Conspiracy Watch : les faits contre le complotisme

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Ultra-droite

Publié le 4 juillet 2026 par 
La Rédaction
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Des membres du "Comite du 9 Mai" (C9M) manifestant pour commémorer le 30ème anniversaire de la mort de Sébastien Deyzieu, du groupe L'Oeuvre Francaise (Paris, 11 mai 2024).
Des membres du « Comité du 9 Mai » (C9M) manifestant à Paris le 11 mai 2024 (crédits : Jérôme Gilles, NurPhoto/AFP).

Le terme d'ultra-droite (étymologiquement « au-delà de la droite ») est utilisé pour caractériser des groupes radicaux de taille généralement restreinte, prônant des idées d'extrême droite et justifiant ou ayant recours à la violence politique.

Selon Libération, le terme apparaît dans les années 1990, forgé par les services de police et de renseignement intérieur. En France, Lyon demeure l'un des bastions de l'ultra-droite. La Charente Libre a recensé ses principaux mouvements, qui réapparaissent souvent sous un autre nom après leur dissolution.

Cette menace protéiforme vise des personnalités politiques, mais aussi des journalistes. Le rédacteur en chef de StreetPress, Mathieu Molard, a ainsi reçu des menaces de mort après une enquête sur les soutiens d'Éric Zemmour.

Une nébuleuse idéologique soudée par le complotisme

L'ultra-droite couvre un spectre idéologique large. En son centre figure une référence presque unanime : le "Grand Remplacement". Depuis les années 2000, la mouvance s'est aussi prise de passion pour le survivalisme, sur fond d'effondrement annoncé, à la fois migratoire et écologique.

Ses militants partagent un lexique conspirationniste commun. On y trouve le « White Genocide » ou le Plan Kalergi. Ces notions se teintent fréquemment d'antisémitisme qui désigne les Juifs comme responsables d'une prétendue disparition des sociétés « blanches ».

Des théories liées à l'actualité viennent s'y greffer. La pandémie de Covid-19, par exemple, a permis à certains de basculer dans l'antivaccinisme. En 2023, un rapport d'information parlementaire sur l'activisme violent note un regain conspirationniste « proche de l'ultra-droite », formant un contingent d'activistes « hermétique aux explications rationnelles ».

La multiplication des attentats jihadistes dans les années 2010 est venue nourrir le combat de l'ultra-droite qui, depuis le 11 septembre 2001, érige ouvertement l'islam en ennemi, avec paradoxalement une influence sur ses militants du mode d'action des jihadistes. Historiquement néonazis, ces réseaux ont été rejoints par de nouveaux courants, liés à l'accélérationnisme. Selon la DGSI, leurs auteurs idolâtrent les terroristes d'ultra-droite comme Anders Breivik, Brenton Tarrant ou Payton Gendron.

Une menace violente, en hausse

Les chiffres traduisent une vigilance accrue. En 2020, la DGSI évaluait le noyau dur à environ 1 000 personnes, entourées de 2 000 « suiveurs ». Fin 2023, les services dénombraient près de 3 000 militants, dont 1 300 fichés S. En Allemagne, l'extrême droite radicale rassemblerait dix fois plus de militants.

Le Parquet national antiterroriste constate, dans sa synthèse 2025, une « montée en intensité » de l'ultra-droite radicale violente. Depuis 2019, treize procédures de ce type ont été jugées, visant 64 personnes. La DGSI rappelle, de son côté, dix actions terroristes d'ultra-droite déjouées depuis 2017.

Plusieurs affaires ont marqué la dernière décennie. En 2018, la DGSI démantèle le groupe Action des forces opérationnelles (AFO), qui préparait des attaques contre des cibles musulmanes. Son site, « Guerre de France », affichait une vision du monde conspirationniste. Le 30 septembre 2025, seize de ses membres ont été condamnés à Paris pour association de malfaiteurs terroriste.

Fin 2018, quatre sympathisants des Barjols, un groupe survivaliste, sont mis en examen pour un projet d'attaque contre Emmanuel Macron. Le meneur présumé, Jean-Pierre Bouyer, voulait poignarder le président : l'analyse de ses traces en ligne révèle un homme intoxiqué par le complotisme. Dans la même affaire, le conspirationniste Éric Fiorile est aussi interpellé.

D'autres passages à l'acte suivent. En mai 2020, Aurélien C., un ancien militaire et militant Gilet jaune, est interpellé, soupçonné d'avoir diffusé des messages d'apologie du nazisme, acquis des armes et effectué des recherches sur des lieux de réunion de la communauté juive, dans le but d'y mener une action violente. Sur Facebook, il avait écrit : « Vos monuments juifs et franc-maçons, on va les dégommer ».

Fin 2020, le survivaliste Frédérik Limol abat trois gendarmes dans le Puy-de-Dôme. Il venait de passer plusieurs semaines à s'abreuver de vidéos complotistes sur le coronavirus ou sur les théories autours d'une élection américaine « volée » à Donald Trump, s'emportant contre les franc-maçons et dénonçant des forces de l'ordre « aux ordres d'un pouvoir corrompu ».

En septembre 2021, cinq membres d'un groupuscule néo-nazi baptisé « Honneur et Nation » sont arrêtés pour un projet d'attentat, dont Rémy Daillet-Wiedemann, également placé en garde à vue, est soupçonné d'avoir été le cerveau. Dans leurs échanges, les membres du groupe faisaient preuve d'un antisémitisme et d'un complotisme débridés.

Le 31 mai 2025, un cap est franchi. À Puget-sur-Argens (Var), Christophe B. abat son voisin tunisien, Hichem Miraoui. Pour la première fois, le Parquet national antiterroriste se saisit d'un homicide lié à l'idéologie d'extrême droite. Avant son geste, l'auteur avait diffusé des vidéos appelant à tuer des personnes d'origine maghrébine et de confession musulmane.

L'État multiplie par ailleurs les dissolutions. Entre 2021 et 2022, il prononce celles des Zouaves Paris, de Génération identitaire et de l'Alvarium. En décembre 2023, après la mort du jeune Thomas à Crépol et l'expédition punitive de Romans-sur-Isère, c'est au tour de la Division Martel. En juin 2024 sont dissous Les Remparts puis le GUD et plusieurs structures lyonnaises. En juin 2025, le ministre de l'Intérieur dissout Lyon Populaire, le même jour que le groupe d'extrême gauche La Jeune Garde.

En février 2026, la mort de Quentin Deranque relance le débat. Ce militant d'extrême-droite meurt à Lyon après avoir été roué de coups par des individus que le parquet rattache à l'ultra-gauche.

Une mouvance qui a investi Internet

La fraternité de l'ultra-droite se lit dans des signes de ralliement et dans un usage massif des mèmes. En mai 2021, une note de la SDAT décrit une « logique de contre-hégémonie culturelle » destinée à recruter.

Plusieurs sites sont jugés « incontournables » par la mouvance. On y compte Égalité & Réconciliation, Fdesouche, Riposte laïque ou Polémia, présidé par l'ex-frontiste Jean-Yves Le Gallou.

Des plateformes comme VKontakte ou Telegram sont devenues des refuges pour la mouvance. Les boucles « FR DETER », fermées en avril 2024, ont compté jusqu'à 7 500 membres et incitaient à la violence contre des musulmans, des élus de gauche et des journalistes. La DGSI s'inquiète de ces « guerriers de clavier », alors que près de 400 militants détiendraient légalement des armes à feu.

Le rapport parlementaire de 2023 souligne le rôle des réseaux sociaux dans l'explosion du complotisme. Des « théories » anciennes, comme les « complots » juifs ou maçonniques, y connaissent un regain sous de nouvelles formes. Le thème de la « mafia khazare » s'inscrit dans cette pensée.

Une notion contestée

L'emploi même du mot fait débat. Pour ses détracteurs, il risquerait d'euphémiser la menace de l'extrême droite. Ainsi, la journaliste de Mediapart Marine Turchi estime qu'il s'agit d'un « terme policier [qui] s'est imposé dans nombre de médias comme un synonyme « d'extrême droite hors Rassemblement national ». Mais ce qualificatif d' « ultra-droite » ne prend pas en compte la porosité importante entre groupuscules et partis d'extrême droite, et il présume à tort que ceux-ci n'usent pas de la violence. Surtout, extrêmes droites et « ultra-droite » partagent le même socle idéologique ».

À plusieurs reprises, Marine Le Pen a condamné l'ultra-droite et écarté tout lien avec son parti. Interrogée par Le Monde en mai 2023, elle explique prendre ses distances avec deux anciens membres du GUD, groupe emblématique de l'ultra-droite, qui l'ont accompagnée dans son ascension politique, à savoir Frédéric Chatillon et Axel Loustau.

À l'inverse, l'essayiste Driss Ghali, publié sur Breizh-info [archive] ou Riposte laïque [archive], affirmait fin 2023 sur CNews que « ce terme, l'ultra-droite, est la dernière trouvaille du gouvernement qui est aux abois puisque les Français maintenant n'ont plus peur du terme d'extrême droite. […] Demain on inventera autre chose ». Une séquence relayée à l'époque par le média d'extrême droite Livre Noir (aujourd'hui Frontières).

Source : Livre Noir/X, 28/11/2023.

 

(Dernière mise à jour le 04/07/2026)

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