Rudy Reichstadt et Tristan Mendès France décryptent et analysent, dans ce nouveau numéro de Complorama la permanence des théories du complot entourant les attentats du 11 septembre 2001, vingt-cinq ans après les faits.
Les attentats du 11 septembre 2001 continuent d'alimenter les théories complotistes malgré une documentation historique et judiciaire exhaustive comme le rappelle Rudy Reichstadt, directeur du site Conspiracy Watch : "Ces attentats, c'est l'un des événements les mieux documentés de l'histoire contemporaine« . Malgré les rapports, les expertises, les aveux, un Américain sur cinq continue de penser que le gouvernement américain est derrière ces attentats. Pour Tristan Mendès France, maître de conférences associé à l'université de Paris, spécialisé sans les cultures numériques, c'est la faute »au mille-feuilles argumentatif« ajoutant qu'il y a »une myriade de théories qui va de l'argumentaire lié à la physique des matériaux jusqu'aux aliens".
La diffusion politique des théories conspirationnistes
Les récits alternatifs autour des attentats du 11 septembre 2001 ont, au fil du temps, changé de visage. D'abord nourris par une contestation politique de l'administration Bush, ils ont progressivement glissé vers une rhétorique de haine, notamment portée par l'extrême droite.
Au lendemain des attentats, la grande théorie complotiste est celle du "coup monté de l'intérieur« , ou »inside job« . Rudy Reichstadt rappelle que cette théorie va trouver des échos dans deux camps pourtant radicalement opposés : »D'un côté, des démocrates qui s'opposent à George W. Bush et sa politique et de l'autre, une extrême droite paléo-conservatrice, isolationniste, parfois libertarienne et volontiers antisémite".
Au fil des années, les frontières politiques s'estompent. Républicains et démocrates finissent par se retrouver sur ce terrain. Aujourd'hui, selon Rudy Reichstadt, parmi ceux qui adhèrent à la théorie du complot, "on trouve en nombre quasi égal des démocrates et des républicains« . En somme, ce qui était d'abord une manière d'exprimer son opposition à George W. Bush et à la guerre en Irak est devenu, avec le temps, quelque chose de »plus central".
Trump et le 11 septembre
Lors de sa première élection à la Maison Blanche, en 2016, Donald Trump va contribuer à raviver les théories complotistes. Selon Tristan Mendès France, cela va réveiller "une partie des démocrates, qui étaient porteurs de cette théorie, mais aussi du côté républicain".
Pour le maître de conférences associé à l'Université Paris-Cité, une fois au pouvoir, il devient beaucoup plus compliqué pour Donald Trump d'accuser l'État américain d'être responsable des attentats.
Tristan Mendès France cite notamment un sondage YouGov réalisé en août 2026. À la question de savoir si le gouvernement américain est responsable des attentats, "il n'y a que 15 % de la masse MAGA (Make America Great Again) qui pensent ça. Alors que si on les interroge sur le rôle de Saddam Hussein, ça monte à 48 %".
Selon lui, la fracture entre une partie de la base MAGA et Donald Trump s'observe également sur "la question du soutien des États-Unis à Israël, de la guerre en Iran, de l'affaire Epstein."
Dancing Israelis
Parmi les théories conspirationnistes apparues après les attentats du 11 septembre 2001, certaines accusent directement l'État d'Israël.
C'est notamment le cas de la théorie des « Dancing Israelis », selon laquelle des Israéliens auraient dansé et affiché leur joie au moment des attaques contre les tours jumelles du World Trade Center. Rudy Reichstadt raconte que, dans le New Jersey, une femme appelle la police au sujet de cinq hommes à bord d'une camionnette affirmant "les avoir vus filmer les tours en flammes du World Trade Center, tout en adoptant, selon elle, un comportement anormalement joyeux". C'est de cet épisode que naît l'expression des « Israéliens dansant ».
Les cinq hommes seront finalement arrêtés, détenus pendant plus de 70 jours, interrogés, puis expulsés des États-Unis pour des infractions à la législation sur les visas. Pour le directeur de Conspiracy Watch, il n'en faut pas davantage aux complotistes pour y voir une preuve de l'implication d'Israël : "Tout ça, c'est la preuve qu'Israël a fait le coup."
« 11 Septembre, 25 ans après », c'était le 113e épisode de Complorama avec Rudy Reichstadt, directeur de Conspiracy Watch, Tristan Mendès France, maître de conférences associé à l'université Paris-Cité, spécialiste des cultures numériques et Noé da Silva de franceinfo. Un podcast à retrouver sur le site de franceinfo, l'application Radio France, sur la chaîne YouTube de franceinfo , et toutes les plateformes.













