Dans ce 116è numéro de Complorama, Rudy Reichstadt et Tristan Mendès France reviennent sur le complotisme présent dans la campagne électorale en Israël.
7-Octobre : l'opposition accusée d'avoir su
Le 31 août 2026, Sara Nétanyahou, l'épouse du Premier ministre, intervient sur Channel 14, une chaîne d'information connue pour son soutien au gouvernement. Elle met en doute le comportement de Yaïr Golan, dirigeant du parti de gauche Les Démocrates et ancien numéro deux de l'armée israélienne. Elle laisse entendre que celui-ci aurait pu être informé à l'avance de l'attaque du 7-Octobre. Une attaque qui a fait plus de 1200 morts israéliens, plus de 200 otages également. Rudy Reichstadt rappelle que « c'est l'un des plus grands traumatismes de toute l'histoire de l'État d'Israël ». Sara Netanyahou s'étonne qu'un militaire de ce rang ait été prêt à intervenir si tôt, alors que le Premier ministre lui-même n'aurait pas été prévenu. Le directeur de Conspiracy Watch reprend les explications de Yaïr Golan qui « a pris la route de chez lui vers le sud, vers le festival Nova, aux alentours de 8 heures, donc environ 1h30 après le début de l'attaque pour aller participer au sauvetage des rescapés ». Il a annoncé son intention de poursuivre Sara Netanyahou pour diffamation. Plusieurs responsables politiques israéliens ont également dénoncé ses propos.
Channel 14, un relais privilégié du pouvoir
Le choix de Channel 14 pour l'intervention de Sara Netanyahou, n'est pas anodin. La chaîne est régulièrement décrite comme très favorable à Benyamin Netanyahou. Tristan Mendès France, spécialiste des cultures numériques, la compare à Fox News, la chaîne américaine favorable à Trump. Le maître de conférences associé à l'université Paris-Cité, spécialiste des cultures numériques ajoute que « l'actionnaire majoritaire est un dénommé Yitzchak Mirilashvili, oligarque israélien d'origine russe, cofondateur du réseau social russe VKontakte ».
L'« État profond », nouvel ennemi désigné par Nétanyahou
Le 13 octobre dernier, dans une interview accordée à Channel 14, Benyamin Netanyahou réclame l'ouverture d'une enquête pénale contre les personnes ayant participé, selon lui, à la construction artificielle des dossiers judiciaires qui le visent. Il dénonce un « montage criminel » et affirme vouloir s'attaquer au « Deep State », autrement dit à l'« État profond ». L'expression anglaise est une « importation américaine » nous dit Rudy Reichstadt qui rappelle que depuis sa première élection à la présidence des États-Unis, en 2017, « Donald Trump a usé, abusé de cette formule ». Ici, pour le premier ministre israélien elle désigne, dans son discours, un réseau supposé d'acteurs non élus qui agirait dans l'ombre pour entraver le gouvernement. Le directeur de Conspiracy Watch note ainsi « une inversion », l'accusé Netanyahou devenant « la victime d'un complot et la justice, qui le juge, un instrument de subversion au profit d'intérêts qui sont étrangers à ceux du peuple ».
Des conseillers de Netanyahou soupçonnés d'avoir travaillé pour un parti roumain
Dans les derniers jours de la campagne électorale en Israël, le 21 octobre dernier, le média d'investigation roumain Snoop a publié une enquête fondée sur des messages attribués à deux proches conseillers de Benyamin Netanyahou, Jonatan Urich et Yisrael Einhorn. Selon ces échanges, les deux hommes auraient participé à la stratégie de communication de l'AUR, un parti nationaliste roumain dirigé par George Simion battu à la présidentielle de 2025. Pour Rudy Reichstadt, il s'agit d'un « parti controversé, pour ses positions sur la mémoire de la Shoah ». Des messages préparés par les consultants auraient été repris dans la communication du parti. L'AUR a démenti avoir collaboré avec eux.
Israël, le complotisme à l'heure des élections, c'est le 116è épisode de Complorama avec Rudy Reichstadt, directeur de Conspiracy Watch, Tristan Mendès France, maître de conférences associé à l'université Paris-Cité, spécialiste des cultures numériques et Noé da Silva de franceinfo. Un podcast à retrouver sur le site de franceinfo, l'application Radio France, sur la chaîne YouTube de franceinfo et toutes les plateformes.













