prêt à marcher sur un Ouest en déclin… Un dossier de l’historien William Blanc à retrouver sur le site Retronews.

LIMBAUGH. Le célèbre animateur de radio américain Rush Limbaugh, figure de la droite conservatrice sur les ondes pendant plus de quatre décennies et fidèle soutien de Donald Trump, est décédé à l’âge de 70 ans a annoncé sa famille sur sa page Facebook. Personnage controversé, l’homme s’est régulièrement vu reprocher de propager des fausses informations et des théories du complot (source : France 24, 17 février 2021).

QANON. CNN a recueilli les témoignages de deux femmes qui décrivent la rupture de leurs liens avec des proches devenues de ferventes adeptes de la théorie QAnon. Dans leur cas, la défaite de Trump n’a rien changé à l’attitude de leurs proches qui croyaient dur comme fer à la chute de l’« État profond » à l’occasion des élections. « Je ne reconnais pas les personnes auprès desquelles j’ai grandi », rapporte Lily au sujet de ses parents. Glaçant (source : CNN, 12 février 2021).

ITALIE. Directeur du think tank Volta, basé à Milan, Giuliano da Empoli est l’auteur de Les Ingénieurs du chaos (JC Lattès, 2019), un essai sur la montée des populismes en Europe. Il revient pour Conspiracy Watch sur le rapport de la société italienne au complotisme, dans un contexte marqué par la pandémie de Covid-19. « Se pose donc aujourd’hui la question de la cohésion de la société civile américaine et de celles des autres démocraties : il va falloir trouver des façons de faire coexister des gens qui croient en la réalité de façon foncièrement différente », estime notamment cet ancien conseiller de Matteo Renzi, qui a accepté de répondre aux questions de notre rédaction (source : Conspiracy Watch, 18 février 2021).

PHILIPPOT. Depuis un an, Florian Philippot, ancien numéro 2 du Front national et désormais chef du parti Les Patriotes, flatte l’électorat complotiste en se montrant particulièrement actif dans sa campagne contre la « coronafolie ». Comme les plus grandes figures complotistes, Internet est devenu son terrain de jeu, au risque de l’enfermer dans un rôle de simple Youtubeur… (source : Décideurs Magazine, 17 février 2021).

STONE. Oliver Stone a annoncé à Spike Lee son intention de sortir un documentaire baptisé JFK: Destiny Betrayed, dont l’avant-première sera diffusée à l’édition 2021 du festival de Cannes. Ce projet, qui s’inscrit dans la suite de son film conspirationniste JFK (1991), a été refusé par les plateformes et diffuseurs tels Netflix et National Geographic, suite à une « vérification des faits non approuvés » (source : Le Figaro, 20 février 2021).

À LIRE. Interrogé par l’hebdomadaire Le Un, Samuel Laurent explique comment les réseaux sociaux et plateformes numériques ont évolué au cours des dix dernières années. « Ce qu’on a pu vivre comme une libération du discours sur un libre marché des idées, on s’aperçoit dix ans après que c’était une grosse erreur de départ. Ou plutôt un choix de business délibéré », estime le journaliste, qui souligne notamment l’ampleur qu’a prise la question de la modération : « Si Facebook voulait modérer manuellement les contenus postés sur ses plateformes dans le monde, il lui faudrait 300 000 ou 400 000 modérateurs… Le modèle économique n’y résisterait pas » (source : Le Un, 17 février 2021). On ne ratera pas dans ce même numéro l’interview de Tristan Mendès France, évoquant l’impact du « militantisme de clavier » sur le réel, et rappelant par ailleurs que 70% des vidéos consommées sur YouTube le sont du fait d’une recommandation algorithmique.

À ÉCOUTER. Sur le média Loopsider, le youtubeur Sylvain Cavalier témoigne de son parcours personnel qui l’a amené, après avoir succombé aux thèses complotistes, à les démonter et à créer la chaîne « DeBunKer des Etoiles ». Dans cet extrait, il évoque notamment l’illusion de la rigueur technique, sur laquelle prétendent s’appuyer les complotistes. Il décrit aussi l’attitude commune face à l’information : « Quand on est face à une information qui nous dérange, on aura beaucoup plus de facilités à vérifier l’information, alors qu’en fait, tant que l’information va dans le sens de nos opinions pré-établies, on ne vérifie pas » (source : Loopsider/Twitter, 16 février 2021).