Des gros titres aux petites infos passées inaperçues : ce qu’il fallait retenir de l’actualité des derniers jours en matière de conspirationnisme et de négationnisme (semaine du 28/01/2019 au 03/02/2019).

FOULARDS ROUGES. L’interview caricaturale d’un individu se présentant comme l’initiateur de la marche des « Foulards rouges », le 27 janvier 2019, a suscité de nombreuses réactions. Un journaliste de la chaîne russe RT France a en effet donné la parole à un certain « David » au milieu du cortège, lequel a appelé, entre autres, à « un pouvoir policier et judiciaire plus strict pour calmer tout ce beau monde », en plébiscitant une répression à l’égard du mouvement des « gilets jaunes ». Il s’agissait d’un canular, un parmi d’autres au cours de cette journée, visant à discréditer les manifestants (source : checksnews.fr, 28 janvier 2019). RT France a rejeté les accusations de manipulation qui ont visé son « journaliste » Jonathan Moadab, un ex-activiste conspirationniste… (source : Conspiracy Watch, 20 décembre 2018).

CHARLATANISME. Le site de la RTBF (Belgique) révèle les pratiques douteuses d’une « thérapeute » qui s’est installé avec succès en région liégeoise il y a quelques mois. Le problème est qu’il n’est pas médecin et n’a aucune formation médicale. Sa thérapie est basée sur des théories fumeuses, des vitamines et des cures alimentaires farfelues. L’équipe d’On n’est pas des Pigeons a pris rendez-vous et y est allée en caméra cachée, en compagnie d’une mère et de son enfant autiste : « On entre dans une monde étranger, digne d’une secte. On nage en plein délire quand il explique la cause des maladies : pour lui ce sont les vaccins et les “chemtrails”… » (source : rtbf.be, 17 janvier 2019).

NÉGATIONNISME. Il existe à Marseille, depuis 2015, une association dont la finalité est de traquer les propos négationnistes relatifs au génocide des Arméniens sur Twitter. L’Association pour la recherche et l’archivage de la mémoire arménienne (ARAM) a pu constater l’explosion de ce type de contenus, en particulier au cours de l’année 2018. Le relevé et le signalement de ceux-ci ne donnent pourtant pas lieu, pour le moment, à des sanctions, en raison d’une non pénalisation du négationnisme du génocide des Arméniens. « On a essayé de comprendre, à travers la terminologie et les arguments, quelle était la source de ce négationnisme et on s’est rendu compte que ces twittos reprenaient les propos diffusés par l’État turc, par ses représentants diplomatiques ou son président, explique Vartan Arzoumanian, membre de l’association. Il y aurait pourtant une forme d’urgence, en matière d’éducation et de formation des enseignants, à davantage considérer les enjeux liés à un sujet qui met l’opinion en prise avec un négationnisme d’État… (source : laprovence.com, 25 janvier 2019).

JACOB COHEN. En janvier 2019, le Club des avocats de Rabat a accueilli Jacob Cohen, polémiste juif d’origine marocaine, pour une conférence au cours de laquelle l’invité, antisioniste proche durant des années d’Alain Soral, a minimisé le nombre des victimes de la Shoah et condamné « la religion de l’Holocauste » (source : The Times of Israël, 29 janvier 2019). Le site MEMRI, qui fournit des extraits de la conférence ainsi que leur transcription, précise que « la conférence a été organisée par le Groupe de travail national pour la Palestine, en réaction à la récente décision du roi Mohammed VI d’intégrer l’enseignement de l’Holocauste au programme scolaire du Maroc » (source : MEMRI, 27 janvier 2019).

TSUNAMI COMPLOTISTE. Directeur adjoint de la rédaction de L’Obs, Pascal Riché a consacré un récent éditorial aux théories conspirationnistes dans un contexte actuel bien particulier : « Les fausses rumeurs et théories conspirationnistes ont toujours existé. Mais depuis deux ans, c’est un tsunami auquel on assiste. » Ce constat, que la rédaction de Conspiracy Watch ne renie pas, inspire au journaliste un diagnostic et quelques pistes de réflexion pour agir et se débarrasser de cette « post-vérité » qui mine nos démocraties (source : L’Obs, 29 janvier 2019).

MONIKA SCHAEFER. Depuis quelques jours, Monika Schaefer, députée canadienne du parti des Verts, qui avait purgé une peine de 10 mois de prison en Allemagne en 2018 pour propos négationnistes, se trouve à Sidney avec le Canadien Paul Fromm, un politicien suprémaciste blanc, proche du Ku Klux Klan et de David Duke. Les deux compères ont organisé une tournée de conférences quasi secrètes afin d’éviter les manifestations, dans le but de récolter des fonds (source : stephanieshare.com, 29 janvier 2019).

CASSEURS ANTISÉMITES. Le 26 janvier 2019, lors de l’ « acte XI » du mouvement des « gilets jaunes », à Toulouse, un médecin cardiologue de 73 ans a été la cible d’une pluie de projectiles de la part de casseurs, depuis son balcon situé au-dessus d’une banque du Crédit Mutuel. Blessé à la main et à la hanche, la victime avait tenté de persuader les assaillants de cesser leur attaque (source : La Dépêche du Midi, 29 janvier 2019). « Ils me disent “sale bourgeois, sale juif” », explique l’homme qui peine à comprendre, au-delà de l’agression physique, le sens de ces injures : « qu’est-ce que ça vient faire ça, alors, dans une manifestation de revendications ? »

RICHARD WILLIAMSON. La Cour européenne des Droits de l’Homme a débouté l’évêque Richard Williamson de sa requête contre l’Allemagne. Le tribunal de district de Ratisbonne avait condamné Williamson pour incitation à la haine, pour avoir nié l’existence des chambres à gaz, lors d’une interview réalisée en 2008 en Allemagne auprès d’une télévision suédoise (source : CEDH, 31 janvier 2019).

KEMI SEBA. Le 20 janvier 2019, dans une allocution publique, Luigi Di Maio, dirigeant du Mouvement 5 étoiles (M5S) et ministre dans l’actuel gouvernement italien, a accusé la France d’« appauvrir l’Afrique » en menant une politique néo-colonialiste. Di Maio est allé jusqu’à appeler l’Union européenne à prendre des sanctions contre Paris, déclenchant des tensions diplomatiques. Il s’inspirait directement en cela des thèses du panafricaniste radical Kemi Seba, reçu par plusieurs cadres du M5S en septembre dernier. Sur sa page Facebook, le fondateur de la Tribu Ka, groupuscule extrémiste noir dissous en 2006 par le Conseil des ministres, a revendiqué « l’attaque frontale du Ministre Luigi Di Maio contre la FRANÇAFRIQUE » (source : streetpress.com, 31 janvier 2019).

GILETS JAUNES. Les Décodeurs ont vérifié 74 publications populaires sur les groupes de « gilets jaunes » sur Facebook, qui ont été partagées 1,7 millions de fois. L’équipe du Monde a évalué la pertinence des propos, synthétisés sous la forme de questions. L’étude montre que la majeure partie des affirmations partagées sont correctes. Un tiers des contenus sont toutefois partiellement ou complètement faux et portent sur deux des quatre grands thèmes de discussions des groupes : la critique des élites et la répression du mouvement (source : lemonde.fr, 31 janvier 2019). Le journaliste Michel Mompontet a par ailleurs mis en exergue une banderole exhibée lors d’une manifestation de Gilets jaunes à Valence samedi 2 février 2019 qualifiant le parti La République en Marche (LaREM) de « pédo-satanisme », une expression qui renvoie à un imaginaire complotiste radical :

EXTRÊME DROITE. Le 30 janvier 2019, deux tables rondes ont été organisées dans le cadre d’une commission d’enquête parlementaire sur la lutte contre les groupuscules d’extrême droite en France. Aux côtés de politistes comme Jean-Yves Camus, Joël Gombin ou Pascal Perrineau, l’historienne Valérie Igounet, directrice-adjointe de Conspiracy Watch, a évoqué le site Internet Égalité & Réconciliation, « premier site conspirationniste » de France avec sept millions de connexions chaque mois. Elle a aussi rappelé que « l’électorat du Rassemblement national [était] beaucoup plus perméable que les autres aux thèses conspirationnistes. Et en particulier à celle du Grand Remplacement » (source : Assemblée nationale, 30 janvier 2019 ; lcp.fr, 31 janvier 2019).

VENEZUELA. Contesté partout à travers le monde, le président vénézuélien Nicolas Maduro jouit d’une popularité sans égale en Turquie. L’ensemble de la presse, toutes tendances confondues, dénoncent le jeu des puissances occidentales, les États-Unis en premier lieu, qui veulent le renverser et accaparer les richesses du pays. La correspondante du journal Le Monde à Istanbul, Marie Jégo, cite les trois ingrédients qui agrémentent la narration : « le complot, la CIA, la manipulation des réseaux sociaux. Pour le reste, l’opposition n’existe pas et la crise économique est une vue de l’esprit » (source : Le Monde, 1er février 2019).